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[Industry story] Aux abonnés absents - Antonio Meucci, père du téléphone spolié de son invention

New York, 14 février 1876. Si la nécessité est la mère de l’invention, la paternité de celle du téléphone fait l’objet d’une bataille sans merci.

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Antonio Meucci inventeur du téléphone

Des hommes en noir se pressent et n’ont que faire de la Saint-Valentin. Le 14 février 1876, les avocats d’Elisha Gray déposent à l’Office américain des brevets un caveat sur « la transmission et la réception électrique de la voix humaine ». Deux heures plus tard à peine, les avocats du jeune Graham Bell font de même avec le brevet d’un télégraphe harmonique. La guerre entre les deux inventeurs est ouverte. Après trois semaines de démêlés, le 7 mars, Bell obtient le brevet US 174 465. Et devient l’inventeur officiel du téléphone. C’est oublier un peu vite le rôle d’Antonio Meucci.

Sa fabrique de chandelles de suif est la toute première des États-Unis. Antonio Meucci y a investi ses 500 000 dollars d’économies gagnés à Cuba. L’Italien y a passé une quinzaine d’années en tant qu’ingénieur et technicien pour le théâtre Tacón à La Havane. Il y a notamment mis au point une méthode de galvanisation du métal, que l’armée du gouverneur utilise pour ses diverses armes, comme les épées. Puis s’est penché sur l’électrothérapie. En 1849, il réalise une séance d’électrochoc sur un patient qui, placé dans une autre pièce et muni d’un fil de cuivre, se met à hurler de douleur. Meucci entend le cri par ce même fil. Il comprend que la voix peut être portée par l’électricité et imagine les bases du téléphone. Bell a tout juste 3 ans.

Meucci a pour ambition désormais de développer son projet. Il émigre à New York et s’installe à Staten Island, en avril 1850. Dans sa maison, il installe un système de communication entre son atelier situé au sous-sol et la chambre du couple où se repose son épouse, atteinte de polyarthrite rhumatoïde. En 1856, il crée son prototype du « telettrofono » et conçoit durant quatorze ans une trentaine de téléphones différents.

Tout lui réussit. Ou presque...

En août 1870, Meucci réalise une communication portant sur une distance d’un mile grâce à une plaque de cuivre isolée dans du coton. La Telettrofono company naît l’année suivante avec trois amis entrepreneurs. Tout lui réussit. Ou presque. L’explosion d’une chaudière sur un ferry le blesse. Si son usine de bougies fonctionne bien, Meucci se trouve ruiné par des débiteurs malintentionnés. Dès lors, l’engrenage commence.

L’ingénieur n’a pas les moyens de renouveler chaque année le dépôt de brevet. Pour promouvoir son invention, il envoie une description précise de son prototype et son brevet à l’American District Telegraph Company of New York. Il espère, relance, patiente... Au bout de deux longues années d’attente, lesdits documents ont officiellement été égarés. Meucci perd tout droit sur son invention en décembre 1876.

Dans le même temps, le jeune Graham Bell travaille dans l’atelier où sont un temps entreposés les plans de Meucci... Financièrement soutenu par le riche avocat Gardiner G. Hubbard, Bell lui promet d’inventer une machine permettant à sa fille Mabel, sourde et muette, d’entendre. Bell s’appuie sur les plans de Meucci, réussit son pari, épouse Mabel et devient riche. Dix-sept ans durant, il reverse 20 % de ses profits à la compagnie de téléphone en contrepartie de ce brevet emprunté.

Dix ans ont passé, le gouvernement, puis la Cour suprême, sont prêts à remettre en cause la paternité de Bell sur le téléphone. Meucci attaque alors l’emprunteur. Le procès dure et prend fin quand Antonio Meucci décroche le 18 octobre 1887. Une fois mort, il plonge dans les oubliettes de l’histoire. Jusqu’à juin 2002, lorsque la Chambre des représentants du Congrès le rappelle à notre bon souvenir et lui attribue très officiellement la paternité du téléphone.

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