Leur fringale d’électricité est telle que les Gafam, les fleurons de la tech et de l’intelligence artificielle, pourraient relancer le nucléaire civil américain. Google, ou plutôt sa maison mère Alphabet, vient ainsi de signer un accord avec la start-up nucléaire Kairos Power, basée au Nouveau Mexique, pour approvisionner ses futurs datacenters, ses méga batteries de serveurs d’intelligence artificielle, avec l’énergie produite par sept petits réacteurs nucléaires livrables par la firme entre 2030 et 2035.
Amazon, pour sa part, vient d’acheter à Talen Energy un site pour datacenters d’une valeur de près de 700 millions de dollars, alimenté par la centrale nucléaire voisine de Susquehanna, en Pennsylvanie. Quant à Microsoft, il n’a pas hésité à briser un tabou pour nourrir ses ambitions de leader de l’IA, en signant fin septembre un contrat de livraison d’électricité pendant vingt ans par l’unité 1 de Three Mile Island, une centrale nucléaire mondialement connue pour la défaillance catastrophique de son réacteur numéro 2 en 1979.
Augmentation de 50% des émissions en 5 ans
Ces grandes manœuvres énergétiques s’expliquent d’abord par un chiffre sidérant : les 52,9 milliards d’investissements engagés dans l’intelligence artificielle au dernier trimestre par le seul quatuor Meta (Facebook), Alphabet (Google), Amazon et Microsoft, dont la rentabilité dépend maintenant essentiellement du régime de leurs datacenters et donc de l’énergie disponible.
Google, comme les autres colosses de Big Tech, est conscient de son impact futur sur le réseau électrique américain et sur les ressources encore limitées en énergies renouvelable. Il a de plus révélé en juillet que son empreinte carbone avait augmenté de 50% en cinq ans en raison de l’augmentation de ses capacités de calcul, au détriment de son image auprès de l’opinion et des pouvoirs publics.

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D’où l’accord avec Kairos sur un approvisionnement total de 500 MW avant la fin de la décennie, assuré par de petits réacteurs modulaires de 75 MW à refroidissement à sel fondu et non à l’eau, plus sûrs et d’un cout de construction et d’exploitation considérablement inférieur aux centrales classiques, dotés d’une puissance minimale de 1000 MW. Ni Google ni Kairos n’ont pour l’instant précisé l’emplacement du site, le coût envisagé ou même le mode d’approvisionnement des datacenter par les réacteurs – directement ou via le réseau électrique.
Google, mécènes des clean tech
Un flou presque comparable entoure le projet de Three Mile Island, où Microsoft deviendra l’unique propriétaire d’assez d’énergie pour approvisionner l’équivalent de 800000 foyers. Hormis pour ses datacenters, le géant de l’informatique se muera-t-il en compagnie d’électricité ? En attendant, sa quête d’énergie justifie à elle seule la remise en marche du réacteur de la centrale, fermée depuis 2019 en raison de son manque de rentabilité.
Certes, les avantages fiscaux offerts par l’Inflation Reduction Act (IRA) de Joe Biden aux producteurs d’énergies renouvelables et au nucléaire ont contribué à la mobilisation des Gafams. Mais leur demande suscite déjà, comme ailleurs dans le Michigan, de nouveaux prêts de 1,5 milliard de dollars garantis par l’Etat pour la réouverture de la centrale de Palisades en 2025.
Quant au richissime Google, son projet avec Kairos pourrait avoir de profondes conséquences à long terme. «Google utilise son pouvoir d’achat pour initier un marché permettant de commercialiser les technologies des entreprises les plus avancées de la clean tech» explique Jesse Jenkins, chercheur en politique énergétique à l’Université Princeton. Le géant de l’IA y trouve aussi avantage.



