Quel rôle peut jouer la fusion pour limiter le changement climatique ?
Les technologies ne sont pas matures. On peut imaginer un premier réacteur en 2030 ou 2035, au mieux, mais il ne sera pas optimisé... Déployer la fusion à l’échelle de la demande énergétique mondiale prendra du temps. Or, l’objectif est la neutralité carbone dès 2050. À cette date, la fusion pourrait aider à réduire l’empreinte carbone d’un pays. Mais elle ne sera pas significative pour le climat au niveau mondial.
Quelles difficultés faut-il surmonter ?
La génération du tritium d’abord, qui constitue l’un des deux isotopes de l’hydrogène, avec le deutérium, et dont il n’existe que 25 kilos sur Terre. Chaque réacteur devra donc produire son propre tritium, et même davantage pour pouvoir en démarrer d’autres. Ce qui est loin d’être évident. Les matériaux ensuite : la fusion deutérium-tritium produit des neutrons à haute énergie, face auxquels il faut des matériaux capables de tenir trente à quarante ans. Or, pour l’instant, aucune expérience ne permet de simuler ces conditions ni de tester les matériaux sur de longues durées.
Quels seront les matériaux critiques ?
Il est difficile de faire des prédictions car tout dépend des choix technologiques. Aujourd’hui, Iter construit une couverture en béryllium pour faire face au plasma, mais pour le futur beaucoup envisagent du tungstène, ou même des murs de métal liquide. De même, les aimants d’Iter sont à base de niobium, là où les aimants supraconducteurs à haute température mis en avant par les start-up sont composés de terres rares, de rhénium, de baryum, d’yttrium... Il faudra créer le marché de ces matériaux exotiques.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3708-3709 - Juillet-Août 2022



