Avec plus de 14 000 procédures en trois mois, les défaillances d'entreprises retrouvent leur niveau d'avant Covid-19

Le nombre de faillites a augmenté de 43,6 % au premier trimestre, pour atteindre 14 317 défaillances. La remontée des procédures touche plus particulièrement les entreprises de plus de 10 salariés.

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Navya
Navya fait partie des entreprises placées en redressement judiciaire au premier trimestre 2023.

Ce n’est toujours pas le « mur de faillites » redouté par certains au début de la crise sanitaire, il y a trois ans. Mais le rebond des défaillances d’entreprises, largement entamé depuis plus d’un an, a franchi une étape symbolique. Au premier trimestre 2023, le nombre de procédures collectives ouvertes a dépassé son niveau de début 2019, selon le cabinet Altares. Avec 14 317 entreprises concernées, celui-ci est en hausse de 43,6 % sur un an. « Il n’y a pas vraiment de surprise. Cela fait déjà plusieurs mois que les défaillances rebondissent à un rythme très soutenu », pointe Thierry Millon, le directeur des études d’Altares Dun & Bradstreet.

Ce soubresaut marque un retour à la normale. Pendant deux ans et demi, les entreprises ont bénéficié de soutiens massifs pour traverser la crise sanitaire et énergétique et se relancer. De quoi faire plonger les défaillances à un niveau historiquement bas. L’observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) estime au global à près de 110 000 le nombre de faillites évitées depuis 2020. « Pour certaines, les difficultés n’ont été que différées. Mais une partie des entreprises se sont refait une santé grâce aux aides déployées », anticipe Thierry Millon.

L'industrie épargnée

Dans le même temps, la conjoncture est devenue moins porteuse pour les entreprises, entre le durcissement de l’accès au crédit, la baisse de la demande finale et l’inflation qui pèse sur les marges de certains secteurs. Même si le gros du bataillon des défaillances concerne les TPE, ces tensions se reflètent en particulier sur les PME. Au premier trimestre, 1 125 procédures ont été ouvertes pour des entreprises de plus de 10 salariés, le plus haut niveau depuis début 2015.

Quelques-unes concernent de grosses défaillances, comme la mise en sauvegarde accélérée du groupe Orpea et le redressement judiciaire de Go Sport. En les intégrant, le nombre d’emplois menacés s’envole à près de 59 000 salariés ces trois derniers mois. « Beaucoup de ces entreprises avaient des structures financières fragiles et des problèmes d’endettement. Certaines se sont retrouvées en difficulté lorsqu’elles ont dû refinancer leur prêt garanti par l’Etat (PGE) », souligne le directeur des études d'Altares.

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Ces dernières semaines, le fabricant de chaussures Clergerie a été placé en redressement judiciaire. Et le tribunal de commerce de Lyon doit examiner ces jours-ci les offres de reprise de Navya, l’ancienne pépite des navettes autonomes placée en redressement depuis février. Mais l’industrie reste encore relativement épargnée par cette augmentation des faillites. Avec 545 cas au premier trimestre, les défaillances dans le secteur restent toujours sous leur niveau de 2019, malgré la crise énergétique. Pour Thierry Millon, il faut y voir « la meilleure organisation des filières ». « Les entreprises industrielles ont aussi des fondamentaux plus solides, avec des structures financières plus importantes », explique-t-il.

Reprise des procédures de l'Urssaf

Ce rebond des défaillances devrait selon toute vraisemblance continuer dans les prochains mois. En début d’année, des reports ciblés du paiement des cotisations sociales ont été réactivés pour certaines des entreprises les plus touchées par la flambée des prix de l’énergie. Mais depuis l’été, l’Urssaf a repris les assignations aux entreprises en retard de versement de leurs cotisations sociales alors qu’elles étaient suspendues depuis la crise sanitaire. De quoi faire basculer les plus fragiles, qui ont accumulé des dettes sociales. « Il faut à un moment revenir à des conditions de concurrence équitable entre les entreprises. Mais ces procédures prennent du temps. Elles devraient se voir dans les chiffres des défaillances à partir du deuxième trimestre », pointe Thierry Millon.

Cette situation devrait contribuer à alimenter la hausse des défaillances jusqu’à fin 2023. Altares anticipe 55 000 défauts cette année, un niveau proche de 2018, avant une quasi stabilisation l’année prochaine. L’assureur-crédit Allianz Trade table de son côté sur 59 000 défaillances pour 2023. Cela reste loin du haut plateau atteint au début des années 2010, lorsque les faillites concernaient autour de 65 000 entreprises chaque année.

Des signaux disparates sur les retards de paiement

La rapidité de la remontée de l’étiage des défaillances oblige malgré tout les entreprises à la vigilance. « Pour un industriel qui enregistre plus de défaillances chez ses clients, il y a un risque que les pertes de revenus obligent à chercher de nouveaux financements, moins faciles à trouver. Et cela représente autant des marges perdues, difficiles à retrouver dans un contexte inflationniste », met en garde l’expert d’Altares. Même si les délais de paiement ne se sont pas dégradés dans l’industrie au premier trimestre 2023, il pointe plusieurs signaux d’alerte. Depuis le début de l’année, le cabinet note un accroissement des petits retards de paiement de quelques jours et en parallèle, un allongement de ceux des entreprises de plus grande taille. « Il y a aussi davantage de fournisseurs qui accusent des retards supérieurs à 30 jours depuis l’été 2022 », pointe Thierry Millon. Or, ces longs retards de paiement de la part des clients augmentent les risques de défaillances en cascade des fournisseurs. Mieux vaut donc redoubler de prudence.

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