L'Usine Nouvelle. - Comment voyez-vous la situation de l’industrie française après un mois et demi de confinement ?
Philippe Darmayan. - Je suis extrêmement inquiet. Quand on compare avec 2008, qui avait des causes très différentes, l’impact est beaucoup plus dramatique. L’ensemble de l’industrie s’est arrêtée brutalement, les supply chain ont été coupées. Les questions de trésorerie sont bien traitées par les mesures d’urgence du gouvernement mais le vrai sujet ce sont les flux de production : si on ne les réamorce pas rapidement, la reprise va être très difficile. Il y a par ailleurs des marchés extérieurs qui fonctionnent toujours. Si nous ne sommes donc pas au rendez-vous, les rapports de force vont se réorganiser au détriment de l’industrie française. Nous sommes face au risque du plus grand déclin de notre histoire. Sans attendre le 11 mai, les entreprises françaises doivent s’organiser pour pouvoir reprendre en toute sécurité.
Comment va-t-on reprendre après le déconfinement ?
Il faut sortir de l’idée que l’on va reprendre comme avant. Non ce ne sera pas comme avant ! Suite à l’intervention du Premier ministre, on voit bien que les transports et les magasins vont fonctionner différemment. Ce sera aussi le cas dans les usines. Cela veut dire concrètement qu’il faut que la sécurité et la confiance des travailleurs soit totale. Nous avons établi des protocoles sanitaires globaux au niveau de l’UIMM, pour que chaque entreprise puisse les décliner en fonction de son organisation. Un poste de 8 heures, doit passer par exemple à 6 h, pour pouvoir être décontaminé pour le suivant ; il faut réorganiser l’environnement de travail pour maintenir les distances de sécurité ; organiser le nettoyage des vêtements de travail, ...

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2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
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Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
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Trim 4 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
Quid des postes où on ne peut pas maintenir des distances de sécurité comme sur des lignes automobiles, où l’on peut être amené à travailler face à face ou côte à côte ?
Nous nous conformons aux consignes des pouvoirs publics et appliquons dans les ateliers les règles de sécurité les plus strictes pour éviter la circulation du virus. Dans la plupart des entreprises de la métallurgie, on peut maintenir les distances de sécurité. Dans les autres, on réorganise le travail pour y parvenir. Et quand ce n’est vraiment pas possible, nous avons les équipements de protection individuelle, notamment les masques, qui permettent de compenser – beaucoup en portent en réalité d’ores et déjà en temps normal.
Quid du télétravail pour les fonctions support, faut-il le poursuivre ?
On ne peut pas durablement poursuivre à 100 % en télétravail. Mais il faut alterner entre ceux qui sont en télétravail et ceux qui reviennent dans l’entreprise. Là encore c’est une autre organisation qui doit être mis en place dès maintenant. Et ça il faut le faire dans le dialogue social, le discuter avec chaque CSE, les organisations syndicales, et obtenir un consensus. Il faut se préparer à travailler de cette façon pendant une période longue. Charge à nous donc, entreprises et salariés, de proposer, élaborer et mettre en œuvre des conditions sanitaires de travail irréprochables.
Quel regard portez-vous sur la décision de justice sur Amazon, qui a conduit l’entreprise à fermer ses sites français ? Va-t-elle augmenter la réticence des salariés à travailler, mettre les employeurs dans une insécurité juridique ?
Tout cela est riche d’enseignements pour nos entreprises. Elles doivent s’organiser sans attendre pour répondre aux préoccupations légitimes des salariés en traitant les risques additionnels liés au virus. Les entreprises de la métallurgie sont en train de le faire. Elles repensent leur mode d’organisation. De grands groupes comme Schneider Electric ou Safran ont déjà signé des accords avec leurs organisations syndicales. Tout cela se fait dans un esprit de dialogue social et avec la priorité de garantir la sécurité des salariés. Et il y a urgence car toutes les industries sont essentielles à la vie de la nation.
Comment se passent les approvisionnements au sein des filières ?
En ce moment, mal. Car une partie de la chaîne n’a pas accès à la distribution. Les entreprises servent la demande étrangère. La clé passe par la réouverture des lieux de consommation et notamment pour l’automobile des concessions, en sécurisant les lieux d’achats. Il faut que dans chacune des filières les grands donneurs d’ordre et leurs équipementiers soit capable d’annoncer ce qu’ils veulent faire. C’est une demande forte des PME de la métallurgie de comprendre les besoins de leurs clients. C’est ce qui se passe dans l’automobile actuellement avec Renault et PSA qui vont annoncer à leur sous-traitants les usines qui vont repartir, lesquelles ont signé des accords avec les organisations syndicales sur le plan sanitaire.
Il faut aussi que la construction et le BTP repartent. Ils n’ont pas avancé aussi vite que l’industrie car le sujet est plus complexe pour eux avec des décontaminations de lieux, les chantiers, qui sont à l’extérieur de l’entreprise.
Comment relancer la consommation, car si le chômage partiel maintient en partie les revenus, l’envie ne sera pas forcément au rendez-vous ?
Les mesures sur le chômage partiel sont exceptionnelles mais éminemment temporaires et les Français ont conscience que cela ne peut pas durer. La vraie réponse à la crise c’est que l’activité économique reparte. Et vite, pour ne pas se trouver confronté à des défaillances qui entraîneraient des licenciements économiques.
Comment doit s’organiser un plan de relance, de manière transversale ? Par filières ?
Nous y travaillons en ce moment avec le gouvernement et le principe est de travailler par filière. Nous en avons discuté, par exemple, pour l’automobile, avec éventuellement des primes à la casse ou des bonus-malus, le gouvernement choisira. Pour l’aéronautique, au-delà du sauvetage de compagnies aériennes il faut aussi rouvrir la possibilité de voler, avec un plan de mesures sanitaires adaptées. C’est plus compliqué car il y a une dimension internationale, l’aéronautique va beaucoup souffrir de cette crise. Dans l’acier, nous sommes face à un risque d’importations massives depuis la Chine car le pays a recommencé à produire. Sur ce secteur en particulier, il nous faudra des mesures de protection au niveau européen.
Chacune des filières élabore actuellement des mesures, en discute et le ministère de l’Economie et des Finances proposera un plan global qui traitera à la fois des questions de consommation, de supply chain et de relance. Il ne faut pas traîner avec une reprise qui s’étale jusqu’à Noël. Car les entreprises ont des frais fixes qu’elles n’arriveront pas à amortir. Et le risque c’est une cascade de faillites !



