L’Usine Nouvelle. - Quelles grandes tendances observez-vous chez les entreprises dans la gestion de leurs locaux ?
Christopher Besnier. - Il y a deux volets. Un premier sujet concernant l'occupation des lieux avec la généralisation du télétravail. Et un second, qui touche à la transformation énergétique des actifs et fait écho au plan de relance. Ce sont pour nous deux tendances qui sont alignées.
Repenser son lieu de travail permet également de réduire son empreinte énergétique. Aujourd'hui, nos clients viennent nous voir – et c'était déjà le cas avant la crise sanitaire mais le COVID-19 a accéléré cette tendance – pour les aider à repenser les lieux de travail en prenant en compte l'évolution du comportement des collaborateurs. La crise sanitaire a servi d'accélérateur pour comprendre leurs envies et les nouvelles façons d'utiliser les bureaux. On touche ici à la question de l'intensité d'usage. Nos clients se rendent compte qu'elle baisse dans leurs locaux. Il faut que la réduction de l'empreinte énergétique suive cette tendance.
Découvrez ici notre dossier: La rénovation énergétique, un vrai business pour l'industrie
Quelles solutions peuvent être mises en place sur ces deux volets ?
L'idée est d'optimiser les surfaces et de réduire les dépenses en temps de crise. Mais les économies ne doivent pas se faire au détriment du confort des salariés. C'est pourquoi ces deux volets doivent s'inscrire plus largement dans le schéma directeur immobilier. Comment se projeter dans les années à venir pour que nos collaborateurs bénéficient de conditions de travail optimales et aient l'envie de se retrouver ? Cela peut se faire en requalifiant des espaces, par exemple davantage d'espaces dédiés au travail collaboratif, comme les salles de coworking ou de design thinking, et en diversifiant l’usage de certains espaces, comme les cafétérias. Il faudra créer les conditions pour se retrouver et accueillir nos clients. Afin de densifier le ratio des actifs par collaborateurs. Même si le télétravail se généralise à un ou deux jours par semaine, il sera nécessaire de repenser les locaux pour se retrouver le reste de la semaine ou ponctuellement. Nous croyons qu'il y a encore un attachement fort des salariés pour leur entreprise et que cela passe par le travail en présentiel. Mais une tendance assez marquée chez les collaborateurs est qu'ils souhaitent davantage d'espaces de création mais aussi d’espaces de services (salles de sports, etc.) ou de lieux pour accueillir leurs clients. Cela passe forcément par moins d'espaces individuels… même si c’est paradoxal avec les mesures de distanciation actuelles, je vous l'accorde.
Sur le volet réduction de l'empreinte énergétique, on peut citer le décret tertiaire, qui concerne les surfaces de plus de 1 000 m2. Les entreprises devront s'engager dans un plan d'action, afin de réduire drastiquement leur consommation énergétique, un chiffre qui représentera jusqu'à 60% en 2050. Avant la crise sanitaire, les grandes entreprises étaient donc particulièrement en avance sur ces sujets et s'étaient déjà mises en ordre de marche.
Cela reste plus difficile pour les petites entreprises…
La question est en effet plus compliquée pour les entreprises de taille intermédiaire et les PME. Quand vous n'avez qu'un site, c'est moins facile de libérer de l'espace ou de mutualiser les coûts...
Aux Etats-Unis, de grandes entreprises ont d’ores et déjà appelé leurs salariés à ne pas revenir au siège d’ici l’été prochain en raison du Covid. Assiste-t-on au même phénomène ?
Nous n’avons pas observé cette tendance de libération de l’intégralité de surfaces, bien souvent car ce n’est pas possible : les entreprises sont engagées sur des baux de longue durée, et c’est aussi un peu tôt pour le constater. Une chose est sure : mieux utiliser les espaces va forcément en libérer d’autre part : il faut s’attendre sans doute, et on l’observe déjà un peu, à des transferts d’actifs, via des acquisitions.
Face à l’afflux de télétravail, y-a-t-il un mouvement accru de location de ses sites pour réduire les coûts ?
C'est un phénomène que l'on a observé, mais qui est lié à la stratégie de l'entreprise et ses capacités. La location est une opportunité intéressante pour rationaliser l'occupation des espaces et trouver une source de revenus. Et c'est une tendance qui peut tout à fait se renforcer. Les directeurs immobiliers doivent garder en tête que c'est une situation qui évolue rapidement et qu’il faut de la flexibilité pour rationaliser l’espace.
Concernant les bâtiments industriels, les plans sociaux se multiplient, va-t-on se retrouver avec des sites à vendre ?
C'est trop tôt pour le dire et nous ne sommes pas les mieux placés pour en parler. Même pour les secteurs à la peine, comme l'aéronautique, ce sont des tendances que l'on n'a pas observées. Le gouvernement a plutôt pour projet de renforcer ces activités très touchées par la crise en France. On espère bien observer la construction de nouveaux projet ou l'acquisition de sites. La réversibilité des espaces devrait aussi s’accentuer (des bureaux devraient se convertir en logements). Des tendances qui sont à suivre…
Certaines entreprises n'auront pas forcément la trésorerie pour effectuer les travaux de rénovation énergétique…
Pour les entreprises, la priorité sera d'aller chercher des gains rapides, avec des retours sur investissements sur le court terme. Je pense à un cas, où l'analyse du comportement énergétique du bâtiment a permis de se rendre compte qu'un certain nombre de sondes de température, dont la valeur unitaire était de 30 euros, étaient défectueuses. Cette anomalie générait une perte énergétique de l'ordre de 15% de la consommation annuelle. La rénovation énergétique ne va pas sans un gain économique. C'est un levier majeur pour les entreprises. Car cela permet dans certains cas de trouver des gisements d'économies financières rapides et faciles d'accès.
Propos recueillis par Gaëlle Fleitour et Hubert Mary



