Sous l'effet du choc énergétique, la croissance en panne

Selon l’Insee, l’économie française devrait éviter la récession. L'institut anticipe une croissance de 0,1 % puis 0,3 % sur les deux premiers trimestres de 2023. Affectée par la flambée de l’énergie, l’industrie devrait ralentir, mais pas s’effondrer.

 

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7 % des industriels prévoient de réduire leur activité en 2023 et 1 % de l'arrêter à cause des prix de l'énergie, selon l'Insee

Un sérieux coup d’arrêt, mais pas pour autant la catastrophe que certains annonçaient. L’économie française devrait éviter de justesse la récession début 2023, selon les dernières prévisions de l’Insee. Selon l’institut de conjoncture, l’activité progresserait de 0,1% puis de 0,3% au cours des deux premiers trimestres de l’année, après un recul de 0,2% du PIB au dernier trimestre 2022. «L’économie française subit un refroidissement, mais ce n’est pas une rupture», commente Julien Pouget, le chef du département de conjoncture de l’institut de statistique. La prévision de croissance de 1 % du gouvernement semble cependant difficile à atteindre.

Des effets différents selon les secteurs 

Depuis le début de la crise gazière, la France a subi un choc équivalant à la crise pétrolière de 1974, qui lui a coûté de 3 points de PIB. «Mais contrairement à un choc pétrolier, qui se transmet instantanément aux consommateurs, il se propage de façon progressive et durable. Nous n’en ressentons pas encore toute l’ampleur», estime Charles-Henri Colombier, économique pour Rexecode, plus pessimiste dans ses prévisions que l'Insee avec sur un repli de 0,1% du PIB prévu sur 2023. Jusqu’à présent, l’industrie a plutôt bien résisté, vu le contexte. En décembre, le climat des affaires est resté stable, juste au-dessus de sa moyenne de longue période. La production industrielle a bien baissé de 2% en octobre, notamment à cause de la maintenance des centrales électriques, mais sur un an, l’évolution est quasi stable. La grande inconnue va être de savoir combien de temps l’industrie tient le coup.

Comme pour le choc du Covid, la flambée de l’énergie se répercute de façon très hétérogène sur les entreprises en fonction de leur secteur. Les industries les plus gourmandes en énergie, comme la chimie, le papier-carton ou la métallurgie sont en première ligne. En Allemagne, où le repli est le plus visible, la production de la chimie a ainsi reculé de près de 21 % sur un an, en octobre, confirme Destatis. Selon la façon dont elles ont sécurisé leurs contrats de gaz et d’électricité, les entreprises n’ont pas encore subi tous les effets de l’envolée des prix. Là aussi, l’effet est très divers. D’après l’Insee, 56 % des entreprises industrielles sont exposées au choc énergétique, soit parce qu’elles vont devoir renouveler leur contrat dans les mois à venir, soit parce que leur facture est indexée aux prix de gros. Ceux dont le contrat arrive à échéance en 2024 sont pour l’instant épargnés. Au final, 42 % des industriels devraient voir leur facture d’électricité plus que doubler en 2023 selon l’Insee, avec une hausse moyenne de 132 %.  

Une baisse de 1,5 point de la production industrielle

Au final, cette flambée des coûts de production des industriels devrait aboutir à une baisse de 1,5 point de la production industrielle en 2023, selon l’Insee. « Nous ne sommes pas sur une baisse à deux chiffres. La majorité du choc se transmettra davantage via les prix de vente que par les baisses marquées de la production », estime Julien Pouget. Pour arriver à ce calcul, l’institut de statistique se base sur les résultats de sa dernière enquête auprès des industriels : 7 % d’entre eux envisagent de réduire leur production - en moyenne de 15% - et 1% prévoient un arrêt de leur usine. Dans son scénario, l’Insee n’a pas retenu la possibilité de délestage, en cas de fortes tensions sur le réseau électrique. «Beaucoup va dépendre de la façon dont cette crise du gaz va évoluer», confirme Bruno de Moura Fernandes, économiste pour l'assureur-crédit Coface.

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A l’inverse, plusieurs facteurs jouent en faveur des entreprises. La demande résiste à peu près. L’Insee prévoit une hausse de 0,4 % puis 0,2 % de la consommation des ménages début 2023, après un recul, il est vrai, à la fin de 2022. En janvier, la hausse de 15 % des prix de l'électricité et du gaz et la suppression de la remise carburant va propulser l'inflation à 7 %. Même si elle devrait refluer au printemps, le pouvoir d'achat devrait reculer plus nettement qu'en 2022. Mais les Français pourront puiser dans leur épargne, toujours supérieure de plus d'un point à son niveau de 2019. «Le choc de pouvoir d’achat touche de façon très inégale les ménages. Mais il existe des capacités à consommer un peu plus fortes au niveau global», pointe Mathieu Plane, économiste à l’OFCE. Les dépenses en biens pourraient s'avérer au final plus élevées, si la confiance revient. Selon l’Insee, le taux de chômage devrait rester stable d’ici l’été, malgré le ralentissement de l’activité.

Une levée des freins sur l'offre

La levée des contraintes sur les approvisionnements, qui a fortement pénalisé l’automobile par exemple, a aussi permis aux industriels de rattraper les retards de production accumulés. « Les délais de livraison de composants électroniques étaient montés à 70 semaines, nous sommes presque revenus à 20 semaines », se félicite Bruno Bouygues, le PDG de Gys. Peu énergivore, le fabricant d’appareils de soudure, profite de la dégringolade des prix du fret maritime depuis la Chine, passés de près de 14 000 à 1 600 dollars le conteneur en un an et de la stabilisation de l’euro face au dollar. De quoi compenser les hausses de salaires et de certaines matières. Et «la demande ralentit, mais beaucoup moins vite que ce qu’on pouvait craindre», souffle le patron du groupe de 900 salariés. Dans les entreprises, les stocks se sont regarnis. «Certains ont anticipé leurs productions, avant la renégociation de leurs tarifs d’énergie», explique Charles Henri Colombier. Mais cet effet de soutien ne tiendra plus en 2023.

L’investissement des entreprises a aussi été «la bonne surprise» en 2022, selon Mathieu Plane. Sur l’année, il progresse de 3,2 %, alors que les sociétés ont accéléré leurs investissements dans le digital et en faveur de l’efficacité énergétique. «Les entreprises sont sorties de la pandémie avec des bilans très favorables», reconnaît Bruno de Moura Fernandes, économiste de l’assureur-crédit Coface. Mais là aussi, leur situation se dégrade à mesure que les marges s’érodent. Avec des coûts de financement plus élevés, les projets les moins rentables et les entreprises les plus fragiles sont en difficulté. Même si la Banque centrale européenne n’a remonté ses taux que de 0,5 point, le 15 décembre, sa présidente Christine Largarde a prévenu que la hausse n’était pas terminée.

Mais la plupart de ces risques ne vont se matérialiser que progressivement en 2023. «C’est moins le court terme qui m’inquiète que ce qui va se passer en 2024 et après. Jusqu’où l’industrie pourra se maintenir dans un contexte d’énergie chère ?», s’inquiète Mathieu Plane. Les marges de manœuvres budgétaires se sont réduites comme peau de chagrin. En 2023, dix milliards d’euros sont sur la table pour soutenir les entreprises les plus affectées par la crise énergétique. La montée des taux d’intérêt et le retour progressif des règles budgétaires dans la zone euro risquent d’obliger le gouvernement à cibler davantage son soutien l’an prochain.

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