Entretien

“En France, nous avons un peu de retard sur les start-up tech dans la construction”, regrettent les équipes de l'incubateur Leonard

En 2021, Leonard prévoit d'inclure 42 start-up dans ses programmes d’accélération et d’innovation. Evoluant dans les secteurs de la construction, de l’immobilier, de l’énergie et de la mobilité, ces entreprises pourront bénéficier de cet incubateur lancé en 2017 à Paris par le groupe Vinci (43,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires). Un moyen, pour le géant du BTP et des utilities, de suivre le dynamisme de nouveaux entrepreneurs et faire émerger des intra-entreprises. Julien Villalongue, directeur de Leonard et Guillaume Bazouin, directeur des programmes d’accélération, répondent aux questions de l’Usine Nouvelle.

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Plan de bâtiment sur un ordinateur
La maquette numérique fait partie des technologies qui grimpent dans la construction.

L’Usine Nouvelle - Comment collaborez-vous avec les acteurs du BTP ?

Julien Villalongue - Leonard est la plate-forme de prospective et d’innovation de Vinci. La multiplication des enjeux auxquels font face les métiers du BTP, dont les transitions énergétiques et environnementales, appelait de nouvelles collaborations entre les entreprises du groupe, les start-up et les parties prenantes de l’écosystème. Nous avons des programmes d’innovation et nous effectuons de la veille sur les thématiques qui structurent nos marchés. En 2021, une quarantaine de projets seront accompagnés. Nous allons traiter des nouvelles mobilités, d’intelligence artificielle, d’environnement et de résilience. Nous nous intéressons aussi à l’environnement, à la sécurité, à la productivité et à la compétitivité.

En quatre ans, comment a évolué la prise en compte des enjeux “tech” dans la construction ?

Guillaume Bazouin - J’ai lancé une start-up en Californie, Bone Structure, il y a dix ans, dans le domaine de la préfabrication. Ces dernières années, dans l’investissement en capital-risque et en private equity, un consensus s’est formé sur le fait que des activités représentant plusieurs milliards d’euros sont amenées à être disruptés. En France, nous sommes étonnamment un peu en retard sur la création de start-up tech dans la construction et l’adoption de nouvelles innovations dans les entreprises. Une entreprise comme Vinci Construction, ou bien un entrepreneur, ont un savoir-faire excellent. Or ce savoir qui est dans le cerveau des planificateurs, directeurs de travaux… doit se transformer en process, suivi par du reporting. On peut aussi utiliser l’intelligence artificielle, ou bénéficier de prédictions en un temps record sur des chantiers par exemple.

Pourquoi la France est-elle en retard sur le sujet de la “construction tech”?

Il suffit qu’il y ait des fonds d’investissement qui se forment sur ces sujets pour favoriser l’amorçage. Structurellement, la France est un pays adapté à ce type d’investissements. La France peut devenir l’un des centres des technologies de construction (avec trois des dix grandes majors, des écoles d’ingénieurs reconnues, le projet du Grand Paris Express, les JO 2024…) Depuis quelques mois, des fonds d’investissements internationaux, notamment américains, anglais, espagnols ou norvégiens commencent sérieusement à s’intéresser aux entreprises françaises. A/OPropTech, un fonds basé à Londres, est entré dans Wizzcad par exemple. 

"Depuis quelques mois, des fonds d’investissements internationaux s'intéressent aux entreprises françaises"

—  Guillaume Bazouin (Leonard)

De quelle manière accompagnez-vous ce mouvement ?

De la même manière qu’un fonds d’investissement. Avec notre programme Seed, nous mettons de petits montants (30 000 euros) pour aider des entreprises à se transformer en licornes de la construction. Par l’intermédiaire de notre programme Catalyst, avec la collaboration du groupe Vinci, nous cherchons des entreprises avec qui travailler. Dix entreprises y sont actuellement engagées, dont une seule française. Depuis quelques années, on constate de nouvelles modalités d’innovation qui reposent sur la collaboration avec des partenaires de type start-up par exemple.

Comment faire davantage infuser l’innovation dans la construction ?

Julien Villalongue -  C’est plutôt à nous de comprendre les besoins des opérationnels que l’inverse. Nous essayons de démystifier ces technologies auprès de l’opérationnel. Nous travaillons notamment sur l’intelligence artificielle, en partant des besoins des entités du groupe Vinci, par exemple de la maintenance prédictive dans les travaux publics, ou sur de la conception générative (le fait de confier à une intelligence artificielle la conception) de lots techniques. 

Comment les start-up répondent-elles aux nouveaux enjeux environnementaux ?

Quand on veut proposer des nouveautés dans des projets immobiliers pour répondre à ces exigences, nous travaillons avec de nouvelles entreprises comme Nooco, qui travaille sur l’empreinte carbone des lots techniques (climatisation, chauffage, énergie, éclairage…). En matière d’économie circulaire, nous accompagnons dans le groupe la Ressourcerie du BTP, qui opère sur des projets de réhabilitation et de rénovation. Sur les bétons bas carbone, nous avons travaillé sur plusieurs éléments, avec des brevets spécifiques sur des formulations (Vinci Construction avec la marque Exegy), ainsi que sur E-Béton, un projet destiné à outiller les chantiers dans leurs process d’achats et d’utilisation de béton, pour accélérer la pénétration de ce type de matériaux. Les entreprises du groupe Vinci peuvent venir piocher dans les solutions que nous avons repérées.

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