Une croissance nulle au premier trimestre, une inflation qui dérape, des marges d'entreprises de plus en plus contraintes et un déficit public sous pression ... La dégradation de l'activité économique complique les premiers mois du nouveau gouvernement d'Elisabeth Borne. Le prochain ministre de l'Economie héritera d'une situation moins enviable que Bruno Le Maire, qui a tenu la barre pendant cinq ans à Bercy.
Cibler les aides contre l'inflation
Son dossier le plus urgent concerne l’inflation. L’Insee anticipe une nouvelle hausse des prix à la consommation d’ici juin. Elle devrait atteindre 5,4% en juin, contre 4,8% en avril. La situation est inédite depuis près de quarante ans pour les ménages comme pour les entreprises. Et risque de grever le pouvoir d’achat et les marges. Le ministre de l’Économie va devoir élaborer très vite les mesures pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages annoncées pendant la campagne présidentielle. Avec l’objectif de les faire adopter juste après les élections législatives en juin. Le sujet risque d’ailleurs de dominer une nouvelle fois la campagne électorale. Le bouclier tarifaire sur les prix de l’énergie et du gaz va être prolongé jusqu’à fin 2022. Mis en place à l’automne, le dispositif actuel expire à fin juin. En tenant compte du chèque énergie et de l’indemnité-inflation, les mesures déjà mises en place devraient déjà représenter 22 milliards d’euros pour 2022. Mais elles ont permis de réduire de 2 points l’inflation en France, avance l’Insee.
Alors que la crise s’inscrit dans la durée, le nouveau gouvernement va devoir sortir le carnet de chèques, mais avec plus de parcimonie. Ce devrait être le cas du « chèque alimentaire », versé à l’été aux ménages les plus modestes, mais aussi de la revalorisation des prestations sociales et des retraites au 1er juillet. La valeur du point d’indice des fonctionnaires doit aussi être revalorisée à l’été, après négociation avec les syndicats. Le gouvernement prépare enfin une remise sur le prix des carburants plus ciblée sur les gros rouleurs.
Sauf que cibler des aides n’est jamais simple, surtout en période électorale. Le projet de loi de finances rectificative qui sera présenté mi-juin comporte au final plus de mesures globales et pérennes que prévu. Il devrait ainsi inclure un allégement des cotisations des travailleurs indépendants et la suppression de la redevance télévisée, qui représente près de 3 milliards d’euros à elle seule, sans critère de ressource. Rien de nouveau n'est a priori prévu pour les entreprises. Pour ces dernières, les premiers versements du plan de résilience devraient intervenir en juin seulement.

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Limiter la dégradation des comptes publics
Le ralentissement de la conjoncture complique la tâche du gouvernement Borne. Son prédécesseur Jean Castex tablait officiellement sur 4% de croissance cette année. De quoi ramener à 5% le déficit public pour 2022. Problème : au vu des dernières prévisions de la Commission européenne, qui table sur 3,1% de croissance pour 2022, la prévision de croissance va devoir être révisée dans le projet de loi de finances rectificative de juin. Or, dans le même temps, les dépenses nouvelles engagées dès cet été s’accumulent. La dégradation des perspectives budgétaires risque de compliquer le programme de baisse d’impôts avancé pendant la campagne.
Emmanuel Macron avait promis 15 milliards d’euros d’allègements, pour les ménages et les entreprises. Mais sans calendrier précis. La Commission européenne devrait rester encore souple sur le cadre budgétaire européen, probablement jusqu’à fin 2024, un report du retour aux règles du pacte de stabilité étant probable. La forte hausse de l’inflation n’est pas non plus forcément une mauvaise nouvelle pour la dette publique : tant que les taux remontent moins vite que les prix, elle facilite même le désendettement. La France a encore un peu de répit pour gérer son équation budgétaire. Mais il sera de courte durée.
Déployer le plan d’investissement France 2030
Pour Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie sortant, le deuxième quinquennat devait se fixer comme objectif de résorber le déficit commercial abyssal. À près de 100 milliards d’euros sur les douze derniers mois, celui-ci est en passe de pulvériser un niveau record pour 2022, gonflé par la hausse des prix des importations. Pour accélérer la réindustrialisation, les outils ne manquent pas pour le nouveau locataire de Bercy : il pourra s’appuyer sur le plan d’investissement France 2030, lancé en décembre autour d’une quinzaine de filières d’avenir comme les petits réacteurs nucléaires, la production de biomédicaments et la mobilité électrique. De 35 milliards d’euros au départ, son enveloppe a été élargie à 55 milliards d’euros avec l’absorption des crédits restants du plan France Relance. Son architecture est désormais opérationnelle. Les premiers appels à projets ont été lancés début 2022. L’ancien député et entrepreneur Bruno Bonnell a pris la tête du secrétariat général de France 2030, qui chapeaute le programme des investissements d’avenir (PIA) et le nouveau plan d’investissement.
Mais Bercy doit s'assurer du déploiement opérationnel du plan et de sa gouvernance. Et surtout de sa capacité à drainer dans son sillage les investissements privés. Contrairement aux plans précédent de soutien à l'industrie, France 2030 ambitionne d 'insuffler une nouvelle méthode et de soutenir à part égale des acteurs émergents à la frontière technologique et des acteurs industriels incontournables. Selon les estimations du cabinet PwC, le plan France 2030 pourrait faire grimper la part de l’industrie manufacturière de 10 à 12% du PIB. Il permettrait de réduire de près de 27 milliards d’euros les importations. Mais son exécution pourrait buter sur les contraintes qui pèsent sur l’industrie française : la pénurie de compétences, la difficulté de trouver du foncier disponible et de diriger les financements nécessaires vers l’industrie, alors que les taux remontent. Autant de défis que le futur ministre de l’Industrie va devoir prendre à bras le corps.
Prévenir une hausse trop forte des défaillances d'entreprises
Pour l’instant, les signaux d’alerte sont ténus. Le nombre de défaillances d’entreprises commence doucement à remonter depuis le début de l’année. Avec 10 000 entreprises concernées au premier trimestre, celui-ci reste pour l’instant bien inférieur à son niveau d’avant la pandémie. Les experts ne s’attendent pas à un raz de marée de dépôts de bilan. Mais la hausse va se poursuivre dans les prochains mois. Depuis avril, les entreprises ont toutes commencé à rembourser leurs PGE, de quoi mettre sous pression les plus fragiles. Les marges se tendent aussi sous l’effet des hausses de prix des matières et de l'énergie.



