A la table des négociations, Renault promet de redresser sa production française

Renault poursuit les négociations de son prochain accord social triennal. Lors d'une troisième rencontre avec les syndicats, le constructeur automobile a promis de redresser la production de ses usines françaises. Les réactions sont partagées côté salariés.

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Usine Renault à Maubeuge (Nord) - Janvier 2017
Dans le cadre de son nouveau plan social, Renault souhaite se concentrer sur les véhicules à forte valeur ajoutée comme les utilitaires.

Troisième round de négociations chez Renault. Mardi 12 octobre, la direction du groupe et les syndicats ont une nouvelle fois discuté de l’accord social triennal 2022-2024. À cette occasion, le constructeur automobile français a dévoilé des engagements pour la production et le maintien des capacités industrielles. Côté salariés, des inquiétudes demeurent sur les nouveaux départs prévus chez les ingénieurs.

Renault vise un niveau de production de 700 000 véhicules en France durant au moins une année sur la période de l’accord. « Ces véhicules seraient à forte valeur ajoutée, électriques ou utilitaires », précise le groupe dans un communiqué. Un engagement qui s'inscrit dans le cadre de la volonté du groupe automobile de se positionner sur des segments aux marges plus élevées, en particulier ceux du segment C

Redresser la production

La barre des 700 000 véhicules dépasse largement les cadences actuelles. Depuis 2017, l’activité des usines françaises du groupe n’a cessé de se rétracter. Elles produisaient encore 778 542 véhicules particuliers et utilitaires en 2017, selon la CGT Renault. Mais ce nombre a diminué à 750 271 unités en 2018, puis à 686 020 en 2019 avant de chuter à 514 686 en 2020 sous l’effet de la crise sanitaire. Le constructeur automobile aura-t-il les capacités de redresser la barre ?

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En septembre, la CFDT militait pour un engagement de 750 000 unités. Le syndicat vantait notamment la force de frappe du pôle ElectriCity qui pourrait atteindre 500 000 véhicules par an en 2025. La CGT se montre plus sceptique. Le syndicat dénonce une « stratégie purement financière »tournée vers les véhicules à forte marge.

« Nous avions averti sur un plan qui fait la part belle aux gros SUV électriques, à des voitures qui coûtent très cher, qui consomment énormément d’énergie et de matières premières. Aujourd’hui, en France, nous avons besoin de petits véhicules électriques pas chers », insiste Laurent Giblot, dessinateur industriel et délégué syndical adjoint à la CGT Renault.

Des départs sur la base du volontariat

Le syndicat s’inquiète aussi du manque de compétences pour développer ces voitures à forte valeur ajoutée bardées de technologies. Renault avait annoncé en septembre son intention de supprimer 2 000 postes qui doivent être compensés par 2 500 recrutements. Dans ce cadre, « l’ingénierie paie un lourd tribut », regrette Laurent Giblot. Sur les 2 000 départs, 1 300 le seront dans l’ingénierie produit, 400 dans les fonctions supports et 300 dans l’ingénierie de production.

Le 12 octobre, la direction a assuré que ces départs se feraient sur le principe du volontariat. « C’était une ligne rouge pour nous », affirme Mariette Rih, déléguée syndicale central de FO Renault, en référence à l'éventualité de départs contraints. « La confirmation a également été donnée qu’il n’y aurait pas de fermeture de sites », se réjouit la représentante. Le groupe souhaite tout de même réduire ses sites tertiaires pour économiser 60 millions d'euros par an.

« L’ensemble de ces engagements restent conditionnés à la conclusion d’un accord global, incluant notamment une évolution de l’organisation du temps de travail », rappelle Renault. « Le coût social envisagé par Renault est exorbitant », rétorque le porte-parole de la CGT, en mentionnant un allongement du temps de travail et des pertes de salaires.

Six acquéreurs pour la Fonderie de Bretagne

Sur l'avenir de sa base industrielle, Renault s'est attardé sur les sites techniques d’ingénierie à Aubevoye (Eure) et Lardy (Essonne). Le constructeur promet de maintenir ces deux bases. Il prévoit tout de même une transformation du centre de Lardy pour l’adapter à la mobilité électrique. Spécialisés dans les essais d’organes mécaniques (moteurs et transmission), les salariés s’inquiétaient pour leur avenir.

Si Renault a écarté toute fermeture d’usine dans le cadre de l’accord social, les syndicats s’interrogent sur la pérennité de certains sites au-delà de 2024. Laurent Giblot fait état d’incertitudes pour l’usine du Mans (Sarthe) qui réalise notamment des pièces de fonderie et des disques de freins.

Alors que la transition électrique menace la filière fonderie, Renault a déjà mis en vente la Fonderie de Bretagne de Caudan (Morbihan). Cette usine ne fait pas partie du périmètre de l’accord social en négociations chez Renault. Le 13 octobre, le groupe a annoncé des discussions avec « six acquéreurs potentiels ».

Côté négociations, la direction de Renault et les syndicats doivent se retrouver le 4 novembre. Sur la table, un dossier épineux : le traitement des 2 000 départs devant s’effectuer sur la base du volontariat.

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