Le mouvement est-il cette fois véritablement enclenché ? En révélant la vulnérabilité des approvisionnements stratégiques du pays, la pandémie a relancé la course à la relocalisation et au soutien pour le made in France. Le gouvernement doit dévoiler les 58 nouveaux lauréats de son appel à projet pour la relocalisation de productions dans les secteurs critiques, mardi 26 octobre, lors d’un colloque à Bercy réunissant universitaires, syndicalistes et entreprises.
Cette dernière salve porte à 624 le nombre de projets de relocalisation financés depuis un an dans le cadre de France Relance. Environ les deux-tiers concernent des projets de relocalisation dans les secteurs critiques. Le gouvernement avait sanctuarisé une enveloppe de 850 millions d’euros pour l’appel à projet soutenant la production en France dans la santé, l’agroalimentaire, les équipements 5G, l’électronique et les intrants de l’industrie. In fine, 729 millions d’euros de subventions publiques ont déjà été distribués, débloquant 2,7 milliards d’euros d’investissement industriel au global.
Des projets dans tous les secteurs
S’y ajoutent 217 entreprises dans d’autres secteurs d’activités que les domaines critiques, dont les projets de relocalisation ont pu être financés par l’appel « territoires d’industrie » pour 104 millions d’euros de fonds publics, et un milliard d’investissements industriels générés.

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« On ne relocalise pas pour relocaliser. Nous visons, soit des productions particulièrement critiques pour notre économie, soit des technologies nécessaires pour que l’on puisse rester à la frontière de l’innovation et qui seront utiles dans le futur », souligne le cabinet de la ministre déléguée en charge de l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher. Il s’agit autant de rapatrier des lignes de fabrication parties dans d’autres pays, principalement à bas coûts, que d’industrialiser de nouveaux produits en France.
Parmi les nouveaux lauréats, Absolut System à Grenoble (Isère) veut lancer une nouvelle génération de machines à froid haute performance, utilisées dans les détecteurs infrarouge. En pleine pénurie de semi-conducteurs, Cibel va moderniser ses lignes pour augmenter sa production de cartes électroniques complexes sur son usine de Bellême, dans l’Orne. La PME Crosscall planche sur les smartphones durables : elle va relocaliser en France la R&D jusque-là réalisée en Asie, avec 14 emplois directs à la clé.
Le fabricant de tuyaux en fonte Electrosteel prévoit de son côté de rapatrier sa production d’Inde et de la décarboner au passage en utilisant des ferrailles recyclées. Son projet devrait permettre de créer 200 emplois d’ici à deux ans. Sans oublier Alcatel Submarine Networks, qui doit lancer un réseau 5G industriel dans son usine de Calais (Pas-de-Calais), afin d’augmenter sa capacité de production, ou le projet porté par l'équipementier du photovoltaïque ECM Greentech.
77 000 emplois créés par la relocalisation
Au total, le soutien financier de l’Etat aurait permis de créer ou de consolider 77 000 emplois industriels, selon le décompte de Bercy. C’est un bon début. Mais encore faudra-t-il s’assurer que le mouvement de relocalisation s’inscrit dans la durée. Avec une moyenne de 1,3 million d’euros d’aides publiques par investissement, les projets restent de taille modeste et sont en majorité portés par des PME. Pas forcément suffisants dans les secteurs les plus capitalistiques pour faire la différence.
« France 2030 va compléter ces efforts en faveur de la réindustrialisation. D’autres dispositifs complémentaires vont contribuer à les soutenir », insiste-t-on à Bercy, en rappelant que la baisse des impôts de production a aussi contribué au soutien au made in France. Un dernier train d’entreprises lauréates de France Relance devrait être annoncé d’ici à la fin de l’année.
Alors que la défense du made in France occupe le terrain à chaque campagne électorale, le gouvernement compte bien vanter son bilan en la matière dans les semaines à venir. Depuis début octobre, Agnès Pannier-Runacher s’est lancée dans un « tour de France des relocalisations ». « Nous avons lancé une stratégie de reconquête industrielle qui va se traduire par un choc de réindustrialisation », expliquait-elle chez Airbus Helicopters.
En Seine-Saint-Denis, l’usine de Dugny, qui emploie 700 personnes actuellement, doit rassembler la fabrication et la maintenance de la totalité des pales pour les hélicoptères du groupe d’ici 2025. Une partie était jusqu’à présent fabriquée en Allemagne. L'investissement global de 16,6 millions d'euros, dont 2 millions d'euros d'aides publiques, devrait déboucher sur la création de plus de 150 emplois directs chez Airbus Helicopters et une centaine chez ses sous-traitants.



