Mis en sourdine, le sujet de l’avion plus autonome devrait bientôt refaire un peu de bruit. Depuis trois ans environ, le secteur se concentre sur la décarbonation. «Les priorités ont été revues effectivement, a confié Patrice Caine, le PDG de Thales, lors d’une rencontre organisée lundi 17 octobre par l’Association des journalistes professionnels de l’aéronautique et de l’espace (AJPAE). Le politique lui-même, en tant que pourvoyeurs de fonds publics, a fixé comme priorité le sujet de la décarbonation.» Et le dirigeant d’ajouter, concernant l'autonomie: «Nous n’avons pas arrêté de travailler dessus, mais c’est moins visible de l’extérieur».
Les industriels du secteur bûchent toujours sur le sujet. Ils ne le savent que trop bien: une pénurie de pilotes se profile à l’échelle mondiale, à la faveur d’une reprise du trafic aérien plus rapide qu’annoncée. En Amérique du Nord, le manque de pilotes se fait déjà ressentir, comme le souligne une étude du cabinet Oliver Wyman publié à l'été 2022. A l’échelle mondiale, les courbes entre la demande et l’offre de pilotes devraient se croiser entre 2023 et 2024. Il manquerait en 2032 pas moins de 79 000 pilotes. Avec une autonomie plus avancée, les compagnies aériennes pourraient faire voler leurs avions avec des équipes réduites. Et réaliser au passage de substantielles économies...
Un sujet éminemment sensible sur le plan social
En 2018-2019, avant que le Covid-19 ne vienne jouer les trouble-fête dans le ciel, Airbus et Thales avaient fait savoir que le niveau de maturité technologique allait bientôt être atteint. Avec le projet Attol achevé en 2020, l’avionneur a fait la démonstration qu’un A350 pouvait rouler, décoller et atterrir sans intervention humaine. Et le groupe ne compte pas s’en arrêter là qui poursuit ses travaux en la matière. Côté Thales, sa nouvelle suite avionique PureFlyt – sélectionnée par Airbus en 2022 – ouvre déjà la voie à un niveau d’autonomie bien plus élevé qu’aujourd’hui.
Désormais, le frein au déploiement de l'avion plus autonome n'est plus tant technologique, que culturel et réglementaire. Poussés par les compagnies aériennes, les industriels savent le sujet sensible, pour les passagers et les pilotes. D'où l'alignement d'arguments en faveur de l'autonomie: l’assistance au pilotage permettrait de réduire la consommation de carburant et d’améliorer encore la sécurité... Implantée pas à pas, l'autonomie pourrait d'abord concerner le fret et personne n'évoque pour l'heure des avions sans pilotes. L'avion plus autonome promet de s'inviter dans le transport aérien à moyen terme. Lentement, mais sûrement.



