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[Industry Story - Le Podcast ] Pyramide humaine - Charles Ponzi, escroc professionnel qui en a inspiré tant d'autres

Charles Ponzi a tout pour plaire. De l’allure, du culot et un secret bien gardé pour faire prospérer votre argent comme personne. Vous laisseriez-vous tenter ?

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Charles Ponzi

Ses jours sont comptés en ce début 1949, il le sait. Sa vue est bientôt réduite à néant, son attaque cardiaque il y a près d’un an le laisse en partie paralysé. Alité dans un hôpital de la charité à Rio de Janeiro, Charles va mourir sans le sou, bien loin du faste d’antan où sa fortune et son nom en ont fait rêver plus d’un.

Carlo Pietro Giovanni Guglielmo Tebaldo Ponzi fait valser tous ses prénoms une fois débarqué à Boston en novembre 1903. Le voilà désormais Charles Ponzi. À peine 20 ans et déjà un sacré bagout. Plongeur, serveur, garçon d’hôtel... Une ribambelle de jobs en bas de l’échelle avant de trouver sa voie. Se prétendant le parent d’une riche famille italienne fictive, il devient caissier, à Montréal, au sein de la banque Zarossi, du nom d’un autre Italien qui a fait fortune avec les économies de ses compatriotes immigrés, tous attirés par les rues pavées d’or de la Nouvelle Amérique.

Des sommes mises à l’abri dans sa banque, qui promet 6 % d’intérêts quand les grandes institutions américaines n’en offrent que 2. Un prodige, un cadeau ? Non, une combine. Le patron pompe l’argent des nouveaux clients pour alimenter les anciens. Mis en doute, il fuit au Mexique. Au chômage, Ponzi passe par la case prison pour un chèque encaissé à son nom.

Arnaque industrialisée

Ponzi propose à ses clients deux formules : multiplier leur investissement par 1,5 en 45 jours ou par 2 en 90 jours. Séduits par l’homme et par son offre, les investisseurs affluent.

En 1919, de retour à Boston, il va s’inspirer de cette idée de génie. Dans une lettre provenant d’Espagne, il découvre un coupon-réponse international. Le timbre facilite les échanges entre les aventuriers du Nouveau Monde et les familles restées en Europe, payé en pesetas l’équivalent d’un cent américain. Selon le taux, il peut être échangé contre un timbre de 6 cents. Ne reste plus qu’à investir et à engranger les bénéfices. Et pour cela Ponzi a besoin de beaucoup d’investisseurs ayant toute sa confiance.

Le 26 décembre 1919, il fonde pour cela la Securities Exchange Company et propose à ses clients deux formules : multiplier leur investissement par 1,5 en 45 jours ou par 2 en 90 jours. Séduits par l’homme et par son offre, les investisseurs affluent, persuadés d’être au cœur d’un club select, ignorant que leur mise sert à rémunérer l’investisseur précédent et que leurs gains proviennent de l’investisseur suivant. Ce système pyramidal suppose de doubler le nombre d’investisseurs à chaque étape. Qui se feront doubler. L’arnaque industrialisée. Le pouvoir de persuasion de Ponzi est considérable, 40 000 personnes investissent plus de 15 millions de dollars, en partie redistribués. Environ 10 millions ne quittent pas les poches de Ponzi, au sommet.

1920, effondrement de la pyramide

La pyramide tremble sur sa base à l’été 1920 quand un vendeur de meubles attaque le maestro en justice. L’affaire fait la une du Boston Post. Une investigation fédérale est lancée et Ponzi finit par se rendre le 12 août. Le système fait faillite. Après un procès et une décennie en prison, l’Italien est expulsé, retour au pays. La légende veut qu’il soit engagé par Mussolini dans les plus hautes instances financières du pays, puis qu’il détourne une belle somme d’argent au Trésor italien.

En réalité, aidé par son cousin, Ponzi travaille deux ans durant pour une petite compagnie aérienne assurant des liaisons entre l’Italie et le Brésil, avant qu’elle ne fasse faillite à l’entrée des États-Unis dans le conflit mondial, en décembre 1941. Professeur de langues, interprète pour une entreprise d’importation, rédigeant son autobiographie... Ponzi traverse les années 1940 sur des airs de samba triste. L’envie de séduire appartient au passé, les millions aussi. Mal voyant, paralysé, il est soigné par des nonnes. Le 18 janvier 1949, il meurt, laissant 75 petits dollars pour régler ses funérailles.

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