[L’aéro-post] Dans l’aviation, l’intelligence artificielle ne se cantonnera pas au cockpit

Production, maintenance, contrôle aérien… Loin de se cantonner aux vols plus autonomes, l’intelligence artificielle promet de transformer l’aviation. Mais entre certification, traçabilité et prise en compte de l’humain, son introduction soulève de nombreux enjeux. L’aéro-post, la chronique aéro-spatial de L'Usine Nouvelle.

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Avion
L'intelligence artificielle point à l'horizon. L'aviation va devoir amadouer ce drôle d'oiseau.

D’ici la fin de l’année, un système basé sur l’intelligence artificielle (IA) surveillera l’espace aérien autour de Washington DC. Une panoplie de caméras, testée depuis 18 mois et développée par l’entreprise Teleidoscope, alimentera en données des algorithmes chargés d’assurer la sécurité aérienne de l’une des régions les plus stratégiques des Etats-Unis. Un système dix fois plus performant que celui mis en place depuis le 11 septembre, assure le Pentagone dans un article du site spécialisé Flight Global publié lundi 28 août. Et qui pourrait ensuite faire des émules au niveau des aéroports.

Pas de doute : dans l’aviation, civile comme militaire, l’intelligence artificielle va profondément bouleverser la donne. Elle ne se cantonnera pas aux vols dits autonomes, même si pour l’heure, c’est le cas d’usage qui fait couler le plus d’encre, puisque mettant – partiellement – en cause la place des pilotes. Au printemps dernier, des syndicats de pilotes sont revenus à la charge pour fustiger en particulier les ambitions d’Airbus en la matière, portées par le projet DragonFly. Quand les premiers craignent de se voir à termes éjectés, le second évoque une volonté d’améliorer la sécurité. Ces dernières années, sentant le vent tourner, l’avionneur a d’ailleurs adoucit son langage, substituant au terme «d’autonomie» la notion «d’assistance au pilotage».

De multiples usages à encadrer

Mais derrière ce qui est souvent présenté comme un affrontement néo-luddiste entre l’homme et la machine, le terrain de jeu de l’intelligence artificielle dans le secteur sera bien plus vaste que le cockpit. Pour s’en convaincre, il faut jeter un œil au rapport publié en mars dernier par l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) passé quelque peu inaperçu. La maintenance prédictive, basée sur l’IA, pourrait par exemple augmenter la disponibilité des appareils de plus de 35%. Alors que l’optimisation de trajectoires promet, elle, de réduire la consommation de carburant, le contrôle aérien pourrait de son côté faire des bons en matière de sécurité grâce à de bien plus importants volumes de données.

Mais l’implémentation de l’intelligence artificielle s’effectuera pas à pas, comme le montre la feuille de route dévoilée par l’AESA, qui court jusqu’en 2050. Une évidence qui implique, pour un secteur qui fait de la sécurité sa priorité, des enjeux spécifiques. Afin de maintenir le rôle primordial de la certification tout en laissant une place croissante à l’IA, celle-ci va devoir être en mesure d’expliquer ses choix, d’où le concept bien connu d’IA de confiance. Autre obstacle à surmonter : éviter l’asymétrie de compétences entre les industriels et les agences de certification, qui vont devoir se former pour rester à niveau. Quant aux nouveaux entrants issus du monde de l’IA désireux d’intégrer le marché de l'aérien, il faudra aussi savoir les intégrer.

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