Ça ne colle pas. L'étude sur les compétences des adultes en 2023 publiée mardi 10 décembre par l’organisation intergouvernementale d’études économiques OCDE pointe un handicap de l'économie tricolore : l’inadéquation entre les emplois et les compétences. La première inadéquation observée par l’OCDE concerne les qualifications. En France, environ 19% des travailleurs sont surqualifiés, c’est-à-dire que leur diplôme le plus élevé est supérieur au niveau généralement requis pour leur emploi actuel, contre 23% en moyenne dans l’OCDE. En revanche, 12% des travailleurs sont sous-qualifiés, une proportion supérieure à la moyenne de l’OCDE de 9%.
Un frein pour la productivité du pays
Deuxième inadéquation : environ 25% des travailleurs se disent trop compétents par rapport à leur emploi, tandis que 8% d’entre eux déclarent leurs compétences inférieures à celles requises pour leur job. Ces derniers indiquent souvent que c’est parce qu’ils ont besoin d’améliorer leurs compétences en informatique et en gestion de projet. Une dernière inadéquation découle des domaines d’études : environ 38% des travailleurs français ont un diplôme le plus élevé qui n’est pas dans le domaine le plus pertinent pour leur emploi, pile dans la moyenne de l’OCDE.
L’OCDE a réalisé cette étude auprès de 160000 personnes dans 31 pays. En France, elle s'appuie sur échantillon de plus de 6400 répondants constitué pour être représentatif des 40 millions de personnes âgées de 16 à 65 ans résidant dans le pays. Sur le sujet de l'inadéquation des emplois et des compétences, seuls les actifs occupés de 25 à 65 ans sont pris en compte, à l’exclusion des actifs indépendants.
De manière générale, l’inadéquation des emplois et des compétences «peut résulter d’une répartition inefficace des travailleurs entre les emplois» ou «refléter le fait que les compétences et les qualifications de la main-d’œuvre ne suivent pas le rythme des changements structurels de l’économie» en raison de la numérisation, de la transition écologique ou même du vieillissement de la population.
«Des taux élevés d’inadéquation impliquent une perte de productivité et une réduction du retour sur les investissements dans l’éducation et la formation des adultes, souligne Stefano Scarpetta, directeur de l'OCDE pour l'emploi, le travail et les affaires sociales. Au contraire, assurer une meilleure correspondance entre les compétences de la main-d’œuvre et les exigences des emplois est essentiel pour améliorer la performance économique et le bien-être économique des travailleurs.» En moyenne, les salaires des travailleurs surqualifiés sont inférieurs de 12% à ceux occupant des emplois adaptés à leurs compétences et ayant un niveau de formation similaire.

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Sonder les compétences dans les entreprises
Avec son action en faveur de l’apprentissage et le lancement en 2015 du compte personnel de formation (CPF), «la France a fait des efforts importants» en faveur d’un meilleur appariement entre les compétences et les emplois, selon Stefano Scarpetta. Mais celui-ci mentionne encore deux grandes pistes d’amélioration pour le pays.
La première serait d’apporter des adaptations au CPF pour qu’il bénéficie davantage aux travailleurs les plus faiblement qualifiés, par exemple en raccourcissant les formations. Selon une étude de la Dares de juillet 2024, les utilisateurs du CPF ayant un niveau d’études inférieur au baccalauréat représentent 37% des utilisateurs du CPF. Une proportion supérieure à celle des actifs ayant ce niveau dans la population générale (33%), mais qui a décru par rapport à 2022. A l’inverse, la part des titulaires d’un diplôme de niveau supérieur ou égal au baccalauréat parmi les utilisateurs du CPF a augmenté de 57 à 61% entre 2022 et 2023.
Stefano Scarpetta appelle par ailleurs à mieux accompagner les employeurs «dans la reconnaissance des compétences dans leur entreprise», notamment celles acquises au cours de la carrière, en particulier dans les PME. «Cela permettrait de faire de meilleurs appariements entre les emplois et les compétences, d’améliorer les salaires et la productivité des travailleurs en utilisant pleinement le capital humain», considère-t-il.
Les performances des adultes français en baisse
L'étude dresse par ailleurs un constat peu flatteur pour la France. Par rapport à 2011-2012, période de la précédente étude, ses résidents enregistrent globalement de moins bons résultats en «littératie», qui regroupe la capacité à trouver, comprendre et utiliser des informations écrites. En «numératie», la capacité à mobiliser et à utiliser des concepts et informations mathématiques, les résultats ont stagné entre les deux périodes.
En revanche, «l’écart entre les adultes les plus performants et les moins performants s’est creusé», en littératie comme en numératie, entre les deux études. La France fait même partie d’un groupe de onze pays dont les performances sont invariablement inférieures à la moyenne de l’OCDE dans tous les domaines étudiés.
Les résultats de l'Hexagone sur ces compétences de base ne sont pas franchement encourageants pour l’avenir. De fait, Stefano Scarpetta insiste sur la nécessaire amélioration de ces compétences «de plus en plus importantes pour maîtriser les nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle» et «pour avoir accès aux opportunités disponibles», notamment dans un contexte de transition écologique.



