Les salariés de La Meusienne à Ancerville (Meuse) se mobilisent pour qu’il ne soit pas mis un point final à l’histoire de leur site industriel fondé en 1901. Le 3 juillet, le tribunal de commerce de Bar-le-Duc (Meuse) a validé leur offre de reprise sous la forme d’une société coopérative de production (Scop). La fabrication de tubes soudés en acier inoxydable va donc se poursuivre avec 36 salariés sur les 90 que comptait initialement le site (chiffre d’affaires de 23 millions d’euros en 2023). Les 54 salariés ne pouvant être réembauchés feront quant à eux l’objet de mesures de licenciement.
Roxanne Creutz, la gérante de la Scop regrette «la succession contre-productive de différentes directions» depuis la reprise de l’usine il y a trois ans par la société financière LiCap basée au Lichtenstein. Une valse synonyme d’absence d’investissement et de vision pour l’avenir du site. L’ancienne responsable de la gestion industrielle a bâti le projet de Scop en l’espace de sept semaines, alors que l’entreprise, en redressement judiciaire depuis le 22 mars dernier, marchait vers sa liquidation suite au retrait de l’offre du Malaisien OAG Group of Companies.
Les salariés ont dû encaisser dans l’intervalle la saisie de leurs stocks mis en gage auprès de leur fournisseur d’acier inoxydable, le géant Aperam, par ailleurs ex-propriétaire de La Meusienne. Malgré tout, l’activité a pu reprendre mi-juin, car «les équipes opérationnelles se sont toujours battues, quelle que soit la situation de la société. Il y a ici une vraie fierté, une envie de préserver les savoir-faire», indique Roxanne Creutz. L’effectif total devrait atteindre 40 personnes avec la reprise d’un sous-traitant et ses trois salariés à la barre du tribunal et le recrutement d’un prestataire extérieur.
Primes de licenciement et prêts bancaires
Âgée de 28 ans, la gérante de la Scop a bénéficié de l’appui de l’Union régionale des Scop du Grand Est et du réseau de l’école de commerce ICN Business School à Nancy dont elle est diplômée. L’apport des 36 salariés équivalent à 10 à 15% de leurs indemnités de licenciement combiné à des prêts bancaires devrait permettre à l’industriel de couvrir ses besoins en matière première, en trésorerie et en investissements.
La nouvelle direction compte réorienter la stratégie commerciale de La Meusienne fortement tournée vers l’industrie chimique allemande. La jeune Scop va recentrer ses ventes vers le périmètre hexagonal (transport de fluides, échangeurs de chaleur, évaporateurs de sucre, etc.). Pour conquérir ces marchés, elle met en avant sa technologie de soudage au gaz inerte au tungstène (TIG) utilisée pour des applications de haute qualité.
Le bilan de LiCap n’est guère brillant en France. La société avait acheté en août 2021 trois entreprises au fonds de retournement allemand Mutares : La Meusienne, Eupec à Grand-Synthe (Nord) et la tréfilerie TréfilUnion à Commercy (Meuse). Eupec a été cédé en mai 2022 au Malaisien OAG Group of Companies à la barre du tribunal, mais la moitié de ses salariés a été licenciée. Tréfilunion a été liquidé en avril 2023.



