Gel, visières, dispositifs médicaux… Voici cinq fablabs français récompensés pour leur mobilisation contre le Covid-19

Porté par l’association France tiers-lieux, le fonds d’urgence "makers contre le Covid" a récompensé une quarantaine de projets portés par des tiers-lieux et fablabs pour aider dans la lutte contre l’épidémie, pour un total de plus de 240 000 euros. L’Usine Nouvelle a sélectionné cinq fablabs particulièrement mobilisés. Portrait.

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Pousse-seringue fablab Electrolab Nanterre
L'Electrolab, fablab de Nanterre, fait partie des lauréats du fonds d'urgence "maker contre le Covid". Il a notamment conçu un pousse-seringue, validé par des essais en hôpital.

Ils étaient parmi les premiers à se mobiliser. Dès les premières semaines de l’épidémie, bricoleurs et makers se sont organisés pour pallier au manque de matériel médical. Au sein d’associations et de fablabs, qui ont mis leurs moyens à disposition pour apporter leur aide aux soignants, ils ont fabriqué des visières de protection, des masques, du gel hydroalcoolique ou encore des respirateurs. Un fonds d’urgence a été mis en place pour permettre à ces projets, et à ces lieux, de perdurer.

Mené par l’association France Tiers-lieux et soutenu par la Fondation de France, le fonds "makers contre le Covid" a permis de soutenir 43 projets, pour un total de plus de 242 000 euros. L’objectif : "lever les menaces économiques qui pèsent sur les tiers-lieux et faciliter l’action des collectifs de makers qui ont fait preuve d'un engagement solidaire admirable, souvent bénévolement", est-il indiqué dans un communiqué. L’Usine Nouvelle a sélectionné cinq fablabs lauréats, représentatifs de l’engagement national des makers.

La Myne : solution hydroalcoolique collaborative

La Myne, laboratoire ouvert de Villeurbanne (Rhône) qui compte 250 membres, explore habituellement le futur de l’habitat, de l’énergie ou de l’alimentation à travers l’art et la science. Le collectif s’est engagé dans la production de gel hydroalcoolique dès l’apparition de l’épidémie. Suivant le protocole de l’OMS, il a défini sa propre formule de fabrication, rendue accessible en open source.

Rapidement, l’association a lancé une campagne de financement participatif et levé plus de 3 000 euros. De quoi fabriquer 500 litres de solution à destination des travailleurs sociaux et des personnels soignants. Suite à ce premier succès, l’association est contactée par l’Armée du salut, pour laquelle elle produit à nouveau 500 litres de gel désinfectant.

La Machinerie, visières et oxymètre

Après avoir créé un site internet pour recenser les besoins dans la région d’Amiens (Somme), le fablab La Machinerie s’est rapidement lancé dans la production de visières de protection : armés d'imprimantes 3D et de machines de découpe laser, dix de ses membres les ont fabriquées, aidés de makers bénévoles.

Contacté par une interne en cardiologie de l’hôpital de Montreuil-sur-mer (Pas-de-Calais), le fablab s’est en parallèle lancé dans la conception d’un oxymètre : un dispositif médical permettant de mesurer la saturation d’oxygène dans le sang d’un patient. Le prototype a permis de suivre, sur un seul affichage, les constantes de plusieurs patients en même temps.

Le Bluelab, les "Visières de l'Atlantique"

Fablab de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), le Bluelab a été parmi les premiers à mener un projet de coordination mêlant bricoleurs isolés, fablabs et entreprises. L’initiative "Les visières de l’Atlantique", menée notamment avec l’entreprise Third, a rassemblé 130 personnes et permis de fabriquer 27 000 visières de protection.

En contact avec un réseau de soignants, le fablab nazairien a pu organiser la production décentralisée de matériel de protection au plus près des besoins. Monté en trois jours, le projet est désormais en phase de transfert vers l’industrie : les équipes de Bluelab travaillent avec l’entreprise Third pour concevoir un moule à injection de leurs visières.

L’Electrolab, pousse-seringue

Contacté par l’hôpital de Nanterre au début de la crise, l’Electrolab de Nanterre (Hauts-de-Seine) s’est lancé dans la production par découpe laser de plus de 7 000 visières de protection. Accompagnés de bénévoles de la Croix-Rouge, les membres du hackerspace – fablab orienté sur les nouvelles technologies et la science – ont fourni plusieurs hôpitaux de la région parisienne, ainsi que des pharmaciens, pompiers et policiers.

En collaboration avec l’hôpital Foch de Suresnes, l’Electrolab s’est aussi investi dans le développement et la fabrication d’un pousse-seringue, utilisé en soins intensifs pour délivrer en continu des médicaments à un patient. Après des tests en laboratoires et en situation réelle, le dispositif a été validé par des experts médicaux. Il sera construit par un industriel partenaire, qui ambitionne d’en fabriquer 1 000 par semaine.

Le fablab de Jarry, respirateur d'urgence 

Le fablab de Jarry, hackerspace de Guadeloupe (Guadeloupe) s’est mobilisé avant le confinement pour apporter son soutien dans la lutte contre le Covid : ses membres ont conçu un distributeur de solution hydroalcoolique sans contact, fabriqué des visières de protection, un crochet ouvre-porte… et un respirateur d’urgence, présenté aux personnels de l’hôpital de Pointe-à-Pitre. Mais il n'a pu être utilisé en conditions réelles, faute d'autorisation. 

Au centre de la coordination des makers en Guadeloupe, Martinique et Guyane, le fablab de Jarry a dû concevoir ses produits en limitant au maximum son usage du plastique, dont l’approvisionnement pouvait prendre jusqu'à trois semaines. 

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