En Allemagne, la loi sur les femmes aux postes de direction en débat au Parlement

Très en retard par rapport à la France sur la parité, l'Allemagne s’est décidée à imposer des quotas féminins au sein des comités exécutifs des plus grandes entreprises allemandes. L’examen en première lecture du projet de loi par le Bundestag a débuté le 25 février.

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Allemagne
Le Bundestag va inscrire l'obligation d'intégrer au moins une femme dans les comités de direction à partir de trois membres.

« Le temps des mesures volontaires est révolu », a promis le ministre des Finances et vice-chancelier Olaf Scholz (SPD), lors de l’adoption en janvier 2021 par le gouvernement du projet de loi « Parité dans les fonctions exécutives II ». Entré en première lecture au Bundestag le 25 février, le texte obligera désormais les entreprises allemandes de plus de 2 000 employés cotées en Bourse à nommer au moins une femme dans leur comité de direction, dès lors qu’il compte plus de trois membres.

Au total, 73 sociétés sont concernées par cette nouvelle règle, dont 32 n’ont actuellement pas de femme dans leur directoire. L’objectif est donc d’imposer par les quotas la féminisation des instances exécutives. Dans le cas contraire, les sociétés devront prouver pourquoi elles n’ont pas réussi à le faire, malgré leurs tentatives de recrutement et, dans ce cas, des sanctions pourraient être prévues. Du côté des entreprises publiques, que le gouvernement veut exemplaires, la réglementation entrera en vigueur dès lors que le comité exécutif compte plus de deux dirigeants.

Un fort retard

Cette loi vient donc compléter l’obligation depuis 2016 de faire entrer 30 % de femmes dans les conseils de surveillance des groupes cotés en Bourse et en cogestion. Par conséquent, les 103 entreprises concernées comptent aujourd’hui 35,4 % de membres féminines dans les organes de surveillance. En revanche, le gouvernement avait jusqu’alors appelé au volontarisme en ce qui concerne les plus hautes instances. Une stratégie qui a échoué, car les femmes aux postes de direction en Allemagne restent bien moins nombreuses qu’ailleurs. La fondation germano-suédoise Allbright a ainsi chiffré que dans les sociétés de l’indice boursier DAX, elles ne représentent que 12,8 % des postes des comités de direction. En comparant avec les 30 plus grandes entreprises d’autres pays, il s’avère qu’elles sont, toujours selon l’institut, 28,6 % aux Etats-Unis ou encore 22,2 % en France.

Outre-Rhin, le plafond de verre n’a donc pas été brisé. A l’inverse, « nous avons constaté que seules des dispositions législatives claires font vraiment bouger les lignes », commente Monika Schulz-Strelow, la présidente de l’association Fidar, créée en 2006 comme observatrice de la parité.

Selon elle, sur les 30 entreprises cotées à l’indice de Francfort, trois n’ont encore aucune femme dans leurs sphères dirigeantes, une situation devenue exceptionnelle en France : le cimentier HeidelbergCement, le fabricant de puces électroniques Infineon et l’équipementier aéronautique MTU Aero Engines. D’autres l’ont fait tout récemment, à l’image d’Adidas avec la nomination d'Amanda Rajkumar en octobre 2020, de l’énergéticien EON qui s’est adjoint une directrice de la stratégie numérique, Victoria Ossadnik, depuis décembre 2020 ou encore de Bayer avec Sarena Lin aux ressources humaines depuis le 1er février 2021. Elles sont cependant encore loin des bonnes élèves que sont Deutsche Telekom, dont le board of management compte à ce jour trois femmes sur sept personnes et d’Allianz qui compte 30 % de femmes.

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