Malgré sa bonne santé financière, l'équipementier Autoliv poursuit son désengagement progressif de France

Spécialiste des systèmes de sécurité, l’équipementier automobile suédo-américain Autoliv migre progressivement sa production vers des pays à bas coûts. En Seine-Maritime, sa principale usine française n’échappe pas à un cinquième plan social en quinze ans malgré sa rentabilité. 55 emplois sont concernés.

Réservé aux abonnés
Airbag
Les organisations syndicales redoutent une fermeture de l'usine d'airbag de Gournay-en-Bray, propriété du groupe suédo-américain Autoliv.

Parfois, la rentabilité ne suffit pas. Les 580 employés de l’usine Autoliv de Gournay-en-Bray (Seine-Maritime) l’apprennent à leurs dépens. Le site de production d’airbags pour véhicules voit ses effectifs continuer de fondre en 2024. D’ici à la fin de l’année, 55 employés et 24 intérimaires doivent quitter l’usine, qui n’est pas le seul site français du groupe concerné : les entités de Chiré-en-Montreuil (Vienne), Pont-de-Buis (Finistère) et de Survilliers (Val-d’Oise) le sont aussi. Au total, 320 postes vont être supprimés en France, soit environ 20% de ses effectifs.

Cette réorganisation de l’activité française d’Autoliv intervient dans une spirale plus générale de réduction des coûts, entamée par l’équipementier automobile suédo-américain à l’été 2023, face notamment aux pressions inflationnistes. Le leader des systèmes de sécurité (gonfleurs d’airbags ou générateurs de microgaz pour ceintures de sécurité) souhaite se séparer de 11% de ses effectifs mondiaux, soit approximativement 8000 postes, principalement en Europe. L’entreprise a également annoncé la très vraisemblable fermeture dans le courant de l'année 2025 d'une usine à Elmshorn, en Allemagne, et de Congleton, au Royaume-Uni. «Ces initiatives simplifieront la logistique et notre empreinte géographique et réduiront considérablement la base de coûts», justifie l’entreprise.

«Une fermeture inévitable»

Une telle issue n’est pas non plus à exclure pour l’usine de Gournay-en-Bray, redoutent les syndicats. «Avec l’ensemble des élus syndicaux, on se bat pour maintenir l’emploi sur le site le plus longtemps possible», se lamente, fataliste, un délégué syndical ayant sollicité l’anonymat, anticipant une potentielle recherche d’emploi à l’avenir. «On se dirige vers une fermeture inévitable dans les prochaines années», abonde une autre source syndicale. Les employés regrettent la mort à petit feu du plus grand employeur de la ville. 

En 2007, l’usine employait 1900 personnes. Un chiffre divisé par quatre en quinze ans, au rythme de cinq plans sociaux qui se sont enchaînés sur un pas plus ou moins régulier depuis la crise automobile de 2008. Les recrutements sont à l’arrêt depuis plusieurs années sur le site, où la moyenne d’âge des employés est de 53 ans. Sa survie est actuellement assurée par un contrat majeur : la fourniture d’airbags pour l’usine de Toyota, implantée près de Valenciennes. Environ 20000 airbags y sont produits chaque jour. Une partie de la production est également envoyée à Sunderland, où Nissan assemble ses modèles Qashqai et Juke. Si le carnet de commandes reste stable, l’usine ne fabrique plus de produits pour Renault, Peugeot et Citroën, dont les commandes se sont taries. Les nouveaux contrats, comme les investissements, ont déserté la France, au profit de pays plus compétitifs en coûts.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Mise en concurrence des sites de production européens

À l’instar de nombreux équipementiers, Autoliv répond à une demande de plus en plus pressante de ses donneurs d’ordre pour réorienter ses activités vers l’Europe de l’Est ou l’Afrique du Nord – des régions considérées très compétitives en coûts de production. Une analyse de la répartition mondiale des effectifs montre un désengagement clair de pays de l’Ouest comme la France et l’Allemagne au profit de pays comme la Hongrie, la Pologne, la Roumanie, la Tunisie et la Turquie. «Il s’agit d’une stratégie financière, pas d’une stratégie industrielle», regrettent les représentants syndicaux français.

10,5 milliards de dollars de revenus en 2023

Car dans l’ensemble, le groupe se porte en effet très bien, avec plus de 40% de part de marché de la sécurité passive, ce qui lui offre un sérieux pouvoir de fixation des prix. Dans une industrie automobile en recomposition technologique et géographique avec l’arrivée de nouveaux acteurs, les analystes apprécient la valeur Autoliv, qui a réalisé une solide année 2023 avec 10,5 milliards de dollars de revenus.

«D’un point de vue structurel, nous considérons la sécurité passive comme un secteur de croissance et Autoliv est largement à l'abri de l'internalisation des constructeurs et des changements de motorisation. Elle est également bien positionnée pour faire face aux changements de parts de marché des constructeurs et des régions», estiment les analystes de Bank of America. Si l’Europe reste pour Autoliv un marché majeur, tout comme les USA, la multinationale s’est fortement renforcée en Asie ces dernières années, principalement en Chine (où elle est introduite auprès de nouvelles marques comme Zeekr, Lynk & Co, Xpeng et Polestar) mais aussi en Inde ou en Thaïlande.

Abonnés
Le baromètre de l’auto
Suivez l’évolution des marchés automobiles français et européen mois après mois grâce à notre tableau de bord.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.