Alarmant ? Pas complètement. Près de quatre ans après le début de la pandémie, la France a retrouvé le niveau de défaillances qui prévalait avant la crise Covid. Avec 57 729 entreprises concernées selon le cabinet spécialisé Altares en 2023, le nombre de défaillances a dépassé l’an dernier son niveau de 2019. Cette forte hausse près de 36% par rapport à 2022 ne constitue toutefois pas «une grande surprise», remarque Thierry Million, le directeur des études de la société Altares.
Après des années de "quoi qu’il en coûte" et de soutien aux entreprises, les Urssaf ont recommencé depuis l’été à réclamer le remboursement des créances sociales des entreprises. De quoi expliquer le bond particulièrement fort des défaillances au quatrième trimestre 2024, avec 16 820 redressements judiciaires ou liquidations enregistrés (ce qui représente le plus haut niveau depuis 2012, en pleine crise des dettes souveraines). En parallèle, les entreprises doivent aussi rembourser leurs prêts garantis par l’Etat et refinancer leurs autres dettes, contractées à des taux d’intérêt beaucoup moins élevés que ceux négociés actuellement. «Il ne faut pas non plus oublier que ce niveau de défaillance avait anormalement baissé pendant la crise Covid», rappelle Philippe Mutricy, directeur des études de Bpifrance. Au final, grâce aux aides publiques, le nombre de défaillances d’entreprises cumulées sur les trois dernières années depuis 2020 reste inférieur de près de 60 000 à sa tendance d’avant-crise.
Une forte hausse des défaillances de PME
Pour Thierry Millon, ce rattrapage post-Covid n’explique probablement pas toute la dynamique. «Les entreprises maintenues en vie pendant la pandémie ont déjà disparu. On voit maintenant arriver devant les tribunaux des entreprises fragilisées par la panne de la conjoncture actuelle et la faiblesse des carnets de commandes», souligne l’expert. C’est notamment le cas dans le secteur de la construction, qui concentre habituellement un quart des défaillances et où celles-ci ont bondi de près de 40 % en un an, mais aussi dans le transport routier. Les créations d’entreprises sont par ailleurs restées dynamiques en 2022 comme en 2023, avec près de 270 000 entreprises créées – hors micro-entreprises, ce qui alimente mathématiquement le nombre de défaillances potentielles.
Plusieurs signaux laissent cependant présager d’une année 2024 difficile. Même si l’écrasante majorité des procédures collectives concernent des TPE, les taux de sinistres augmentent fortement chez les entreprises les plus importantes en taille. Les PME ont représenté 8,5 % des procédures judiciaires et de sauvegarde ouvertes en 2023, un chiffre inédit depuis 2009 après la grande crise financière. Et 171 entreprises de plus de 100 salariés se sont retrouvées au tribunal de commerce, soit une progression de 80 % sur un an. Avec des risques en cascade : « si les défauts de grosses PME se multiplient, les créanciers risquent de devenir plus vigilants sur l’accès aux crédits de trésorerie et les impayés peuvent fragiliser par effet domino des fournisseurs », souligne Thierry Millon.

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L'industrie s'en sort bien
Autre conséquence : le coût en emploi a bondi, bien au-delà de son niveau de 2019, avec près 243 000 emplois menacés en 2023 contre environ 150 000 en 2022. Ces derniers mois, le retour des «gros» redressements judiciaires a rythmé l’actualité avec les difficultés des enseignes de prêt-à-porter Go Sport, placé en liquidation judiciaire, Naf Naf ou Jennyfer. Le fabricant d’essieux pour le ferroviaire Valdunes a lui été placé en redressement judiciaire, tout comme le fabricant de confitures Lucien Georgelin.
La situation reste cependant très disparate selon les secteurs. L’industrie, qui concentre pourtant le plus de grosses PME, reste relativement épargnée par la flambée actuelle des défaillances. Derrière l’imprimerie (197 défauts en 2023) fragilisée depuis plusieurs années, la mécanique industrielle est le secteur industriel qui a enregistré le plus de défauts l’an dernier avec 102 entreprises, en progression de 8,5 % par rapport à 2022. «Aucun secteur n’enregistre de dérapage dans le nombre de procédures», commente Thierry Millon. Seul point de vigilance : les défaillances dans l’installation de structures métalliques et tuyauterie a augmenté de 52 % sur un an, avec 96 cas, contre 23 % de hausse dans l’ensemble de l’industrie manufacturière.
Plus de 60 000 défaillances en 2024, mais pas de catastrophe pour autant
Pour 2024, la barre des 60 000 défauts sur l’année sera sans aucun doute dépassée, considère Altares. Mais le pire est loin d’être certain selon le cabinet spécialisé, alors que certains experts tablent sur un envol beaucoup plus inquiétant à près de 70 000 défaillances, au plus haut depuis plus de 20 ans.
Même si les délais de paiement des entreprises se sont allongés ces derniers mois, les retards s’établissent désormais un peu au-dessus de 12 jours, moins que lors du pic atteint en 2020. «C’est une évolution significative mais pas assez suffisante pour anticiper un scénario catastrophe», souligne Thierry Millon, qui ne constate pas non plus de hausse exponentielle des inscriptions de privilèges devant les tribunaux de commerce par les Urssaf, un des indices avant-coureurs des recouvrements forcés de créances sociales.



