Dans la rade de Brest (Finistère), en ce mois de juin, un bateau pas comme les autres, sous pavillon franco-britannique, multiplie les sorties. Par beau temps ou par mer forte, qu’importe. Son radar, ses antennes de communication et sa peinture grise caractéristique des navires militaires rappellent qu’il n’est pas là pour la pêche, encore moins la plaisance. C’est un chasseur de mines ultramoderne en cours de test par l’électronicien Thales.
À quelques miles des côtes, sans qu’aucun équipage n’intervienne, ce bateau, véritable drone de surface de 12 mètres de longueur, laisse échapper depuis la plate-forme arrière un sonar semblable à une torpille jaune. Le treuil déroule le câble et le poisson métallique s’éloigne, plonge grâce à ses ailettes orientables et disparaît dans les profondeurs. Quelques minutes plus tard, le treuil le ramène à bord, toujours sans intervention humaine. Entre-temps, le sonar a scanné les fonds sous-marins à une profondeur d’une centaine de mètres à la recherche d’engins explosifs. Dans un navire d’études et d’observation, les ingénieurs de Thales n’ont rien perdu de la scène. "L’avantage de ce nouveau dispositif est d’éloigner les équipages du danger", explique Antoine Caput, le directeur du programme de lutte contre les mines de Thales.

Depuis 2015, l’industriel et son partenaire d’outre-Manche, la PME ASV, mettent au point pour les Marines française et britannique ce dispositif de nouvelle génération reposant sur des drones de surface et des robots sous-marins. Aux environs de Portsmouth, les Britanniques testent un dispositif similaire dans des conditions de mer différentes. Les deux pays veulent remplacer leurs flottes vieillissantes de navires chasseurs de mines, dont les équipages, soit une vingtaine de marins par navire, sont en permanence exposés au danger. D’autant plus que les missions sont toujours d’actualité, que ce soit pour permettre aux sous-marins nucléaires de sortir de leur base sans danger ou pour préparer un débarquement sur une côte hostile en la nettoyant de sa ceinture d’engins explosifs.

Malgré le recours aux dernières technologies, l’homme reste dans la boucle. À quelques kilomètres de la rade de Brest, dans un centre opérationnel à la pointe de l’informatique situé dans les locaux de Thales, des officiers et des ingénieurs pilotent le drone de surface, recueillent les images qu’il a transmises et les analysent. "Nous étudions précisément la forme des ombres des objets suspects sur le fond marin. Il faut déterminer s’il s’agit de débris, d’un rocher ou d’une mine. Lors d’un même passage, le sonar est capable de multiplier les prises de vues sous des angles différents pour faciliter la prise de décision", explique Guy Le Bihan, l’ingénieur en chef du programme.

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Une base de données d’ombres de mines

Pour affiner le diagnostic, la high-tech vient encore à la rescousse. Des logiciels d’intelligence artificielle exploitent une base de données des profils d’ombres de toutes sortes de mines. Si une image correspond aux clichés du sonar, l’alerte est donnée. Pour lever définitivement le doute et neutraliser la mine, il sera alors nécessaire d’envoyer un robot sous-marin muni de caméras et d’un bras manipulateur. Dans leurs installations brestoises, les équipes de Thales testent l’appareil du fabricant suédois Saab dans une piscine d’une profondeur de 10 mètres. Piloté à distance, le drone est capable de s’approcher de la mine, d’y "clouter" une charge explosive de 1 kg déclenchable à distance. Les plongeurs militaires restent toutefois nécessaires pour les missions les plus délicates, comme le retrait ou la récupération d’une mine à des fins de renseignement. Les premières livraisons aux Marines française et britannique pourraient intervenir d’ici à 2020.





