William Chaloner risque sa vie pour acte de haute trahison et le juge Lovell est réputé intraitable. Le 3 mars 1699, l’ennemi public numéro un est accusé de fabriquer de la fausse monnaie. Il adresse alors une dernière lettre au directeur de la Maison de la monnaie et procureur royal pour tenter de l’attendrir : « Ô pour l’amour de Dieu, empêchez-moi d’être assassiné […] Personne ne peut me sauver à part vous. » Accablé, il espère que ses mots émouvront le procureur.
1696. Isaac Newton traverse une période tourmentée. Le scientifique, déjà reconnu par ses pairs pour ses nombreux travaux sur la mécanique moderne, la gravitation universelle et l’optique, déprime, s’éloigne de ses amis et ne publie plus rien. Alors il quitte Cambridge et devient le directeur de la Maison de la monnaie. Sa mission consiste à mener à bien la refonte de la monnaie anglaise et à se débarrasser des 20 % de pièces contrefaites. Un fléau dans l’Angleterre de la fin du XVIIe siècle marquée par une crise financière et monétaire. Les pièces frappées au marteau sont allègrement rognées par de malins aigrefins afin de récupérer quelques milligrammes de métal. La réforme de 1696 prévoit le passage à la fabrication mécanique. Laminoir et presse permettront des cotes précises, des figures infalsifiables et une bordure rendant impossible le rognage.
Newton se transforme en un procureur redoutable et méthodique. Et n’a plus qu’une idée en tête, cueillir le pire des forbans.
Newton s’installe alors dans la Tour de Londres en avril 1696 et poursuit dans la capitale une vie sans amis ni conquêtes féminines. Son poste ne devrait pas l’occuper plus que de raison, selon l’usage de ses prédécesseurs. Seulement, le scientifique exerce son labeur avec la même rigueur qu’à l’accoutumée. Bourreau de travail, austère et rationnel, il se consacre à comprendre et organiser ses nouvelles fonctions. Et s’acharne à démultiplier la production des pièces. Dix moulins, 300 ouvriers et 50 chevaux frappent de 4 heures du matin à minuit. La nouvelle monnaie doit circuler et vite. Seulement, une autre mission lui est dévolue. Celle de traquer les faux-monnayeurs. Newton se transforme alors en un procureur redoutable et méthodique. Il écume tavernes, prisons et autres bouges pour recueillir les dépositions de témoins. Et conduit les coupables devant le tribunal avant qu’ils ne croupissent dans les ombres de la prison de Newgate. En février 1699, une dizaine de faux-monnayeurs sont promis à la corde. Newton n’a plus qu’une idée en tête, cueillir le pire des forbans.
Charlatan, faux devin, fabricant et vendeur d’olisbos, William Chaloner se découvre un talent pour la contrefaçon. Guinées, pistoles françaises, couronnes, billets de banque et de loterie, tout y passe. L’escroc fait fortune. Une cible de choix pour Newton qui l’espionne, rassemble les preuves et l’accuse. Malin, Chaloner tente de renverser la situation. Il relève les abus commis par la Maison de la monnaie elle-même et offre ses services en proposant une monnaie qu’il prétend infalsifiable. Avant d’acheter un témoin, de se faire passer pour dément puis de rédiger une lettre larmoyante pour sauver sa peau…
Peine perdue. Après une petite heure de procès, Chaloner est reconnu coupable de haute trahison. Dix-neuf jours plus tard, sur la potence de Tyburn, haut lieu des exécutions capitales, son corps divertit la foule dans une danse du pendu. Son éventrement suit. Il a clamé son innocence et refusé prêtre et sacrement. Six ans plus tard, Newton accepte l’anoblissement par la reine Anne et prend pour blason une paire de tibias humains qui se croisent



