Enquête

Dans les Hauts-de-France, Renault démarre les formations des nouveaux salariés de son pôle ElectriCity

Les premières formations ont démarré pour 120 des 700 futurs nouveaux salariés de Renault ElectriCity, le pôle que le constructeur automobile français va créer au 1er janvier 2022 dans les Hauts-de-France. D'autres suivront dans les semaines qui viennent, pour des recrutements prévus au premier trimestre 2022.

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Usine Renault Douai
Le site Renault à Douai (Nord), fer de lance du constructeur pour le véhicule électrique, doit trouver plusieurs centaines de salariés.

C’est l’usine Renault de Douai qui bénéficiera la première de l’arrivée de nouvelles recrues dans les Hauts-de-France. « Nous travaillons depuis plusieurs mois avec Pôle emploi pour reconstruire une deuxième équipe à Douai, afin de répondre à la progression des volumes prévue en 2022 avec la Mégane électrique », détaille auprès de L’Usine Nouvelle Sébastien Delouf, nommé en début d'année DRH de Renault ElectriCity.

Ancien DRH du site Renault de Maubeuge, il est chargé de gérer l’impact RH et social de la constitution de cette nouvelle entité, filiale à 100% de Renault, qui regroupera les trois usines historiques de Renault dans les Hauts-de-France : Douai et Maubeuge dans le Nord, ainsi que Ruitz dans le Pas-de-Calais. Un ensemble qui regroupe aujourd’hui 5 000 emplois, dont plus de la moitié à Douai.

700 recrutements en CDI

Signé le 8 juin 2021 avec les six organisations syndicales représentatives de Renault dans la région, un accord prévoit le recrutement de 700 personnes en CDI pour Renault ElectriCity, en trois ans (2022 à 2024 inclus). 350 personnes seront recrutées sur le bassin Douai et Ruitz, et 350 à Maubeuge. Des embauches qui font partie des 2 500 annoncées en septembre par Renault au plan national.

Elles ne correspondent pas au même nombre de créations nettes d’emplois, puisqu’il y aura aussi des départs à la retraite sur les trois sites, dans le même temps. Mais les pôles nordistes ne sont pas concernés par les 2 000 départs annoncés par Renault en septembre, qui touchent essentiellement les cols blancs.

Concurrence des autres secteurs

Première difficulté pour le constructeur : attirer les candidats. « Dans toute la région et dans tous les secteurs, les recrutements reprennent. Il y a un pic d’activité dans les agences Pôle emploi, et l’automobile a des concurrents, dans le ferroviaire, la logistique, chez Amazon… », indique Hedi Benrached, directeur de l’agence Pôle emploi de Douai. Eternelle difficulté à attirer dans l’industrie.

« Nous renforçons l’attractivité de nos métiers en prévoyant des conditions salariales, de couverture sociale, intéressantes. Et en proposant un contrat pérenne, en CDI », veut convaincre Sébastien Delouf. Le DRH a entamé une série de négociations sociales pour harmoniser les statuts des salariés à l’intérieur de la future entité juridique. Proposer des conditions attractives aux nouveaux venus fait partie des enjeux.

Cinq grands métiers

Vient ensuite le moment de la sélection. « Nous avons envoyé des psychologues du travail chez Renault pour identifier les compétences nécessaires à ces emplois, explique Hedi Benrached. Nous avons pu les transformer en tests et organiser des embauches par la méthode de recrutement par simulation (MRS). Les personnes reçues suivront 147 heures de formation, avant d’être formées en tutorat dans les ateliers de Renault à Douai. »

Le constructeur recrute sur cinq grands métiers : emboutissage, tôlerie, peinture, montage, logistique. La formation théorique porte sur les grands principes nécessaires au travail industriel, la culture sécurité, la culture qualité... Certaines personnes qui n’ont pas travaillé depuis longtemps feront même du sport, pour remettre leur corps en mouvement avant d’entrer dans un métier qui peut rester physique.

40% de femmes dans les pré-recrutements

Un premier groupe de 60 personnes a commencé son parcours de formation début octobre, un deuxième groupe de même taille a enchaîné la semaine suivante, un troisième démarre la semaine prochaine. « Nous avons décidé de favoriser la diversité et l’inclusion, et nous sommes satisfaits de voir que 40% des personnes pré-recrutées sont des femmes ! », se félicite Sébastien Delouf.

Si tout va bien, les personnes formées seront recrutées à partir de mars 2022. D’abord en CDD, puis en CDI. Toutes celles qui seront allées au bout de leur parcours bénéficieront d’une qualification professionnelle reconnue par la métallurgie, précise le DRH. Dans le même temps, il faudra former les salariés actuels.

Mise à jour des connaissances

Si beaucoup de métiers ne changent pas entre un véhicule thermique et un véhicule électrique, ceux de la tôlerie ou de la peinture, par exemple, certains comme dans le montage mécanique nécessiteront une mise à jour des connaissances, parfois une habilitation électrique. A Ruitz, la fabrication de boîtes de vitesses cédera progressivement sa place à la production de bacs pour les batteries des véhicules électriques, pour lesquels il faudra sans doute apprendre à souder.

Renault ElectriCity piochera dans les formations mises en place au niveau national par ReKnow University, la nouvelle offre de formation du groupe autour de l’électrification, de l'économie circulaire et de la data. Et participera à celles mises en place sur le territoire, avec l’arrivée prochaine d’une usine-écoles des métiers de l’automobile à Valenciennes (Nord).

Deux gigafactories de batteries

Un autre dossier clé bousculera rapidement ces enjeux RH : l’arrivée prochaine d’une gigafactory de batteries sur le site même de l’usine Renault à Douai. Renault s’est associé au chinois Envision pour ce projet, qui prévoit le recrutement de 1 000 salariés d’ici 2024, et 2 500 à l’horizon 2030. Dans le même temps, Stellantis construira une autre gigafactory de batteries à Douvrin (Pas-de-Calais), à seulement 35 kilomètres de celle de Douai, et promet l’embauche de 1 400 à 2 000 personnes d’ici 2030…

Mais il n'est pas sûr que les deux usines de batteries se fassent concurrence sur les compétences : à Douvrin, les syndicats craignent un simple transfert des emplois de Stellantis vers la gigafactory ACC, sans aucune création de postes. « On a un opérateur, Renault, qui recrute, et un autre, Stellantis, qui se déleste de ses salariés », critique Jean-Michel Robert, secrétaire national de la CFDT de la métallurgie, qui ne digère pas la délocalisation de la fabrication d'un moteur Stellantis en Hongrie.

Reste à se préoccuper de l'impact de cette électrification des véhicules chez les équipementiers et sous-traitants régionaux, qui peinent souvent à lever le nez de leur guidon pour anticiper les évolutions de leur marché.

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