Pour son deuxième mandat, Emmanuel Macron confronté à une situation économique vacillante

Ralentissement de la croissance, inflation élevée, dette : le président élu va hériter d’une situation économique plus complexe qu’en 2017.

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Les difficultés d'approvisionnement freinent la production dans l'automobile

Maintenant, le plus dur commence. Le ralentissement de l’économie française sous l’effet de la guerre en Ukraine va compliquer le début de second mandat d’Emmanuel Macron, réélu avec 58 % des voix selon les premières estimations après 20 heures dimanche 24 avril. Et risque de peser sur les 100 premiers jours du président et de réduire ses marges de manœuvre pour mener à bien son programme. La dégradation des perspectives place le chef de l’Etat dans une situation plus complexe qu’en 2017. Voilà cinq ans, le président réélu avait alors été porté par une économie en pleine accélération, après dix ans de croissance molle.

Sur le papier, la croissance française reste encore confortable. Elle devrait atteindre 2,9 % en 2022, selon le Fonds monétaire international. La prévision a été révisée à la baisse mi-avril, mais moins que celle des autres grands pays européens. Mais celle-ci reflète surtout la vigueur de la reprise de ces derniers mois. Même si l’activité stagne jusqu’à la fin de l’année, la France était déjà assurée à fin 2021 d’enregistrer 2,7 % de hausse du PIB du fait de son acquis de croissance d’après les calculs de l’Insee. Le "quoi qu’il en coûte" a permis de faire reculer à 7,4 % le chômage. Même si leur nombre commence à frémir depuis le début de l’année, les défaillances d’entreprise restent encore historiquement à un point bas.

Des difficultés d'approvisionnement et de recrutement inédites depuis 30 ans

Mais la guerre en Ukraine a assombri les perspectives et renforcé les incertitudes. L’inflation, qui a atteint 4,5 % en mars, devrait continuer à augmenter dans les prochains mois et à durablement peser sur le pouvoir d’achat des ménages. Du côté des entreprises, les tensions d’approvisionnement, qui commençaient à peine à refluer, sont reparties en flèche en avril. Selon l’Insee, jamais le nombre d’entreprises signalant des difficultés d’offres n’a été aussi élevé depuis que l’institut de statistique conduit son enquête, lancée en 1991. Dans l’automobile, les pénuries touchent presque toute la filière, avec 89 % des industriels pénalisés par des tensions d’approvisionnement, confirme une enquête cette fois de la Banque de France. Et les difficultés pour recruter de la main d’œuvre sont elles aussi à un plus haut niveau historique.

De quoi à la fois gripper l’offre et la demande au même moment. Pour l’instant, malgré la guerre en Ukraine, le moral des industriels résiste. En avril, il s’est maintenu largement au-dessus de sa moyenne de longue période, à 108 points. Ceux-ci n’ont pas non plus revu leurs projets d’investissements pour 2022, même s’ils prévoient un recul de leurs commandes. « La détérioration limitée du jugement des entreprises sur les perspectives d’emploi est également rassurante », soulignent les économistes de BNP Paribas. La France ne pourra pas non plus compter sur le moteur des exportations. La majeure partie de ses échanges commerciaux se fait avec l’Allemagne et l’Italie, dont l’activité est encore plus vulnérable en cas d’embargo sur le pétrole ou le gaz russe, qui ferait encore davantage flamber les prix énergétiques.

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Récession technique possible en 2022 selon le FMI

Une récession technique n’est pas à exclure en France comme en Allemagne et en Italie. A Washington, le FMI avertit que ces pays risquent de « traverser deux trimestres de croissance très faible ou nulle ». Les craintes concernent surtout 2023. La hausse du PIB tricolore retomberait à 1,4 % en 2023, selon le FMI. Bien en-deçà de la croissance moyenne de la zone euro (2,3 %) et de celle de l’Allemagne (2,7 %).

Ce contexte va peser sur les arbitrages politiques des premiers mois du quinquennat. Le FMI appelle à « mobiliser davantage la politique budgétaire pour soutenir l’économie », alors que le président réélu promet des chèques alimentaires pour les ménages les plus modestes et la généralisation de la prime exceptionnelle défiscalisée. Au risque de déficits budgétaires plus importants et d’une pression accrue sur les finances publiques. Le déficit public pesait déjà 6,5 % du PIB en 2021. La trajectoire de retour sous les 3 % en 2027, affichée par Emmanuel Macron, apparaît désormais optimiste.

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