La lutte anti-mines marines change de siècle. La marine française prépare le remplacement de ses vieux navires chasseurs de mines par des systèmes de drones de surface et sous-marins capables de détecter, d’identifier et de faire exploser (pétarder dans le jargon des marins) les mines. Cette révolution technologique s’opère notamment à Brest (Finistère), chez Thales, au sein de la division des systèmes sous-marins spécialisée dans les sonars.
Après une visite à la base navale, la ministre des Armées Florence Parly se rend vendredi 29 mai 2020 chez l’industriel pour faire un point sur l’avancement du programme d’armement SLAMF (système de lutte anti-mines marines du futur) qui doit aboutir à l’acquisition de quatre de ces systèmes de nouvelle génération.
"Grâce aux drones, on éloigne les plongeurs et les marins de la menace. C’est un changement doctrinal", explique-t-on au ministère des Armées. Les interventions de déminage pourront se faire à distance à partir d’un navire situé à 20 km de la zone de danger alors que les bateaux démineurs actuels doivent entrer dans le champ de mines pour opérer. Le danger est d’autant plus grand que la technologie des mines a elle-même progressé : ces bombes sous-marines sont de plus en plus évolutives, miniaturisées et furtives se fondant dans le décor rocailleux au fond des mers…
Un programme franco-anglais
Malgré un aspect qui pourrait apparaître désuet, le déminage reste une priorité pour les marines. Les chasseurs de mines sont aujourd’hui absolument essentiels pour, par exemple, "blanchir" la zone de sortie des sous-marins de la dissuasion nucléaire dans la zone du goulet de Brest. Ils sont également sollicités pour sécuriser le porte-avions Charles de Gaulle lors du franchissement de points de mer stratégiques comme le détroit de Bab-el Mandeb, et préparer les approches des côtes en cas de manœuvres amphibie.
Pour rester dans la course technologique, la France et le Royaume-Uni ont lancé le programme de lutte anti-mines SLAMF en coopération. En 2015, Thales a été désigné comme chef de file industriel. Il conçoit les sonars et le système de contrôle du dispositif. Il travaille avec ECA Group, filiale du groupe Gorgé basée à Toulon (Var) et spécialiste française des drones sous-marins. La société anglaise L3 ASV apporte les drones de surface. Enfin, le suédois SAAB contribue au programme avec le robot démineur téléopéré. Au total, la charge industrielle est répartie entre la France (48%), le Royaume-Uni (46%) et la Suède (6%).
Des détections jusqu'à 300 mètres de profondeur
Chaque système de lutte anti-mines est composé de deux navires de surface sans pilote, le premier approche le sonar remorqué chargé de détecter les mines, le second emporte le robot démineur capable de déposer des charges sur les mines afin de les neutraliser. L’ensemble de ces moyens est piloté à distance grâce à un système de commande et de contrôle déporté qui permet aux marins de visualiser les vidéos capturées par les drones et de les piloter.
Les performances sont nettement améliorées par rapport aux chasseurs de mines actuels. Les drones sont capables de repérer des mines vingt fois plus petites (de la taille d’une carte bleue), à de plus grandes profondeurs (300 mètres contre 80 m) tout en balayant les zones de danger trois fois plus rapidement grâce à des sonars de nouvelle génération à balayage multifaisceaux. Le système de drones SLAMF devrait recevoir sa qualification en octobre prochain. La marine nationale devrait les déployer à partir de 2023 tout en se défaisant progressivement de sa dizaine de chasseurs anti-mines.



