L’usage des technologies digitales s’étend à des industries où, de premier abord, on ne l’attend pas. “Les machines sont bourrées d’électronique, mais elles appliquent ce que l’homme souhaite”, souligne Max Gigandet, directeur de la tonnellerie François Frères. Maison-mère de TFF group, leader mondial des fûts à qui elle donne son acronyme, la tonnellerie en est l’entité historique depuis sa création en 1910 à Saint-Romain (Côte-d’Or), où elle exerce toujours ses activités. Chaque année, elle fabrique 30 000 fûts, exportés à plus de 80% dans plus de cinquante pays. Pour ce faire, 55 personnes sont nécessaires, dont 43 à la production. Une équipe qu’il convient de rajeunir. “Au sein de l’entreprise et de la profession, nous avons une pyramide des âges vieillissante, et il nous faut anticiper le renouvellement de nos salariés”, expose le chef d’entreprise.
“Nous avons eu des années où l’école de tonnellerie ne suscitait pas beaucoup de vocations, perçue comme une voie de garage. Aujourd’hui, les métiers manuels et les métiers d’art ont été remis au goût du jour et les jeunes diplômés sont plus nombreux à être motivés à l’issue de leur formation”, poursuit Max Gigandet. Un regain d’intérêt qui permet à la tonnellerie de recruter des apprentis (actuellement au nombre de deux chez François Frères) en CAP tonnelier. Une formation de deux ans, destinée à enseigner les étapes de fabrication manuelle d'un fût, de la réception du bois jusqu'au stockage, dispensée dans six établissements en France. L'entreprise collabore avec l’un des centres de formation par l’apprentissage des Compagnons du Devoir, à Beaune (Côte-d’Or).
“L’action menée par les Compagnons du Devoir, qui ont repris en main l’école depuis une dizaine d'années, a permis d’être plus rigoureux dans la sélection des candidats. Le métier a aussi un intérêt : on va assister à beaucoup de départs à la retraite dans les années à venir”, indique Max Gigandet. Les néo-apprentis sortent pour la plupart du collège ou du lycée, aux alentours de l’âge de 16 ans. Pour leur permettre de prendre part à l’ensemble de la chaîne de production, ils tournent, comme l’ensemble des ouvriers, sur plusieurs postes (chauffe, cerclage…). Ce qui évite, en plus d’une certaine routine, des gestes trop répétitifs. Autre avantage, permettre la transmission des connaissances par plusieurs personnes, en plus du chef d’atelier.
Des étapes plus mécanisées
Si elles ne trouvent pas de consoles dernier cri dans les ateliers, les jeunes recrues peuvent néanmoins faire valoir leur appréhension quasi-naturelle des écrans. “J’ai comme priorité que les salariés ne se tuent pas à la tâche. Les machines sont conçues de manière à ce que les postes soient aménagés. Toutefois, le travail manuel est préservé. On ne remplacera pas le savoir-faire du tonnelier”, explique Max Gigandet. Historiquement, le tonnelier donnait manuellement sa forme au merrain. Les pièces de bois sont aujourd’hui usinées. En revanche, en sortie de machines, les tonneliers assemblent manuellement les douelles, puis mettent en place des cercles pour maintenir les différents éléments. Des presses hydrauliques aident à descendre les cercles, en complément des coups de marteaux. L’intérieur du fût est ensuite brûlé. Pour certaines opérations, un treuil accompagné de vérins a remplacé l’usage du câble de cabestan. “On a recentré la valeur ajoutée sur l’expertise des hommes.”
Une production étalée sur l'année
Certains ouvriers, titulaires d’un CAP, sont qualifiés de tonneliers ; d’autres sont issus d’autres métiers du bois. Des aides-tonneliers sont formés en interne et sont voués à obtenir, à terme, le statut de tonnelier. Il arrive que la relève soit générationnelle : “le fils d’un de nos tonneliers s’était inscrit en 2018; en 2020, diplômé, il a été embauché”, relate le directeur de l’entreprise. Parmi les arguments pour inciter à rejoindre les rangs de la profession, figure également le fait que tous les fûts sont fabriqués sur-mesure, et l’absence de saisonnalité de l’activité.
L’usine fonctionne toute l’année. La tonnellerie François Frères expédie des fûts aux Etats-Unis de mars à juillet, en Europe de juillet à novembre, puis vers l’hémisphère Sud de novembre à février. En Europe, les vendanges, qui se déroulaient fin septembre-début octobre, débutent aujourd’hui dès le mois d'août. Une garantie d’emploi, donc, qui n’est pas synonyme de tout repos. “Cela reste un métier difficile, les opérations sont très physiques”, met en garde Max Gigandet. Avis aux amateurs.



