Budget 2026 : Ces pistes qui pourraient changer la donne pour les industriels

Le premier ministre François Bayrou promet ses orientations pour le budget 2026 le 15 juillet. Il faut réduire le déficit en allant chercher 40 milliards d’économies. Quelles sont les principales pistes qui auront un impact sur les entreprises industrielles ? Le point sur ce qui est probable et les arbitrages toujours en cours.

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Francois Bayrou, le Premier ministre, au Senat, a Paris, le 9 juillet 2025. (Photo by Serge Tenani / Hans Lucas via AFP)

C’est le 15 juillet que le premier ministre François Bayrou communiquera ses grandes orientations budgétaires pour l’année 2026. En attendant, ministres et conseillers s’activent pour défendre leurs arbitrages et les divers groupes de pression montent au créneau. Il faut trouver 40 milliards.  A quelle sauce seront mangés les industriels ? Que sait-on des débats entre Matignon, Bercy et les groupes parlementaires ?

Du côté des impôts supplémentaires, qui est semble-t-il une ligne rouge, la surtaxe exceptionnelle d’impôt sur les sociétés ne devrait pas être reconduite. C’est un engagement pris par le ministre de l’Economie Eric Lombard qui ne veut pas être pris en défaut sur le sujet. Le 10 juillet sur LCI, François Bayrou a réitéré sa volonté de ne pas proposer de hausse de prélèvement généralisé : "Il peut y avoir ici ou là des efforts particulier mais je ne crois pas que ce soit par l'impôt qu'on résout les problèmes".  Plus que d’augmenter les impôts, l’idée est donc de réduire ce qu’on appelle «la dépense fiscale», c’est-à-dire les impôts qui ne rentrent pas – donc les niches.

Le Crédit impôt recherche dans le viseur

L’une des niches les plus coûteuse est le Crédit impôt recherche (CIR), qui ne cesse d’enfler, passé de 5,5 milliards d’euros par an en 2016 à un prévisionnel de 7,7 milliards en 2025. Le CIR a déjà été légèrement raboté dans le dernier budget en ajustant des paramètres par exemple sur les brevets ou en supprimant le doublement des salaires sur les jeunes docteurs. Le ministère de l’Industrie estime qu’un effort a déjà été réalisé l’an dernier avec ce coup de rabot, censé économiser 400 millions d’euros en 2025. Mais le gouvernement sait bien que la gauche va exercer une très forte pression sur le sujet et il y a fort à parier que le CIR sera revu sans doute au cours du débat parlementaire.

Le dernier rapport de la commission parlementaire du Sénat sur les aides publiques, qui montre que l’évaluation de l’efficacité de certains dispositifs est mauvaise, ne plaide pas en faveur de le maintenir en l’état. Ce rapport avance même des pistes de réduction, voire de suppression, du CIR mais plutôt dans des secteurs jugés non prioritaire pour l’innovation comme la banque ou la grande distribution. Les PME industrielles passeront sans doute au travers des gouttes, mais les grands industriels doivent se préparer à une baisse du soutien de l’Etat sur leur effort d’innovation.

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L’autre principale niche fiscale concerne les particulier, puisqu’il s’agit du crédit d’impôt pour les emplois à domicile, et elle sera probablement elle aussi visée... même si, au gouvernement, on sait que cela résultera inévitablement en une hausse du travail au noir, donc l’évaporation de cotisations sociales.

Rationalisation des agences

Pour baisser les dépenses, le ministère des Comptes publics promet aussi une rationalisation de l’organisation de l’Etat. La ministre Amélie de Montchalin a déjà visé nommément certains opérateurs comme l’Ademe, un des interlocuteurs privilégiés de l’industrie. Davantage que les fonds dispensés, qui seront sans doute revus un peu à la baisse, ce sont  les structures qui sont visées. Comme l’explique une source haut placée à Bercy, «il y a beaucoup de tuyaux coudés dans l’Etat». Si réorganisation rime avec simplification et évite de passer par de multiples guichets sur un même sujet, cela ne peut que profiter aux acteurs privés qui font face à la complexité administrative.

Année blanche de dépenses, mais pas pour la défense

Enfin même si c’est plutôt la marque d’un non-choix que d’arbitrage courageux : l’idée d’une année blanche, c’est-à-dire qui maintiendrait le même niveau de dépenses que l’an passé malgré l’inflation, trouve de nombreux adeptes au sein du gouvernement. Le directeur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau la juge ainsi «utile» quoique «insuffisante». Dans une logique d’efforts partagés et alors que l’inflation a baissé, elle peut passer politiquement.

Le concept d’année blanche ne signifie pas que chaque mission de l’Etat restera au même niveau. Le secteur de la défense sera épargné dans le contexte d'économie de guerre et devrait voir ses crédits augmenter en accord avec la loi de programmation militaire, tandis qu’il faudra compenser avec des économies dans d’autres secteurs. La parole du premier ministre est très attendue sur ce sujet.  

Le secteur de la santé mis à contribution

Mais les 40 milliards à aller chercher pour boucler un déficit à «seulement» 4,6% du PIB, contre 5, 4% en 2025, ne concerne pas que les dépenses de l’Etat. Ils portent sur l’ensemble des dépenses publiques, c’est-à-dire aussi celles de la Sécurité sociale et des collectivités locales. Et le gros morceau relève de la Sécurité sociale. Au-delà du sujet des pensions de retraites, toujours en suspens, et d’un tour de vis sur les allocations chômage ou d’une prise en charge plus serrée des congés maladie de courte durée,  les laboratoires pharmaceutiques risquent d’être mis à contribution.

Le dernier rapport de l’Assurance Maladie conforte les partisans qui veulent les mettre au régime. Paru fin juin, il note «une hausse des médicaments qui menace la soutenabilité à court terme» et invite à «réinstaurer une hiérarchie des prix cohérente avec des progrès thérapeutiques reconnus». Si le ministère de l’industrie appelle «à ne pas mettre en risque l’innovation et le maintien des industries de santé sur le territoire», les ministères sociaux tirent en faveur d’une politique de prix plus serrée.

Un début de réflexion sur le coût du travail

Au-delà de toutes ces économies, une réflexion plus ambitieuse est amorcée qui devrait intéresser les entreprises et leur enjeu de compétitivité. L’idée est de basculer le coût de la protection sociale sur d’autres assiettes que celle du travail. Une hausse de TVA n’est pas à l’ordre du jour. Mais de nombreuses options sont explorées : comme une révision des bases de la taxe foncière, un alignement sur le régime commun de la CSG réduite des retraités… L’an dernier, le mouvement allait dans l’autre sens car des allégements de charges ont été rabotés et cela a plutôt pénalisé l’industrie. Si la réflexion est entamée, pas sûr qu’elle aboutisse de manière ambitieuse dès le budget 2026.

Alors que l’investissement pique du nez, beaucoup d’industriels sont dans l’attente. Deux inconnues obscurcissent leur horizon : l’atterrissage des droits de douanes aux Etats-Unis et le fumet que leur réserve le budget 2026 en France. Si les mouvements de Donald Trump restent imprévisibles, nul doute qu'ils attendent des éclaircissements sur le second point le 15 juillet prochain.

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