Dissuasion nucléaire, Europe de la défense, souveraineté numérique… Emmanuel Macron dépoussière les fondamentaux de la stratégie française de défense

Le président de la République envisage de mettre la dissuasion nucléaire au service de la sécurité collective de l’Europe et appelle à un effort massif d’innovation pour retrouver la souveraineté numérique, notamment dans la 5G et le cloud.

 
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Emmanuel Macron discours ETI 21 janvier
Le Président Emmanuel Macron propose aux autres partenaires européens de mettre la dissuasion nucléaire au service de la sécurité collective de l'Europe.

C’était un discours attendu par l’ensemble de la communauté militaire française. Le 7 février, devant un public constitué principalement d’officiers généraux et d’auditeurs du Centre des hautes études militaires, le président de la République s’est exprimé à l’Ecole militaire à Paris pour rappeler les fondamentaux de la stratégie de défense du pays.

Emmanuel Macron a dressé un tableau sombre des menaces et des risques auxquels la communauté internationale doit faire face, de la prolifération des missiles aux technologies les plus avancées capables de frapper l’Europe, au recours accru des armes chimiques lors des dernier conflits en passant par la reprise de la course aux armements conventionnels…

un arsenal de près de 300 têtes nucléaires 

Pour protéger ses citoyens et son territoire, la dissuasion nucléaire reste la clé de voûte de la stratégie de défense de la France. "Aujourd’hui comme hier, elle garantit notre indépendance, notre liberté d’appréciation, de décision et d’action" a-t-il rappelé, précisant que l’arsenal français comptait près de 300 armes nucléaires. Comme ses prédécesseurs, il a rappelé son caractère défensif et la complémentarité de ses deux composantes, aérienne et océanique. Mais de manière inédite, le Président a clairement fait part de la possibilité de la mettre au service de l’Europe. Et l’a doublement justifié.

D’une part, selon lui, les intérêts vitaux de la France ont désormais une dimension européenne et d’autre part, par la solidarité inébranlable à l’égard des partenaires européens, et l'engagement pour leur sécurité et leur défense, "nos forces nucléaires jouent un rôle dissuasif propre, notamment en Europe. Elles renforcent la sécurité de l’Europe par leur existence même et à cet égard ont une dimension authentiquement européenne", n’a-t-il pas hésité à affirmer. Dans la foulée, il a appelé à un dialogue stratégique avec les partenaires européens qui y sont prêts sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans la sécurité collective de l’Europe. Un appel d’autant plus recevable qu’après le Brexit, la France est la seule puissance dans l’Union européenne à disposer de la bombe atomique. 

une alliance forte avec les Etats-Unis

Sans surprise, Emmanuel Macron a encore réaffirmé la nécessité de construire l’Europe de la défense et sa nécessaire articulation avec l’OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord, ndlr). Cette fois-ci, il n’a pas porté ses coups sur l’Alliance qu’il avait qualifiée en état de mort cérébral en novembre dernier. Au contraire, il s’est dit convaincu que la sécurité à long terme de l’Europe passe par une alliance forte avec les Etats-Unis. Il a été surtout critique vis-à-vis de ses partenaires européens.

"Oui, les vraies questions pour les Européens sont au fond plutôt les questions qu’ils doivent s’adresser à eux-mêmes, plutôt qu’aux Américains : pourquoi ont-ils diminué à ce point leur effort de défense depuis les années 90 ? Pourquoi ne sont-ils plus prêts à inscrire la défense parmi leurs priorités budgétaires et à faire pour cela les sacrifices nécessaires, alors même que les risques s’accumulent ?", a-t-il feint de s’interroger. Et de regretter les coupes annoncées sur le Fonds européen de défense. Envisagé à 13 milliards d’euros à l’origine pour développer en coopération des technologiques militaires, il pourrait faire les frais du départ du Royaume-Uni de l’Union et être réduit de moitié.

des infrastructures numériques stratégiques pour l'économie et les armées 

Enfin, le Président a fait de la souveraineté numérique un nouveau cheval de bataille. Selon lui, les réseaux 5G, le cloud pour stocker les données, les câbles sous-marins, et même les systèmes d’exploitation sont devenues des infrastructures stratégiques dans le monde contemporain. "Nous avons sans doute ces dernières années trop souvent considéré qu’il s’agissait là de solutions commerciales, de sujets simplement industriels ou marchands, alors que nous parlons d’infrastructures stratégiques pour nos économies évidemment et pour nos armées", a-t-il averti. Pour corriger le tir, Emmanuel Macron a appelé à un effort massif d’innovation et à la maîtrise des technologies de sécurité grâce à une base industrielle de défense autonome et compétitive.

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