En fin d’année dernière, la vague de plans sociaux observée notamment dans l’automobile a été un gros symptôme du ralentissement de l’activité économique. En 2025, les perspectives des dirigeants des plus petites entreprises françaises ne sont pas meilleures, selon l’enquête semestrielle de conjoncture publiée jeudi 9 janvier par Bpifrance et réalisée auprès de 4900 TPE et PME. L’étude note que les prévisions d’activité s’assombrissent et que les carnets de commande devraient continuer de se dégarnir au premier semestre.
Un quart des chefs d’entreprise anticipent une baisse de leur activité en 2025, alors qu’ils ne sont que 22% à prévoir une hausse. Le solde d’opinion mesuré par Bpifrance s’établit donc à -3, contre +16 en moyenne entre 2000 et 2023. Cet indicateur plonge entre autres dans l’industrie, alors que ce secteur figurait jusqu’ici parmi les plus résilients, avec le tourisme et les services, concernant les perspectives d’évolution d’activité.
Reste que les entreprises questionnées par Bpifrance forment un groupe hétérogène. Dans les grosses PME de 100 à 249 salariés, les prévisions d’activité s’améliorent même légèrement par rapport à il y a un an, tout en restant inférieures à la moyenne de longue période.
"Il manque un choc de confiance"
La baisse de la demande va continuer de peser sur la trésorerie des petites entreprises qui s’érode petit à petit depuis 2021. Tous secteurs confondus, 25% des patrons s’attendent à une dégradation de leur trésorerie dans les six prochains mois, soit une hausse de cinq points en un semestre. «Ce qui manque aux chefs d’entreprise, c’est un choc de confiance», considère Philippe Mutricy, le directeur des études de Bpifrance, pour qui «l’incertitude politique a certainement joué sur ces résultats». L’étude de la banque publique a été menée quelques jours avant la chute du gouvernement de l’ex-Premier ministre Michel Barnier le 4 décembre dernier.

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«En 2025, les chefs d’entreprise ont tendance à prolonger les courbes» constatées pour l’année 2024, observe Philippe Mutricy. Au second semestre, le ralentissement de l’activité a été plus fort que ce qui avait été anticipé dans la précédente étude. Plus d’un tiers d’entre eux ont rapporté une baisse de leur activité, contre 26% en mai dernier. «Le solde d’opinion pour l’année 2024 rejoint son niveau de 2013, à l’issue de la crise des dettes souveraines», souligne Laetitia Morin, économiste chez Bpifrance. En moyenne, les dirigeants anticipent une diminution de leur chiffre d’affaires de 1,8% en 2024, contre une augmentation de 0,6% en 2023. Dans l’industrie, la contraction attendue du chiffre d’affaires est de 2,2% en moyenne. Seules les PME d’au moins 100 salariés tablent sur une croissance positive de 0,7% pour l’année dernière.
Ainsi, près de 60% des dirigeants estiment que l’insuffisance de la demande est un obstacle à l’investissement. Ils sont 47% à vouloir réaliser des investissements en 2025, un niveau inférieur à la moyenne de longue période et en recul de trois points sur un an. «Cette proportion reste toutefois supérieure à ce qui était observé entre 2012 et 2014, précise Sabrina El Kasmi, la responsable du pôle conjoncture et macroéconomie de Bpifrance. En revanche, notre indicateur sur les montants investis baisse nettement et est très en deçà de sa moyenne de long terme, ce qui confirme des dépenses d’investissement dégradées.» En 2024, 43% des dirigeants ont bel et bien réalisé des investissements, cette fois-ci en dessous de la dynamique de 2013-2014 et contre 46% en 2023.
Vers un nouveau record de défaillances ?
Quid des défaillances d’entreprises dans les mois à venir au vu de ce contexte difficile ? Selon l’observatoire de la banque BPCE publié mercredi 8 janvier, environ 66422 incidents de ce type ont eu lieu en 2024, un record depuis au moins 2010. Pour Baptiste Thornary, responsable des études économiques et de la conjoncture chez Bpifrance, «le niveau des défaillances va se maintenir si le sous-régime d’activité actuel continue, mais on ne s’attend pas à une envolée».
De son côté, l’observatoire de BPCE semble un peu moins optimiste et table sur un nouveau record de 68000 défaillances d’entreprises en 2025. L’étude montre que le rattrapage des défaillances évitées pendant les années Covid n’a été pour le moment que partiel, notamment pour les entreprises de moins de six salariés. Baptiste Thornary met lui en avant que la situation financière moyenne des entreprises reste «un point de résilience».
Les embauches, enfin, devraient continuer de ralentir en 2025. Déjà au second semestre 2024, les projets de recrutements marquent le pas «avec une dynamique qui converge vers celle du chiffre d’affaires», indique Baptiste Thornary. L’étude de Bpifrance montre que l’emploi industriel ne fait plus figure d’exception : encore nettement supérieure à sa moyenne de long terme au printemps 2024, sa dynamique s’est grippée par la suite.



