Entretien

"Il est indispensable d’assurer le bon fonctionnement de nos industries", insiste Philippe Varin

Tout comme l'Association française des entreprises privées (Afep) et le Medef, qui a appelé ses adhérents à reprendre leur activité lorsque les conditions sanitaires sont réunies, le président de France Industrie insiste sur la nécessité "d'assurer le bon fonctionnement" de notre tissu industriel. Alors que les prévisions de croissance officielles ont été revues en forte baisse, Philippe Varin estime que le futur Pacte productif devrait être transformé en un "plan de relance massif"

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Philppe Varin
"Notre préoccupation principale est que l’activité économique puisse se poursuivre", souligne le président de France Industrie.

L’Usine Nouvelle.- La crise sanitaire et économique actuelle est majeure. La réponse des pouvoirs publics a-t-elle été à la hauteur des enjeux ?

Philippe Varin : Pour ce qui est du soutien économique aux entreprises, l’Etat a fait preuve d’une très grande réactivité, notamment en ce qui concerne la trésorerie des entreprises, que ce soit à travers le report du paiement des charges sociales et fiscales ou la prise en compte de l’activité à temps partiel. De plus, le niveau des ressources mises à la disposition des entreprises est bien à la hauteur des enjeux. Aujourd’hui, notre préoccupation principale est que l’activité économique puisse se poursuivre.

Comme vous le savez, nos industries sont en soutien pour la fourniture des équipements de santé, notamment pour la fabrication des masques en France, la production de gel hydroalcoolique ou encore des détergents. Il y a aussi la question des respirateurs, qui mobilise par exemple le groupe Air Liquide, et la disponibilité de l’oxygène médical. Mais, au-delà de la santé, sur l’ensemble des secteurs prioritaires, comme l’eau, le traitement et le recyclage des déchets ou l’énergie, l’alimentation, les télécoms, il n’y a pas actuellement de dysfonctionnement majeur ou de pénurie.

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Le gouvernement table sur une croissance négative en 2020, avec une prévision à l'heure actuelle de -1 % pour cette année. Qu’en pensez-vous ?

Il me semble que cette prévision est plutôt optimiste. Par exemple, l’industrie automobile s’attend à une chute de 75 % de ses commandes sur les prochaines six semaines. Si la situation qui prévaut dans différents secteurs industriels perdurait, on pourra avoir un impact sur le PIB beaucoup plus important. Dans les secteurs où la demande s’est effondrée, comme l’automobile ou le luxe, il faut attendre que cette demande reparte une fois la période de confinement achevée.

Par contre, dans les secteurs comme l’aéronautique ou la chimie, où le carnet de commande est toujours actif, la question est de savoir comment on peut poursuivre l’activité dans un contexte de prévention sanitaire pour assurer la sécurité des salariés au travail. C’est le sujet majeur aujourd’hui car il est indispensable d’assurer le bon fonctionnement de nos industries. Par ailleurs, il est important que les grands donneurs d’ordre puissent indiquer de manière assez régulière quels sont leurs plans de production afin de donner des signaux clairs à l’ensemble de la chaîne des fournisseurs. C’est notamment pour cette raison que nous avons mis en place, dans les différentes filières industrielles, des référents PME qui peuvent assurer un lien entre les grands groupes et leurs sous-traitants pendant les périodes difficiles.

Dans l’industrie également, les salariés ont exprimé leurs inquiétudes face au risque sanitaire sur leur lieu de travail…

Ces préoccupations sont légitimes. Il faut y répondre établissement par établissement, en respectant certains principes généraux. C’est dans ces moments difficiles que le dialogue social doit fonctionner à plein.

Il faut qu’il y ait des plans de continuité pour les établissements, les plus importants mais aussi pour les PME, et redémarrer la production sur des bases qui soient claires entre les différents acteurs telles que des règles de fonctionnement sur l’organisation du travail, sur la désinfection ou la mise en œuvre de la distanciation. Cela relève d’une vraie discussion entre les partenaires sociaux. D’ailleurs, le groupe Airbus avait stoppé la production sur ses sites afin que cette discussion puisse s’engager avant de les redémarrer le lundi 23 mars 2020, une fois cette dernière achevée.

La réflexion sur l’organisation des chaînes de valeur sera-t-elle un élément de l’après-crise ?

Cette crise a notamment permis de s’apercevoir qu’un certain nombre d’éléments de chaînes de valeur industrielles stratégiques n’ont pas été maintenues sur le territoire national. Bien évidemment, cela pose la question de la relocalisation de certaines activités. Mais ce n’est pas une problématique nouvelle. Je suis convaincu que le prix du carbone qui va, de toute manière augmenter, aura un impact sur la compétitivité des produits qui sont fabriqués en grande quantité et dans des zones éloignées de lieux de consommation. Cet élément est déjà un facteur de relocalisation, même s’il y a aujourd’hui assez peu d’exemples de cette tendance, sauf peut-être dans la mode et le luxe. La question de la sécurité des approvisionnements de certains produits sera certainement à l’avenir, pour les industriels, un critère dans l’analyse des choix et des options pour l’organisation de leurs chaînes de production. Et dans cette analyse, l’option France devra être compétitive.

A ce propos, le Pacte productif devait être présenté au mois d’avril prochain par le président de la République. Son contenu doit-il être adapté compte tenu de la situation actuelle ?

Le contenu du Pacte productif doit être revisité. Il faut en faire véritablement un plan de relance massif. Alors que l’Etat est capable de mettre 45 milliards d’euros sur la table dans une situation d’urgence, je crois que lorsque l’on parle de dispositions d’aide à la relocalisation comme le sur-amortissement ou la baisse des impôts de production, l’enjeu est tel qu’il faut prendre des mesures qui permettront de donner un signal fort pour cette que cette relocalisation industrielle s’engage réellement. Par ailleurs, le volet capital humain de ce Pacte devra également être revisité à l’aune de ce que sera la sortie de crise. C’est aussi pour cette raison que la question de la poursuite de l’activité est aujourd’hui essentielle car plus longtemps les outils de production seront ralentis ou stoppés, plus leur redémarrage sera difficile. Etant entendu que le reste du monde ne va pas nous attendre. La Chine, par exemple, a déjà recommencé à produire.

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