[L'instant tech] La pépite luxembourgeoise Space Cargo Unlimited veut propulser les usines dans l'espace

Créée en 2014, la start-up luxembourgeoise Space Cargo Unlimited veut faciliter la fabrication dans l'espace en y installant une usine complètement automatisée, conçue par Thales Alenia Space. Après avoir mené plusieurs expériences concluantes en lien avec l'agriculture, elle envisage aujourd'hui une multitude d'applications, de la pharmacie aux nouveaux matériaux en passant par l'électronique.

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Space Cargo Unlimited REV-1 usine espace
Cette usine flottante de 4,5 mètres de long, conçue pour évoluer entre 350 et 450 kilomètres de la Terre, devrait disposer d'une capacité maximale d'une tonne.

Fondateur du studio de jeux vidéo Kalisto, éditeur de livres éducatifs en Chine, membre du comité exécutif du Medef, directeur monde des partenariats stratégiques chez Microsoft... A 51 ans, Nicolas Gaume semble déjà avoir vécu mille vies. Loin d'être rassasié, ce serial-entrepreneur concentre aujourd'hui ses efforts sur Space Cargo Unlimited, sa huitième start-up. Créée en 2014 au Luxembourg avec son associé Emmanuel Etcheparre, l'entreprise s'est dotée d'une mission digne d'un film de science-fiction : envoyer une usine dans l'espace.

«Grâce aux expériences réalisées par les astronautes au sein de la Station spatiale internationale, cela fait déjà plusieurs dizaines d'années qu'on sait que les phénomènes extraordinaires liés aux conditions spatiales ont un impact considérable sur les sciences de la vie et la fabrication des matériaux, rappelle le dirigeant. Hélas, le coût élevé de l'accès à l'orbite basse nous a jusqu'à présent empêchés d'exploiter cet incroyable potentiel.» L'ouverture progressive du secteur au privé et la concurrence dans le domaine des fusées a néanmoins permis de réduire drastiquement les tarifs des lancements, ce qui rend aujourd'hui les projets spatiaux de plus en plus abordables.

Imprimantes 3D et bioréacteurs

Pour Nicolas Gaume, la fabrication spatiale aura cependant du mal à passer à l'échelle commerciale sans une automatisation complète du processus. «Protéger les astronautes coûte extrêmement cher et requiert des contraintes titanesques, explique-t-il. C'est pourquoi nous avons imaginé REV-1, le premier véhicule spatial automatisé réutilisable et entièrement dédié à la fabrication en orbite.» Cette usine flottante de 4,5 mètres de long, conçue pour effectuer 20 missions de deux à trois mois entre 350 et 450 kilomètres de la Terre, devrait disposer d'une capacité maximale d'une tonne. De quoi embarquer par exemple des imprimantes 3D, des bioréacteurs ou des conteneurs passifs, selon les besoins des clients.

Space Cargo Unlimited envisage déjà une multitude d'applications. «En l'absence de gravité terrestre, les industriels de la construction pourraient concevoir des matériaux plus homogènes et les géants des cosmétiques ou de la pharmacie profiter d'une meilleure cristallisation des protéines», estime le PDG. La start-up espère aussi séduire les entreprises spécialisées dans les dispositifs médicaux, en mettant en avant le développement plus rapide des cellules souches dans l'espace, ou les spécialistes de l'électronique en quête de salles blanches, la poussière étant complètement absente dans cet environnement.

Des plants de vigne plus résistants après le stress de l'espace

La jeune pousse a même déjà eu l'occasion de mener plusieurs expériences dans l'agriculture, grâce au projet Wise. Mené en partenariat avec le Centre national d’études spatiales (Cnes), le pépiniériste Mercier et l’Institut des sciences de la vigne et du vin à Bordeaux (Gironde), celui-ci consistait à envoyer des pieds de vignes et des grands crus dans l'ISS afin d'étudier leurs réactions en situation de microgravité. «Nous analysons encore les résultats mais nous remarquons d'ores et déjà que les plants de vigne ont subi un stress considérable, ce qui les a poussés à s'adapter, révèle Nicolas Gaume. Une fois revenus sur Terre, ils étaient plus forts et pourraient ainsi se montrer plus résistants face au changement climatique.»

La bouteille de Petrus millésime 2000 que Space Cargo Unlimited a fait vieillir 14 mois dans l'espace a d'ailleurs été estimée à un million de dollars par Christie's. Le dirigeant reste discret quant au prix réel de la vente, mais affirme qu'il s'agit désormais de «la bouteille de vin la plus chère au monde» et précise vouloir bientôt commercialiser ses pieds de vigne spatiaux. Un financement clairement original pour une pépite du new space, mais cette créativité a également aidé l'entreprise à gagner en visibilité.

Space Cargo Unlimited vin spatial BON FORMATSpace Cargo Unlimited
Space Cargo Unlimited vin spatial BON FORMAT Space Cargo Unlimited vin spatial BON FORMAT

Thales Alenia Space au premier rang des partenaires

La start-up est aujourd'hui bien entourée, puisqu'elle compte parmi ses principaux partenaires l'un des leaders européens du spatial, Thales Alenia Space. Le groupe, détenu à 67% par le français Thales et à 33% par l'italien Leonardo, a même été désigné comme maître d'œuvre du vaisseau REV-1 et sera ainsi responsable de sa conception, de son ingénierie et de son développement. L'engin devrait notamment être inspiré de sa navette IXV, lancée en février 2015, et du véhicule réutilisable Space Rider, commandé par l'Agence spatiale européenne (ESA) et dont le premier décollage est attendu pour 2023. «Nous souhaitons profiter du savoir industriel de premier plan de l'Italie sur les véhicules pressurisés et nous concentrer de notre côté sur l'aménagement de l'habitacle et les systèmes critiques», indique Nicolas Gaume.

Confiant, l'entrepreneur ne semble pas s'inquiéter de la concurrence, qui pourrait pourtant très vite devenir rude. La start-up américaine Varda Space Industries travaille actuellement sur un projet similaire et espère envoyer sa première mini-usine dans l'espace en 2023, soit deux ans avant Space Cargo Unlimited. Certains acteurs institutionnels, comme le groupe Airbus, s'intéresseraient eux aussi de près au sujet.

Un marché à 20 milliards de dollars ?

«C'est une bonne chose car ça prouve le potentiel du marché de la fabrication dans l'espace, qui devrait d'ailleurs selon nous peser 20 milliards de dollars dès 2035, juge le PDG. Nous espérons nous démarquer avec notre solution européenne, qui offre un vrai avantage en termes de souveraineté.»

Plusieurs industriels, dont les noms sont tenus secrets, auraient déjà contacté la start-up pour manifester leur intérêt concernant REV-1. Nicolas Gaume s'impatiente de pouvoir conclure les premiers contrats mais devra encore patienter quelques mois, le temps de définir avec précision les tarifs des missions, en fonction du coût de la conception du véhicule. En attendant, l'entreprise de 15 salariés compte bien continuer à grandir en levant des fonds auprès de sociétés de capital-risque, comme Eurazeo ou Expansion, la structure récemment lancée par Charles Beigbeder. Comme l'entrepreneur, tous veulent croire désormais que «la prochaine révolution industrielle aura lieu dans l'espace».

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