[Industry Story] Espace vital - Katherine Johnson, l’ingénieure qui a envoyé John Glenn dans l’espace

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Katherine Johnson a l’étoffe d’une héroïne.

Le 20 février 1962 approche et John Glenn est inquiet. Il en va de sa vie. La mission spatiale Mercury-Atlas 6, qu’il va piloter, est la première à accomplir un vol orbital habité. Autant dire qu’elle est capitale.

Et l’astronaute n’a pas confiance dans les tout nouveaux programmes informatiques, appelés à remplacer les cerveaux humains pour le calcul des trajectoires. Ces énormes machines connaissent encore quelques ratés. Il demande alors que cette vérification soit réalisée par l’une des femmes ingénieures. Et pas n’importe laquelle, une en qui il a toute confiance.

Dans cette Amérique sexiste et ségrégationniste de 1953, Katherine Johnson cumule deux handicaps. Elle est une femme et elle est Noire. Elle postule néanmoins pour intégrer la Naca, l’agence spatiale américaine, ancêtre de la Nasa, en quête de mathématiciens. Katherine a de sérieux atouts. Élève brillante, elle obtient ses diplômes de mathématiques et de français avec la plus haute distinction et devient la seule femme des trois étudiants afro-américains à entrer à l’université de Virginie. Embauchée au siège de l’agence à Langley, elle rejoint une équipe composée uniquement de femmes, qu’elle surnomme les ordinateurs à jupes : lecture des données des boîtes noires, étude des rafales de vent sur les engins... les mathématiques appliquées. Jusqu’au jour où elle se voit temporairement transférée dans un service d’hommes travaillant sur les vols spatiaux. Elle insiste alors pour participer à chaque réunion où aucune femme n’a jamais été admise. Elle est accueillie à bras ouverts par ses nouveaux confrères, bluffés par ses connaissances et ses compétences. Elle ne les quittera plus. Mais les lois de ségrégation restent fortes dans cet ex-État confédéré. Alors, comme ses collègues afro-américains, elle se voit contrainte d’utiliser des toilettes séparées, de déjeuner dans un espace réservé à la cafétéria et n’obtient pas les mêmes avancées salariales que les ingénieurs et scientifiques blancs.

Katherine Johnson compte, pose, retient, vérifie la trajectoire de vol durant un jour et demi. Tout est correct. John Glenn est rassuré, prêt à faire conquérir l’espace et à prendre la lumière. Katherine est prête à calculer les futures trajectoires de la Nasa, comme le rendez-vous spatial entre le module de commande et le module lunaire Apollo en juillet 1969. Génie de l’ombre.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs