La profession papetière (74 entreprises, 12 000 salariés) se heurte aux difficultés de disponibilité de la main-d’œuvre. Son délégué général Paul-Antoine Lacour rappelle l’importance d’une poursuite de la production de papiers et cartons d’emballages, de papiers d’hygiène (mouchoirs, essuie-mains…) et de papiers graphiques et spéciaux (papiers pour masques, notices de médicaments…).
L’Usine Nouvelle. – Quelles difficultés rencontrez-vous actuellement dans le secteur ?
Paul-Antoine Lacour. – Nous rencontrons essentiellement des problèmes dus à la mise en congé ou en arrêt de collaborateurs. Non pas que les personnes soient malades, mais elles ont des situations de garde d’enfants ou craignent de se déplacer. Le gouvernement a beaucoup insisté sur la nécessité du confinement, un mot qui véhicule l’idée que l’on court un péril en se rendant sur son lieu de travail. Or, il suffit que quelques collaborateurs à des postes-clés fassent défaut pour que les usines s’arrêtent. Si l’appareil productif est bloqué, le risque est d’aboutir à des ruptures majeures. Les secteurs des papiers d’hygiène et d’emballage font actuellement face à un phénomène d’hyperconsommation, les ménages consommant quasiment en une semaine ce qu’ils auraient consommé en un mois.
Des usines sont-elles déjà perturbées ?

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Quatre usines papetières sont déjà à l’arrêt. La situation est très disparate. Certains sites fonctionnent avec des productions réduites (avec une machine sur deux, en 3x8 au lieu de 5x8...) D’autres usines, notamment dans l’hygiène et l’emballage, font face à une demande extrêmement forte et fonctionnent à plein régime. Le fait d’être incorporé dans les secteurs essentiels à la vie économique permettrait de bénéficier d’ajustements dérogatoires à la durée du temps de travail. Je pense que les pouvoirs publics vont rapidement comprendre l’importance de notre secteur.
Quels fournisseurs vous préoccupent ?
Si les centres de tri s’arrêtent ou ralentissent fortement, on ne pourra plus alimenter les papeteries qui consomment des vieux papiers et cartons à recycler. Notre inquiétude est que certains centres de tri ferment et que les papiers partent en incinération ou en décharge. Les stocks seront vite utilisés. Cela fait partie de nos matières premières fondamentales. En réalité, l’ensemble de l’outil productif français est important. Par exemple, on se sert de l’amidon pour donner de meilleures caractéristiques mécaniques au papier (emballage ou dans le corps du papier). L’industrie papetière est le deuxième utilisateur d’amidon en France derrière l’agroalimentaire en France.
A Golbey, la situation reste sous contrôle
Dans les Vosges, l’usine Norske Skog de Golbey est la plus importante unité de production de papier journal d’Europe de l'Ouest. Elle emploie 325 salariés. "A ce jour, nous n’avons pas dû faire face à des impacts majeurs sur notre carnet de commandes. Cela pourrait changer si la situation venait à se prolonger. Par ailleurs, selon les mesures mises en œuvre par les Etats dans lesquels nous livrons, il pourrait y avoir un impact sur les flux logistiques, les capacités de production ou de livraison de nos clients. Nous restons en contact régulier avec l’ensemble de nos partenaires commerciaux afin de gérer au mieux la situation en fonction de son évolution. Nous encourageons les salariés à pratiquer le télétravail. Si cette solution n’est pas possible, les salariés seront en arrêt de travail. Nous limitons les réunions et les déplacements à leur strict minimum indispensable", explique la direction du site.



