Entre 2020 et 2023, 10000 employeurs ont abondé le compte personnel de formation (CPF) de leurs salariés, pour un montant total de 250 millions d’euros. Les trois quarts de cette somme (188 millions d’euros) proviennent d’obligations légales, des «droits correctifs» de 3000 euros dus pour chaque salarié n’ayant pas bénéficié de ses entretiens professionnels (175 millions d’euros), ou des dotations prévues pour certains types de licenciements (13 millions d’euros). Seuls 62 millions d’euros ont été versés volontairement par les employeurs, pour 29000 salariés.
En 2023, selon la Caisse des dépôts, opérateur du CPF pour le compte de l’Etat, 3,3 salariés sur 10000 ont bénéficié d’une dotation volontaire de leur employeur. «C’est faible», euphémise Elise Kayser, l'une des deux autrices de l’étude présentée le 18 juin. A plusieurs reprises, la ministre du Travail Astrid Panosyan-Bouvet a indiqué qu’elle souhaitait davantage de «co-construction» de l’utilisation du CPF, entre salariés et employeurs.
Des formations plus professionnalisantes
Quand ils sont abondés par l’employeur, les CPF sont effectivement utilisés différemment que quand les salariés décident seuls de leur usage. Première caractéristique : ils financent beaucoup plus (à 57%) de formations RNCP, des formations diplômantes, plus longues et plus coûteuses que les celles suivies par les salariés utilisant leur CPF seuls (à 18%).
Conséquence : les formations financées avec une dotation volontaire de l’employeur coûtent 4711 euros en moyenne (en 2023), contre 1560 euros pour la moyenne des formations financées par le CPF. Les abondements employeur, de 2480 euros en moyenne sur 2020-2024, couvrent environ la moitié des frais pédagogiques. En 2023, ils étaient de 780 euros dans l’assurance, 4000 euros dans l’automobile, où ils ont bénéficié à… 116 salariés. On ne peut pas dire que ce soit le rush sur le dispositif !

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Deuxième particularité : l’abondement volontaire de l’employeur motive le salarié à dépenser sa dotation, plus utilisée que les autres, et dans un délai court, de 15 jours. Ce sont surtout les services financiers qui ont contribué aux CPF de leurs salariés, à hauteur de 19% des versements. Logiquement, la formation la plus suivie est responsable d’activité bancaire, suivie des tests TOEIC et du permis de conduire poids lourds.
Des mesures rassurantes pour les employeurs
L’abondement du CPF par l’employeur a pâti d’un lancement poussif du côté de la plateforme numérique par laquelle il devait passer. Les employeurs ne pouvaient pas être assurés que leur abondement allait effectivement être utilisé par leurs salariés pour la formation décidée ensemble. Le problème est réglé, ils peuvent depuis l’année dernière «flécher» leurs dotations vers une formation précise, et depuis peu vérifier que l’argent a bien été utilisé. Depuis un décret de ce printemps, ils peuvent définir une date limite pour l’utilisation de l’abondement et se faire rembourser si un salarié ne l’utilise pas dans les temps. Suffisant pour les rassurer ?
Des formations, ateliers, webinaires en direction des employeurs vont se multiplier, pour les encourager à abonder volontairement les comptes de leurs salariés. Depuis dix ans, 500 euros sont versés chaque année sur les comptes de formation de chaque salarié. Et peu dépensés… Cela fait beaucoup d’argent endormi dans les coffres de la Caisse des dépôts, que les employeurs pourraient trouver un intérêt à pousser leurs salariés à le dépenser.



