Etude

Face aux difficultés de financement, les start-up réclament davantage de commandes privées et publiques

Face au recul drastique des investissements dans l’écosystème, les start-up cherchent à atteindre plus rapidement la rentabilité, selon le baromètre dévoilé mardi 12 septembre par EY et l’association France Digitale. Pour les aider, elles aimeraient obtenir davantage de commande publique et des grands groupes.

Réservé aux abonnés
France Digitale
France Digitale estime que le Net-zero Industry Act européen devrait permettre d'orienter la commande publique vers les start-up.

Avec une division par deux des montants levés au premier semestre 2023 par rapport aux six premiers mois de 2022, le changement de paradigme est bel et bien acté pour les start-up. A cause de la hausse des taux, «oui, il est plus difficile de lever des fonds», a confirmé Franck Sebag, associé chez EY, lors de la présentation, mardi 12 septembre, du baromètre sur la performance économique et sociale de ces jeunes pousses. Réalisé avec l’association de start-up et de fonds de capital-risque France Digitale, le baromètre s’appuie sur les réponses de 500 start-up – sur les 13 000 que compte le pays – collectées entre le 1er juin et le 15 août 2023.

Au cours des 12 derniers mois, près de deux start-up sur trois ont cherché à lever des fonds. Parmi elles, la moitié est arrivée à ses fins en ayant des difficultés pour convaincre les investisseurs, quand 30% n’ont pas eu de difficultés à le faire et 7% ont été contraintes d’abandonner leur tentative de levée. Par rapport à 2022, le nombre d’opérations n’a pas faibli en nombre au premier semestre, mais les montants associés à chaque levée ont diminué. Les fonds se montrent plus prudents, mais «cela relève aussi d’un choix» propre aux start-up, constate Franck Sebag. «Les entrepreneurs réfléchissent par rapport à la valorisation et à leur niveau de dilution.»

changements stratégiques à tout-va

Face à cette conjoncture, près de 90% des start-up déclarent avoir adapté leur stratégie au cours des 12 derniers mois, en premier lieu en favorisant l’atteinte de la rentabilité à court ou moyen terme, puis en réduisant les coûts externes. 10% ont par ailleurs procédé à des réductions d’effectifs. «Jusqu’ici, on demandait aux start-up de gagner rapidement des parts de marché ou d’investir lourdement dans la R&D. Désormais, les start-up se recentrent sur leur modèle économique. Il ne s’agit pas forcément de générer de l’argent tout de suite, mais d’aller plus rapidement vers la rentabilité. Les levées apportent moins d’argent donc il faut s’assurer d’avoir un cash burn [rythme auquel l’entreprise utilise ses fonds, ndlr] qui tienne la route», résume Maya Noël, la directrice générale de France Digitale.

De fait, 30% des jeunes pousses questionnées affirment être déjà rentables, contre 22% en 2021. Plus de la moitié (55%) espèrent l’être d’ici trois ans et 15% d’ici trois à huit ans. L’atteinte de la rentabilité est la plus longue pour les start-up de l’agroalimentaire (38% d’entre elles n’anticipent pas d’être rentables avant trois à huit ans), de la santé (32%) et de l’industrie (22%).

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

"Une vraie difficulté à contractualiser"

Cet accent mis sur la recherche de rentabilité rebat les cartes des attentes des start-up pour les 12 mois à venir. Près de 60% d’entre elles citent désormais leur capacité à contractualiser avec des clients privés et publics parmi les plus gros obstacles à leur développement, avant même la question des levées de fonds (47%) ou des difficultés de recrutement, une dimension citée par un tiers de ces jeunes pousses.

L’an passé, les difficultés de recrutement arrivaient largement en tête, devant le sujet des levées de fonds et le besoin d’un marché européen plus unifié. Cycles de vente trop longs, difficultés à entrer en contact avec les acheteurs publics ou les grands groupes, manque d’informations sur les appels d’offre ou inadaptation de ces processus à leur structure… «Les start-up expriment une vraie difficulté à contractualiser, regrette Maya Noël. Nous avons un sujet majeur qui est de sensibiliser les acteurs privés et publics à une forme de préférence européenne dans leur achats. Cela pourrait vraiment porter la croissance de notre écosystème. »

France Digitale cible le Net-zero Industry Act

Les grands groupes représentent 60% des acheteurs actifs auprès des start-up, selon le baromètre. Les autres start-up arrivent en deuxième position avec 23% et les acheteurs publics sont troisièmes, à 17%. Mi-juin, le gouvernement français avait déjà annoncé un plan baptisé «Je choisis la French Tech» afin de doubler le recours aux start-up par les acheteurs publics et privés. Parmi les nombreuses mesures prévues, la direction des achats de l’Etat s’est engagée à doubler la commande à destination des PME innovantes de 2,4 à 4% d’ici 2027, pour un montant de près d’un milliard d’euros, tandis que plusieurs grands groupes ont promis de doubler leurs achats auprès de start-up à l’horizon 2027. «L’idée sera de mesurer les efforts des entreprises qui se sont engagées dans cette voie dès l’année prochaine», avance Maya Noël.

Son association pousse par ailleurs pour faciliter l’accès des start-up aux marchés publiques à l’échelle européenne. Actuellement en cours de discussion à Bruxelles, le Net-zero Industry Act consacre justement un chapitre aux procédures de marchés publics. Mais «ce texte est pensé uniquement pour les grands groupes et pas du tout pour les start-up», déplore Maya Noël. Les prochaines élections européennes de 2024 sera aussi l’occasion pour France Digitale de faire du lobbying sur le sujet.

Reste qu'un travail d’adaptation doit aussi être fait du côté des start-up. «Nous sommes dans une phase où il faut trouver une culture commune» avec les pourvoyeurs d’appels d’offres, reconnaît Maya Noël. Face à des difficultés de financement qui devraient persister, les start-up seront probablement amenées à accroître leurs efforts en ce sens.

Abonnés
Le baromètre des investissements industriels en France
Nouvelles usines, agrandissement de sites industriels existants, projets liés à la décarbonation… Retrouvez dans notre baromètre exclusif toutes les opérations classées par région, par secteur industriel, par date d’annonce et de livraison.
Je découvreOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs