Analyse

L’Etat sort l’artillerie lourde pour défendre la hausse des crédits militaires et le soutien à la Défense

Soutien réaffirmé du président de la République, mission de la ministre des Armées auprès des élus, course aux armements, spectre du déclassement technologique… L’Etat ne lésine sur aucun moyen pour rappeler la nécessité d’investir massivement dans son outil de défense.

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14 juillet
En 2021, le budget des armées sera porté à 39,2 milliards d’euros, en hausse de 4,5 % par rapport au budget 2020.

Covid ou pas, crise économique ou pas, les crédits prévus pour la Défense ne seront pas touchés. Le message est martelé au plus haut niveau de l’Etat. Les armées en ont encore reçu l’assurance par le président de la République lui-même à l’occasion des vœux qu’il leur a adressés lors de son déplacement à Brest le 19 janvier.

Le président a défendu la loi de programmation militaire (LPM), le document qui traduit en termes de budget et d'équipements les priorités du pays en matière de défense et de sécurité. "La Nation doit donner aux hommes et aux femmes qui la défendent les moyens de remplir leurs missions. L'indispensable remontée en puissance de nos armées que j'ai décidée en 2017 doit se poursuivre résolument dans le cadre de la Loi de programmation militaire", s’est-il engagé.

18 milliards d'euros supplémentaires en quatre ans

L’effort est exceptionnel. En 2021, le budget des Armées sera porté à 39,2 milliards d’euros, en hausse de 4,5 % par rapport au budget 2020. Depuis 2017, il a augmenté chaque année d’au moins 1,7 milliard d’euros. Sur les quatre dernières années, cela représente un montant cumulé supplémentaire de l’ordre de 18 milliards d’euros !

De quoi améliorer les conditions de vie des soldats, moderniser la dissuasion nucléaire et renouveler les équipements conventionnels, dont il est vrai, certains, comme les VAB (véhicule de l’avant blindé) ou les avions de surveillance maritime ont plus de 40 ans d’âge... Les effets de la modernisation se font ressentir. L’armée de Terre réceptionne ses nouveaux véhicules blindés (véhicules Griffon, Jaguar…) ; la Marine nationale son premier sous-marin nucléaire d’attaque de nouvelle génération, le Suffren; l’armée de l’Air de nouveaux avions ravitailleurs...

La Défense, 10% de l'industrie

Pour justifier cet effort de la nation au profit de ses Armées, le président de la République mobilise sa ministre de la Défense. Mission est confiée à Florence Parly de rencontrer les élus du parlement et les sensibiliser sur l’évolution du contexte stratégique, les besoins des militaires et la mise en oeuvre de la LPM. "Je me tiens donc à l’entière disposition du Parlement", a-t-elle fait immédiatement savoir lors de ses vœux aux armées depuis Balard le 21 janvier dernier. Avec un argument massue, les milliards d’euros investis dans les Armées profitent à la relance du pays. Selon le ministère, l’industrie de l’armement, avec ses 4 000 entreprises (grands groupes, ETI, PME et start-up), représente 10 % de l’industrie, plus de 20 % de la R&D et environ 11 % des exportations de biens de la France en 2019.

La ministre aura également un deuxième atout dans son jeu : l’actualisation de la revue stratégique de défense et de sécurité de 2017… que ses services en charge des relations internationales et de la stratégie viennent tout juste de produire. Ce document d’une cinquantaine de pages décrit l’environnement stratégique mondial et ses évolutions qui pourraient fragiliser la sécurité du pays. Son constat est clair: le monde est plus incertain et instable que jamais et les menaces multiples : enracinement du terrorisme, délitement de l’ordre international, prolifération des armes de destruction massive, durcissement de la compétition stratégique entre puissances, militarisation de l’espace et du cyberespace… 

Indépendance technologique et industrielle

Le document appelle ainsi la France et ses voisins européens à accroître leur indépendance technologique et industrielle. Le risque sinon : un déclassement technologique et stratégique. Sans surprise, cette actualisation stratégique conclut à la nécessaire poursuite de la remontée en puissance des armées amorcée en 2017. CQFD. Bref, un argumentaire des plus efficaces pour convaincre les membres des commissions chargées des questions de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Un président qui monte au front, sa ministre des Armées en première ligne, une actualisation stratégique qui tombe à pic… Rarement une loi de programmation militaire n’aura bénéficié d’autant de renfort.

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