Les difficultés de recrutement dans l'agroalimentaire ne sont pas nouvelles. En 2018, l'Association nationale des industries de l'agroalimentaire (Ania) déplorait la vacance de plus de 20 000 postes dans ses industries. La reprise économique à la suite du Covid-19 n'a fait qu'empirer la situation. Désormais, le secteur n'hésite plus à parler de 60 000 emplois qui auraient des difficultés à trouver preneur. « Ce chiffre ne fait qu'augmenter. Il a triplé en 10 ans » observait déjà, en octobre dernier, Jean-Philippe André, le président de l'Ania.
Le point noir des salaires
Parmi les principaux freins rencontrés par le secteur : les salaires à l'embauche. Selon le syndicat Fnaf-CGT, en 2021, sur 44 grilles de salaires, 35 comptent des rémunérations en dessous du Smic. Dans certaines branches, comme la volaille et l'industrie charcutière, ce sont respectivement 12 et 7 niveaux de rémunération qui sont inférieurs au salaire minimum. « Face à ce constat et dans un contexte d'inflation, il était indispensable d'ouvrir les négociations » avance Fabien Guimbretière, secrétaire général de la CFDT-Agri-Agro.
La demande des syndicats a d'ailleurs été soutenue par la ministre du travail Élisabeth Borne et le Premier ministre Jean Castex dès le mois de septembre 2021. Reste que cinq mois après cet appel, « toutes les branches n'ont pas encore joué le jeu »déplore Fabien Guimbretière. Des avancées ont bien été obtenues dans des secteurs comme celui des oeufs, où une revalorisation de 4% des salaires a été adoptée. Mais dans d'autres, comme les pâtes alimentaires, les négociations n'ont pas encore débuté. « C'est une filière qui a réalisé des profits pendant les confinements et a fortement sollicité les salariés. Malgré cela, les discussions sont encore à la traîne », regrette le représentant syndical. Un premier round de négociations est toutefois prévu début février.

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Eviter un tassement vers le bas
Pour attirer de nouveaux talents, en plus de l'augmentation du salaire minimum, les syndicats demandent une répercussion des hausses sur l'ensemble de l'échelle des salaires. Objectif : éviter le tassement en bas de la grille et promouvoir une progression dans les métiers. C'est sur ce point que les discussions avec la filière de la conserve ont buté. « La proposition d'accord que nous avons reçue se traduisait par un regroupement au bas de l'échelle de salaire et aucune prise en compte de la montée en compétence », souligne Franck Tivierge, secrétaire national de la CFDT Agri-Agro.
La question est sensible. « Notre secteur va devoir se lancer sur le sujet parce qu'il en va de la reprise économique» note côté patronat Laurent Marembaud, responsable des affaires sociales à l'Ania. Le porte-parole rappelle dans le même temps que les transformateurs ont perdu 15 points de marge au cours des 15 dernières années. « Entre les hausses des coûts de l'énergie et celles des matières premières, la rentabilité des entreprises agroalimentaire est sous tension. Pour passer les hausses de salaire, il va falloir que la grande distribution prenne sa part de responsabilité », tranche-t-on du côté de l'Ania.
Améliorer les conditions de travail
L'hétérogénéité dans l'avancée des négociations salariales au sein du secteur ne concerne pas seulement les salaires. La question des conditions de travail, réputées pénibles, fait également l'objet d'un traitement très variable selon les entreprises « Il se passe des choses dans les grands groupes. Mais nous demandons une négociation de branches plus contraignante sur le sujet, pour que les TPE et les PME y soient également soumises », estime Franck Tivierge.
Le syndicat estime que les questions d'équilibre vie personnelle et professionnelle, avec des plannings susceptibles de changer du jour au lendemain, pénalisent grandement le secteur. La demande est d'autant plus forte qu'employés comme patrons concèdent que les conditions d'exercice des métiers de l'agroalimentaire, notamment dans des secteurs comme la viande, ne bénéficient pas d'une bonne image. « Il sera difficile de résoudre les problèmes de recrutement si nous ne menons pas une réflexion conjointe sur les salaires, les conditions de travail et la montée en compétences », résume Fabien Guimbretière.
En Bretagne, le dirigeant d'une PME travaillant pour les marques distributeur, confirme que « les candidats préfèrent partir travailler dans des secteurs où ils savent qu'ils peuvent disposer de leur week-end et où leurs plannings sont fixés à l'avance ». « Mais les demandes de flexibilité de la grande distribution ne nous permettent aujourd'hui pas de proposer ces conditions », regrette le dirigeant. Les négociations commerciales, qui se tiennent avec les distributeurs jusqu'au 28 février, seront l'occasion pour la filière d'aborder ce sujet.



