Les jeux Olympiques (JO) et Paralympiques de Paris 2024 n'ont pas encore commencé que la réflexion sur le devenir du « Village des athlètes », destiné à héberger 14 250 personnes durant les compétitions, est déjà engagée. En Seine-Saint-Denis, sur les villes de L’Ile-Saint-Denis, Saint-Ouen-sur-Seine et Saint-Denis, à 8 kilomètres du centre de Paris, 175 400 mètres carrés de bâtiments sortent actuellement de terre. La zone s’étend sur 51 hectares. 2044 logements familiaux (du T1 au T5) et 763 logements dits « spécifiques » (étudiants, personnes en situation de handicap…) doivent accueillir, après les JO, 6 000 habitants. Autant de personnes sont attendues dans les immeubles de bureaux construits dans le quartier.
« Nous construisons les bâtiments tels que prévus sur la phase "Héritage", qui suivra les jeux Olympiques, pour ensuite revenir à la phase des JO », explique Laurent Blanc, directeur opérationnel chez Eiffage Immobilier Ile-de-France (filiale d’Eiffage), l’une des entreprises qui participent, avec Vinci, Icade, Nexity et CDC Habitat (filiale de la Caisse des Dépôts) à la construction du village puis à l’exploitation des immeubles. L’architecte Dominique Perrault a piloté la conception du projet, et la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo) occupe le rôle d’aménageur.
Pas de cuisines pour les athlètes
Sur le secteur E, l’une des cinq sections du village, 19 bâtiments, répartis en cinq îlots, sont en cours de construction. Ils accueilleront 2 490 athlètes dans 527 logements (39 420 m² de surface de planchers, auxquels s’ajoutent 13 491 m² de bureaux et 4 611 m² de commerces). Les travaux ont démarré en avril 2021, pour une remise au comité d’organisation des JO en novembre 2023, et une période d’utilisation débutant le 1er mars 2024. Le 2 novembre 2024, les bâtiments reviendront dans le giron des différents groupements pour une livraison, après travaux, à partir du troisième trimestre 2025.
Les appartements, commercialisés à partir de la fin 2023, présenteront une morphologie différente pour les particuliers. Afin d’abaisser le coût d’exploitation des immeubles, un des deux ascenseurs sera retiré des plus petits bâtiments (5 ou 6 étages). Même opération de retrait pour certaines cloisons et les sanitaires complémentaires en kit. Des séjours ou des chambres pourront être créés ou agrandis, selon la morphologie des locaux. Plus surprenant : durant les JO, les athlètes ne pourront pas bénéficier de cuisines. Les équipements préalables à leur installation, en kit, sont néanmoins prévus.
Cinq permis de construire dits « double état » (pour la phase des JO et l’étape suivante « Héritage ») ont été déposés. La garantie décennale commencera à courir à compter de cette deuxième phase. 28% des logements seront en accession libre (environ 149 logements), 47% vendus en bloc et 25% destinés au parc locatif social. Les habitants pourront bénéficier des efforts consentis en matière d’accessibilité (douches sans ressauts généralisées, rampes inférieures à 4%, passages élargis). Des simulations sur le climat de la région en 2050 ont par ailleurs servi aux architectes pour concevoir les immeubles.
Des bâtiments mixtes bois-béton
Franck Stassi Un système poteaux-poutres en bois a été retenu pour certains bâtiments (ici, le bloc de logements E4, à Saint-Ouen).
En matière de modes constructifs, les bâtiments hauts (10 étages) seront en béton et les bâtiments bas (5 à 6 étages), en mixité bois-béton. Sur les bâtiments hauts, un système poteaux-poutres en béton bas carbone a été retenu, avec des planchers en béton bas carbone. Pour les bâtiments bas, place à un système poteaux-poutres en bois. Sur le secteur E du Village des athlètes, 80% des produits bois seront fournis par Savare, une filiale spécialisée d’Eiffage Construction. Les 20% restants, en LVL (lamellé-collé), proviendront d’Allemagne. Les prédalles et les prémurs seront réalisés à base de ciment CEM-III (entre 36 et 80% de laitiers de haut-fourneau, et 20 à 64 % de clinker), et de CEM-IV (ciment pouzzolanique) en-dessous de cinq étages. Les isolants seront constitués de laine de bois et de laine de roche.
Pour les besoins du secteur E, quatre appréciations techniques d’expérimentation (Atex) ont été accordées par le Centre scientifique et technique du bâtiment, permettant de recourir à des procédés n’ayant pas encore été normés. « Les JO doivent servir aux industriels, même si les Atex ne sont pas destinées à être répétées ailleurs », indique Olivier Bienaimé, directeur opérationnel chez Eiffage Construction.
Faute de compatibilité avec le LVL, le recours au chanvre, un temps envisagé, n’a pas été mis en œuvre. Le tropisme environnemental a par ailleurs des limites économiques : « Avec la doctrine pompiers, construire un bâtiment tout en bois coûte beaucoup plus cher qu’un bâtiment mixte. » Le surcoût envisagé n’a pas été communiqué.



