Le label « manufactures de proximité » prend de l’ampleur. La troisième vague de labellisation, rendue publique mi-juillet, a distingué 61 nouveaux tiers-lieux, dans le cadre du plan France Relance. Pour être retenus, les projets en question devaient être engagés dans la transition écologique et numérique, et favoriser les circuits courts, le recyclage et l’éco-conception. Ils sont ensuite soutenus lors d’une phase d’incubation de quatre mois, pendant laquelle une douzaine d’experts les conseillent en communication ou encore en appui juridique, puis sont suivis sur deux ans, toujours avec une dizaine d’experts et un déblocage des crédits publics. 30 millions d’euros sont mobilisés au total pour soutenir le label, soit 250 000 euros par projet.
« Je défends de longue date ces tiers-lieux qui réunissent TPE, PME et artisans autour de filières, d’objectifs et de valeurs d’avenir, ancrés dans le quotidien des gens », explique Olivia Grégoire, ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme sur le site du gouvernement. Les start-up labellisées se sont en effet vues confier la lourde tâche de redynamiser des régions en difficulté. Portrait de cinq d’entre elles.
La Matière, la récup’ pour art de vivre
Un magasin de bricolage à base de récup’. C’est ce que propose le tiers-lieu normand La Matière, basée à Périgny (Charente-Maritime). Bois, ameublement démantelé ou fonctionnel, peinture, tissu, cadres, moquette, cuir, draps… Qu’il s’agisse de rebut, de chutes ou d’ancien mobilier, le magasin des matières collecte, tri et remet en état les matériaux pour ses clients. « Le cœur de l’activité, c’est vraiment de donner une seconde vie à des matériaux qui allaient à la benne », décrit Dorota Rambault, responsable de projet en économie circulaire pour La Matière. Démarrée en 2014 grâce au soutien de l’agglomération de La Rochelle et de la commune de Périgny, l’activité s’est depuis ouverte à la sensibilisation d’entreprises ou de collectivités à l’économie circulaire ou à l'aménagement durable.
La phase d’incubation a déjà commencé pour la structure, qui cherche à se diversifier dans le réemploi, le tissu, le plastique, ainsi que dans les alliages mêlant bois et métaux, « qui sont présents dans beaucoup de fabrications », illustre la responsable de projet. La Matière souhaite aussi devenir un lieu d’accueil pour tous ceux ne disposant pas d’un tel espace. « On veut imaginer des ateliers partagés pour louer un établi pour quelques heures, jours ou mois, travailler sur un projet, le temps de vérifier s'il est viable économiquement. » Ou comment la start-up pourrait bien adopter la devise : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transmet. »

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RunFabriK vous habille avec… de l’ananas
500 000 mètres cubes par an de cuir d’ananas. Selon l’association labellisée grande école du numérique Emergence OI, La Réunion serait en capacité de produire une telle quantité à partir de déchets d’ananas - avec la start-up RunFabriK, la première entreprise labellisée « manufacture de proximité » de l’île. L’endroit donnera accès à des machines mutualisées pour transformer les ananas en déchets, en décortiquant les feuilles et les écorces, puis en lavant les fibres obtenues et en les faisant sécher au soleil. La fibre d’ananas servira par ailleurs à isoler des bâtiments, en remplacement de la laine de verre.
RunFabriK fera également office de lieu de rencontres et d’échanges, en mêlant un espace de coworking, des salles dédiées aux métiers de l’audiovisuel, un restaurant à bas prix, un endroit consacré à la fabrication d’instruments de musique traditionnels et recyclés et un jardin. « L’accueil d’un tiers-lieu dans la ville est une chance, déclare Krishna Damour, élu à la politique de la ville au journal réunionnais en ligne Zinfos974. Cela bouscule les a priori sur les quartiers prioritaires et favorise l’ouverture des possibles. » Le tiers-lieu ouvrira ses portes en septembre prochain, à Saint-Pierre, en partenariat avec l’IUT local et l’Ademe.
Le Cube, retour vers le futur
Le Cube porte bien son nom : un grand bâtiment tout en angles niché à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), dédié depuis plus de 20 ans à l’accompagnement des entreprises dans les nouvelles technologies. « On accompagne les grandes entreprises dans la transformation digitale dans des formats de conférence, d’ateliers, de séminaires : on a développé pas mal de sujets avec les entreprises autour de la transition numérique », explique Nils Aziosmanoff, le président du Cube. Compréhension des logiciels de design, direction de projet, datavisualisation, objets connectés, robotique ou réalité virtuelle : la palette proposée par l’entreprise est large.
Les professionnels peuvent aussi y trouver les outils qui leur manquent, comme une brodeuse numérique ou un instrument de découpe laser. Un exemple ? « Aujourd’hui dans la lutherie, on fait des instruments avec des matériaux personnalisables selon la bio-morphologie, en fonction d’un scan 3D de vos lèvres. Il y a un gros retard en France dans ce domaine et le fait d’avoir un lieu qui permet de mutualiser tout ça, c’est un booster », estime Nils Aziosmanoff.
Gwendal Le Flem Depuis plus de 15 ans, 150 jeunes sont aussi suivis lors d’un programme développé en collaboration avec l’Education nationale. Parmi les projets dirigés vers le grand public, « on s’intéresse beaucoup au champ de la neuro-création, avec un dispositif intitulé 'mentalista', qui invite le public à bouger le ballon par la pensée ; ou un autre qui vous permet des créer des formes par la pensée, ensuite converties en jetons NFT », s’enthousiasme le président. Le soutien du label « manufactures de proximité » permettra au Cube d’ouvrir une antenne à Garges-les-Gonesses, dans le Val d’Oise, afin de cibler encore davantage de jeunes.
L’Atelier normand met le pied à l’étrier aux jeunes artisans
« On aide les entrepreneurs à rompre la solitude », pose Jérôme Payen, fondateur de L’Atelier normand. Ce tiers-lieu, situé non loin de Caen, dans le Calvados, propose aux professionnels et aux particuliers un parc de machines vouées au travail du bois et du métal, ainsi qu’un pôle de formation autour du travail de ces matières, avec des compléments dans la verrerie et la maroquinerie. « L’intérêt de cet endroit, c’est qu’on diminue le risque pris par un jeune artisan, et qu’on l’aide à trouver un bail commercial. Il vient utiliser le parc de machines et il peut arrêter son activité quand il le veut », résume le fondateur. Outre l’espace bois et l’espace métal, le bâtiment de 800 mètres carrés dispose d’un espace dédié aux artisans d’art, au coworking, à la détente et au prototypage numérique.
L’entreprise, qui a déjà achevé la partie incubation du label, compte s’en servir pour « appeler des gens identifiés comme experts, qui viennent aider sur la communication, la gestion, le développement de service… » L’Atelier normand devrait savoir rapidement de quelles aides financières il disposera pour racheter des machines et soutenir financièrement les artisans.
Le Centième singe espère faire des émules
Dans les années 50, des scientifiques observent une colonie de macaques d’une île japonaise. Une femelle apprit à ses congénères comment laver leurs patates dans un ruisseau ; quand le centième singe (ou approchant) eut répété la technique, celle-ci se diffusa ensuite dans l’ensemble de la tribu. Sur le même modèle, la micro-ferme du Centième singe espère que ses principes finiront par se diffuser au reste de la société : un espace-test agricole de cinq hectares de champs et 400 mètres carrés d’une ancienne borde lauragaise du XIXe siècle, investis depuis 2016 non loin de Toulouse (Haute-Garonne). D’autres sites doivent ouvrir tout autour de la ville rose - si les communes sont d’accord, alors que la mairie de Toulouse vient de refuser le projet de ferme urbaine de Bordeblanche, dans le quartier des Pradettes.
Les agriculteurs en herbe peuvent ainsi se faire la main sur l’espace-test du site, et y débuter leur activité de maraîchage, pendant trois ans maximum. Le lieu est équipé d’une serre, d’un réseau d’irrigation, de stockages et d’outils semi-mécanisés. Des espaces de travail partagés et des formations à destination des particuliers, entreprises et collectivités viennent compléter l’offre. « Dans notre vision idéale, il faudrait ce type de lieu tout autour des grandes villes, qui permette à la fois de redévelopper l’agriculture de qualité, de la relocaliser, et offre aux gens la possibilité de travailler près de chez eux et de recréer du lien social sur ces territoires », argumentait l’une des membres du collectif au micro de France 3 Occitanie.



