Des chambres préfabriquées en bois pour les futurs athlètes des jeux Olympiques de Paris en 2024

A l’Ile-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), 137 chambres doivent accueillir des athlètes des jeux Olympiques de Paris 2024 dans un immeuble majoritairement construit hors-site. 

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PE2 - Immeuble en bois
137 chambres destinées à accueillir les athlètes participant aux jeux Olympiques en 2024 à Paris seront préfabriquées pour le projet.

Si les futurs athlètes des jeux Olympiques et paralympiques (JO) de Paris 2024 espèrent de bonnes performances sur les terrains, l’entreprise bretonne Pincemin, spécialisée dans la construction bois de produits d’habitat, compte aussi être au meilleur de ses performances pour les loger. A l’Ile-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), sur une parcelle du futur Village des athlètes (14 250 personnes hébergées), elle participe au chantier PE2, un immeuble en 8 étages hors rez-de-chaussée (R+8) de 137 chambres conçues sous forme de modules préfabriqués en usine. L’occasion de mettre en avant sa marque E-Loft, dédiée au segment de l’habitat pour le grand public.

« Au départ, l’entreprise était spécialisée dans la charpente et les murs à ossature bois industriels, puis nous nous sommes diversifiés dans le hors-site », explique Edouard Lefebure, cofondateur d’E-Loft. L’entreprise, qui compte 250 personnes, opère depuis ses sites de Ploufragan (Côtes d’Armor) et d’Haulchin (Nord), où sont fabriqués les modules de l’immeuble PE2. Elle vient d’entrer complètement dans le giron d’Etex, un fabricant belge de matériaux de construction. Pour le projet du Village des athlètes, elle a remporté un appel d’offres lancé par le groupement Pichet-Legendre, maître d’ouvrage sur la parcelle, et a travaillé avec les agences Eric Giudice Architecture (architecte) et Hors-site (assistant à maîtrise d’ouvrage). L'agence EGA (Erik Giudice Architecture) a signé l'architecture du bâtiment, et coordonné l'îlot.

Des modules acheminés par barges

En construction hors-site, « il faut mettre l’industriel dans la boucle le plus rapidement possible : les contraintes de production doivent être partagées dès que possible, ce qui n'est pas classique dans la construction traditionnelle », insiste Edouard Lefebure. Des modifications ont ainsi été apportées au projet dès la sélection d’E-Loft, à l’été 2021. Pour ce bâtiment hybride, composé à 90% de modules bois, une quinzaine de chambres seront réalisées sur place, tout comme certains escaliers en ossature bois traditionnelle. Un moyen de réduire les coûts en raison de dimensionnements qui ne sont pas standard pour l’usine. La dalle, le rez-de-chaussée et les cages d’escaliers et d’ascenseurs seront en béton; la majeure partie de l’édifice en bois.

137 chambres seront donc préfabriquées. Elles embarqueront une salle de bains, une cuisine (bouchée le temps des JO) et un espace séjour-nuit, avec toutes les finitions terminées. Il ne restera qu’à brancher l’électricité et la plomberie pour qu’elles soient opérationnelles. Tous les corps d’état du bâtiment (menuiserie, électricité, sols, peinture...) sont intégrés en usine. Les sols PVC ainsi que les revêtements muraux seront déjà posés. Environ deux mois de travaux seront nécessaires pour monter les modules sur le bâtiment, à partir du mois de novembre 2022. Ceux-ci seront acheminés par barge jusqu’à l’Ile-Saint-Denis. « Les grues prélèveront les modules sur les barges, pour monter directement l’immeuble, situé au bord de l’eau », se satisfait le dirigeant.

Après la livraison des modules, les lieux communs, comme les couloirs, devront être terminés, tout comme la mise en production énergétique et la couverture, à réaliser. Un revêtement extérieur sera apposé, sur les façades, par une autre entreprise : « comme la structure est protégée par la suite de l’extérieur, le bois en lui-même n’a pas besoin d’être résistant aux intempéries. » E-Loft monte ses modules en épicéa, une essence sélectionnée pour son rapport qualité-prix et sa résistance mécanique.

Une réversibilité du bâtiment simplifiée

La construction en modules pré-équipés facilitera la réversibilité du bâtiment. A l’issue des JO, moins de travaux seront nécessaires pour transformer l’immeuble du Village des athlètes en vue de son usage futur que pour certains autres bâtiments, comme des bureaux. Une résidence étudiante prendra le relais des logements d’athlètes. Le dimensionnement des chambres restera inchangé. Seule la réouverture des cuisines sera nécessaire. Le four, l’évier, l’emplacement pour le réfrigérateur et les plaques sont déjà intégrés.

Le projet PE2 intervient dans une phase de tensions sur les matières premières. « Depuis deux ans, les approvisionnements sont assez compliqués : dans le monde, on utilise de plus en plus de bois ; et, en France, la filière bois n’est pas assez bien organisée pour fournir les constructeurs. La désorganisation due à la crise Covid a joué aussi », constate Edouard Lefebure, qui relève près de 100% d’augmentation de prix sur le bois en deux ans. Il s’approvisionne majoritairement dans le nord et dans l’est de l’Europe. Face à l’impact de cette hausse, il indique avoir travaillé « en très bonne intelligence » avec son client. Le bâtiment doit être livré courant 2023.

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