Face au reconfinement, les acteurs du bâtiment et des travaux publics soulagés, mais prudents

Le gouvernement insiste sur la nécessité de poursuivre les chantiers, et multiplie les signes de réassurance. Pour autant, les professionnels du BTP s’inquiètent du faible niveau des permis de construire et des appels d’offres des collectivités.

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Construction d'une maison en béton et en toiture bois
La poursuite des chantiers fait partie des objectifs prioritaires du reconfinement.

"La mobilisation du secteur est pleine et entière. Les acteurs maintiennent leur activité ; les chantiers continuent dans le respect du guide de l’OPPBTP, a martelé, lundi 2 novembre, la ministre déléguée chargée du Logement, Emmanuelle Wargon, faisant référence aux préconisations de sécurité sanitaire pour la continuité des activités de la construction régulièrement mises à jour par l’Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics. Les autorisations d’urbanisme et les permis de construire continuent d’être délivrés, sans délais supplémentaires, dans le respect des gestes barrières."

Un moyen de rassurer la filière quelques jours après le début du deuxième confinement… et de tenter de limiter les difficultés qui s’étaient produites en mars dernier.

"Le vrai point d’interrogation du reconfinement, c’était la volonté du gouvernement d’assurer la continuité de l’activité", lance Sophie Cahen, conseillère du directeur général de la Fédération nationale des Travaux publics (8 000 entreprises, 300 000 salariés au total). Le secteur du bâtiment et des travaux publics peut continuer ses activités durant le confinement, et, chose nouvelle, les services publics ont pour injonction de demeurer ouverts.

"L’ensemble de la chaîne, dont les services d’urbanisme, de voirie, d’assainissement sont nécessaires. Il faut que les services publics qui assurent la continuité économique de la Nation puissent continuer", poursuit Sophie Cahen. Les collectivités représentent plus de 50 % des marchés des entreprises de TP, et jusqu’à 80 % pour certaines TPE.

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Les professionnels de la rénovation soulagés

Dans un communiqué commun, dix-huit organisations professionnelles (négoce de matériaux, recyclage, bâtiment, promotion immobilière…) s’engagent, elles, à maintenir leur activité, respecter le protocole sanitaire de la filière, préserver l’approvisionnement des chantiers en matériaux et en équipements, et à favoriser l’embauche des jeunes et maintenir l’apprentissage. Elles mettent en garde contre le risque (désamorcé par le gouvernement) de blocage des permis de construire par les services instructeurs, contre les difficultés de circulation, le blocage des livraisons, le blocage des signatures de contrats et des actes de vente, et les risques d’arrêt de chantiers ou de réticence des clients à effectuer des travaux à leur domicile.

Chez les particuliers, les différents corps d’état devront se succéder (les professionnels devant s’organiser pour assurer eux-mêmes ce roulement). La rénovation à domicile demeure autorisée. "Nous avons beaucoup travaillé aussi pour que les particuliers continuent à nous recevoir. Nous avons fait une campagne pour rappeler à nos clients qu’ils ne prenaient pas de risques", précise Jean-Christophe Repon, président de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), qui regroupe 57 000 adhérents.

En fin de travaux, les visites des particuliers demeurent possibles pour effectuer différents actes qui engagent une signature (paiement, livraison…) "mais il n’est pas possible de s’y rendre tous les jours pour surveiller le chantier", a rappelé Emmanuelle Wargon.

Permis de construire et appels d’offres en souffrance

Malgré cet appel du gouvernement à poursuivre les chantiers, plusieurs questions demeurent. "J’ai senti une inquiétude de mes adhérents sur l’activité – ils travaillent beaucoup pour des petits commerçants, qui sont fermés. Nous avions des carnets de commandes qui commençaient à reprendre. Il y a eu une petite crispation il y a dix jours, notamment chez les loueurs de matériaux", observe Jean-Christophe Repon, lui-même gérant d’une entreprise de travaux en électricité à Toulon (Var). La question des travailleurs non-salariés, qui doivent remplir des attestations tous les jours, se pose. Après avoir subi une chute d’activité de 24 % au deuxième trimestre, les artisans du bâtiment souhaitent par ailleurs ne pas être exclus des aides si l’activité était de nouveau amenée à se contracter fortement, voire à cesser.

Le troisième trimestre a été très contrasté. L’activité en entretien-rénovation a atteint le niveau constaté à la même période en 2019. En revanche, l’activité de la construction neuve a progressé de 1 %, à l’issue de deux trimestres de baisse. Le nombre de mises en chantier a perdu 6,8 % sur les douze derniers mois (380 300), et celui de permis de construire délivrés a  fléchi de 11,7 % (390 900).

Pour Sophie Cahen, l’urgence consiste à relancer la commande publique. "Les entreprises de travaux publics ont pris connaissance du reconfinement au moment où les collectivités locales allaient pouvoir prendre des décisions d’investissement. Si elles n’ont pas d’activité, certaines entreprises de TP disparaîtront à Noël. Tous les signaux sont au rouge, à commencer par l’absence d’appels d’offres. Les chantiers du quotidien font défaut : voirie, climatisation, électricité… Le plan de relance permet des opportunités d’investissement", explique-t-on à la FNTP. Le nombre d’appels d’offres lancés depuis le début de l’année par rapport à 2019 a chuté de 40 %, estime l’organisation.

Les industriels peuvent toujours faire distribuer leurs produits

Côté industriels, l’inquiétude est elle aussi palpable. "Les ventes vont être assez tendues au cours des prochains mois sur les matériaux de construction, comme les bois de charpente ou les ossatures…). Nous ressentons un ralentissement sur les permis de construire. En revanche, sur la rénovation, aussi bien auprès des particuliers que des artisans, la demande risque d’être assez forte sur le trimestre", estime Philippe Samit, directeur de la stratégie, du marketing et du développement du groupe breton ISB, spécialisé, avec ses 430 salariés, sur l’importation et le trading de bois résineux, ainsi que sur la transformation avec cinq usines en France. Ses ventes sont réparties à parts égales entre les marchés de la construction et de l’aménagement-décoration à travers des industriels, des négoces et des grandes surfaces de bricolage (GSB).

Différence majeure avec le premier confinement, l’ouverture possible d’emblée des enseignes spécialisées. "Cette fois-ci, le négoce et les GSB continuent leur activité. Nous poursuivons notre activité. Le contexte de marché est différent : après le premier confinement, nous avons dû faire face à une croissance très forte. De nouvelles commandes ont été liées à un phénomène de consommation : les gens se sont davantage intéressés à leur habitat", illustre Philippe Samit. En revanche, l’équipe constate des tensions sur la disponibilité de la matière première : "pendant le premier confinement, les scieurs européens ont mécaniquement un peu ralenti leur production, alors que le marché américain, premier consommateur de bois au monde, ne s’est pas arrêté."

La poursuite de l’activité pourrait toutefois se heurter à un écueil : la fermeture des restaurants. "Comment les compagnons vont-ils se restaurer le midi ?, interroge Jean-Christophe Repon. La gamelle en période hivernale, cela risque d’être compliqué…"

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