Deux ans après son lancement, le plan deeptech français revoit ses ambitions à la hausse

Le Covid n’aura pas eu la peau du plan deeptech. Au contraire, le programme lancé par Bpifrance en 2019 se révèle même en avance sur ses objectifs, dès lors revus à la hausse. Pour 2023, l'ambition est d'atteindre 2 milliards d'euros de financements directs et indirects dans les start-up de rupture technologique.

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Frédérique Vidal au Deeptech Tour sur le campus Grenoble Alpes
Frédérique Vidal lors du Deeptech Tour, à l'université de Grenoble (Isère).

Après deux ans d’existence, dont une année bouleversée par le Covid-19, le plan deeptech tient bon. "Dans le fond, la crise n’a pas ralenti le plan, observe Paul-François Fournier, directeur exécutif innovation de Bpifrance, en conférence de presse. D’une certaine façon, elle l’a accéléré." Le bilan de l’année 2020 se révèle même, sur certains points, supérieur aux prévisions. "Nous sommes en avance d’un an", se félicite-t-il.

Lancé en janvier 2019, le plan deeptech est initialement doté de 2,5 milliards d’euros sur cinq ans et vise à atteindre la création chaque année de 500 start-up à haute densité technologique.

En 2020, 200 jeunes pousses sont sorties des laboratoires (soit 40 % de plus qu’en 2018) et 400 ont été financées, à hauteur de 220 millions d’euros, par Bpifrance. C’est un montant supérieur de 30 % à l’année précédente, qui devrait encore grimper à 330 millions d’euros l'an prochain. Au final, l'enveloppe globale du plan, initialement fixée à 1,3 milliard d'euros entre 2021 et fin 2023, va être gonflée à 2 milliards d’euros. 

Valoriser les travaux de recherche

Face à ces chiffres – auxquels s’ajoutent 218 millions d’euros investis dans des fonds d'investissement – Paul-François Fournier estime que "tous les signaux sont au vert". De quoi nourrir des ambitions pour les pépites deeptech, qui représentent 10 % des start-up françaises – mais 28 % des 120 les plus performantes, recensées dans le French Tech 120 – et attirent près de 20 % des levées de fonds (1,1 milliard d’euros).

L'objectif du plan est de pousser les chercheurs à valoriser leurs travaux de recherche sur le marché, "sans qu'ils gèrent forcément les entreprises", précise le directeur exécutif, qui rappelle que nombre d'entre eux continuent leurs travaux de recherche en parallèle de leur activité entrepreneuriale. "Nous sommes là pour assurer le développement des start-up, particulièrement à l'amorçage, et pour en faire des ETI de la tech, voire de très grands groupes", affirme-t-il.

Pour atteindre ces objectifs, Bpifrance additionne les dispositifs de sensibilisation et d’accompagnement. En 2019 et 2020, son Deeptech Tour a fait étape dans 16 campus universitaires et réuni plus de 10 000 personnes, en physique comme en digital, Covid-19 oblige. Il reprendra la route en 2021. Le concours i-PhD – qui avait distingué et financé 29 projets entrepreneuriaux portés par des thésards en 2020 – vise 50 lauréats cette année, pour plus de 2 millions d’euros de financements.

La plateforme Les Deeptech, lancée en 2020, s’ajoute à ces initiatives. "Il y a un intérêt à capitaliser collectivement pour gagner en efficacité, souligne Paul-François Fournier. Derrière l’ambition de la création de 500 start-up deeptech par an [inscrite dans la loi de programmation de la recherche], tout un écosystème s’organise." Dans cette dynamique, la plateforme a été lancée en partenariat avec, entre autres, les réseaux des Sociétés d’accélération du transfert technologique (SATT) et Curie, le CEA, l’Inria et le CNRS. Elle vise notamment à faciliter la mise en relation entre start-up, investisseurs et talents.

Un fonds dédié aux greentech

Au-delà de son plan consacré aux deeptech, Bpifrance souhaite améliorer son positionnement sur les start-up greentech avec la création d’un fonds d’investissement dédié de 300 millions d’euros, Ecotechnologies, dans le cadre du Programme d’investissement d’avenir (PIA). L’incubateur ArgoBio, doté de 50 millions d’euros, sera lui lancé pour accompagner les jeunes pousses de la santé.

Pour Paul-François Fournier, ces différents dispositifs d’accompagnement de la tech française devraient permettre au Next 40 d’arriver au plus haut niveau, "avec une à deux start-up de la French Tech dans le CAC 40 d’ici à 2025". Il estime cependant qu’il "faudra peut-être attendre trois ou quatre ans de plus" pour qu’une start-up deeptech arrive à ce niveau.

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