Pour couper court à la polémique sur les pénuries de masques de protection pour les personnels soignants, le ministre de la Santé Olivier Véran a indiqué samedi 21 mars que les autorités sanitaires allaient commander 250 millions de masques pour faire face à une consommation estimée à 24 millions d'unités par semaine. Le ministre a également précisé que les autorités disposaient d'un stock de 86 millions de masques, dont 5 millions de masques FFP2, les plus protecteurs.
Ces dernières semaines, l’Etat, via Santé Publique France, a déstocké massivement sa réserve stratégique de masques pour alimenter les soignants à travers tout le territoire et en priorité vers les régions les plus touchées. Jérôme Salomon, le directeur général de la Direction générale de la santé (DGS), qui fait face chaque jour, lors de son point quotidien sur l’épidémie de Covid-19, à des questions sur les masques, reconnait qu'il s’agit de "circuits complexes à mettre en place".
100 millions de masques en réserve
La réserve stratégique de la France s'élevait à 100 millions de masques, essentiellement des dispositifs anti-projection et chirurgicaux, et également des masques de type FFP2, plus utiles aux soignants car dotés d’une filtration plus grande de l’air extérieur. Cette réserve stratégique est écoulée ces derniers jours avec des livraisons à l’hôpital et dans les pharmacies où les masques sont réservés aux professionnels de santé. Le 19 mars, Jérôme Salomon évoquait 35 millions de masques distribués par l'Etat ces dernières semaines, dont "15 millions de masques chirurgicaux délivrés aux établissements de santé de première et deuxième lignes, 10 millions aux professionnels de santé en ville et 10 millions à destination des établissements de santé régionaux".
Par ailleurs, le ministère des Armées a "déstocké 4 millions de masques sur le territoire", avait ajouté le patron de la DGS le 18 mars. La Chine a également envoyé des masques par avion vers la France, deux avions apportant chacun 1 million d’unités supplémentaires.
Réquisitions depuis le 3 mars
Depuis un décret paru le 3 mars, l’Etat a aussi ordonné la réquisition de masques chirurgicaux et FFP2 auprès des distributeurs et des quatre producteurs en France, dont les capacités de production s'élèveraient aujourd'hui à environ 6 millions par semaine et qui pourraient porter celles-ci rapidement à huit millions. Cette réquisition court jusqu’au 31 mai. Les modalités précises n’ont jamais été révélées. Un porte-parole de la DGS avait précisé à L’Usine Nouvelle que l’objectif était que "les stocks et productions de masques ne soient pas exportés et restent sur le territoire national" et avait évoqué "un principe d’indemnisation prenant en compte la perte effective et certaine. En revanche tout bénéfice ou profit est exclu de cette indemnisation".
Gérald Heuliez, directeur général de Kolmi-Hopen qui produit à Saint-Barthélémy-D’Anjou (Maine-et-Loire) des masques chirurgicaux et FFP2, a confirmé la finalisation la semaine dernière d’un accord avec le gouvernement "à un prix juste et défini". Même si cette situation ne couvrira pas "nos pertes à l’export. Nous avons mis des années à construire des relations avec des clients en Europe et cela nous prendra quelques années pour les re-convaincre", note toutefois Gérald Heuliez.
Mobilisation des producteurs
Du côté de la production, les quelques acteurs en France ont tous augmenté leurs capacités depuis le début de l’année pour répondre à l’urgence. "Nous avons augmenté les cadences depuis le 21 janvier, nous produisons à plein depuis le 8 février, et nous avons ajouté des lignes de production depuis dans l’usine", relate Gérald Heuliez. Lequel indique des "capacités de plus d’un million de masques par jour, un volume deux fois plus élevé que d’habitude. Il y a des chiffres plus élevés chez certains confrères, notamment quelques-uns qui avaient des outils tournant peu et qui ont pu multiplier leurs productions parfois par dix".
Le gouvernement accompagne cette mobilisation des industriels. Un groupe de travail de la Direction Générale des Entreprises (DGE), en lien avec le comité stratégique de filière Mode et Luxe, les pôles de compétitivité Euramaterials et Techtera, les industriels du textile (UIT), de l’habillement (UFIHM) et l’Institut Français du Textile et de l’Habillement, a lancé un appel à propositions à destination des entreprises prêtes à proposer des solutions pour augmenter la capacité de production nationale. Cet appel a été accompagné d’un cahier des charges élaboré par la Direction Générale de l’Armement (DGA) du ministère des Armées, permettant de conduire des tests quantifiant le niveau de protection sanitaire de ces nouveaux masques.
"Plusieurs dizaines d’entreprises ont déjà répondu à l’appel et ont proposé des méthodes alternatives de fabrication destinées à compléter les productions des fabricants des masques existants sur le marché. Ces propositions font l’objet de tests dans les laboratoires de la DGA pour qualifier les propriétés de chaque produit", indique un communiqué du ministère de l'Economie diffusé samedi 21 mars.
Malgré toutes ces mesures, la grogne perdure sur le terrain, les soignants se plaignant toujours d’un manque réel de masques, indispensables pour assurer leur propre protection vis-à-vis du coronavirus et de pouvoir continuer à s’occuper des malades. Certains professionnels de santé sont parfois contraints, en raison des masques distribués, à une limitation de 18 unités par semaine. Or les soignants revendiquent des besoins de cinq à six par jour. Ce qui reviendrait à des besoins de l’ordre de 6 millions au quotidien et de plus de 40 millions de masques par semaine, bien au dessus des 24 millions indiqués par le ministre de la santé.



