Analyse

[Covid-19] L’incroyable course aux vaccins

À peine un an après le début de la pandémie de Covid-19, de colossales avancées technologiques et une impressionnante mobilisation industrielle ont permis de mettre les premiers vaccins sur le marché.

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Moderna a développé son vaccin ARN messager en solo, sans l’appui des grands laboratoires internationaux.

Début 2020, tout relevait de la science-fiction. D’abord la propagation planétaire d’un virus, que seuls les épidémiologistes envisageaient. Ensuite la mise au point ultrarapide d’un vaccin.

Non seulement le SARS-CoV-2 a bien déclenché une pandémie toujours incontrôlable, mais plusieurs vaccins ont été mis au point en une petite année, là où les temps de développement relèvent de la dizaine d’années pour cette classe pharmaceutique. En un an, la science-fiction s’est muée en réalité.

Malgré les gestes barrières, les gels, les masques et les tests, la seule véritable arme reste les vaccins. Véritables porteurs d’espoir, l’an 2 de la crise Covid sera sans conteste leur année.

L’année 2020 aura marqué des progrès technologiques ahurissants. Les deux premiers vaccins mis sur le marché dans l’Union européenne, de Pfizer-BioNTech et de Moderna, utilisent l’ARN messager (ARNm). Envisagée depuis des années, cette technologie de rupture n’avait encore jamais abouti. Sans oublier l’avancée des vaccins OGM, employant des adénovirus recombinants, par les laboratoires AstraZeneca et Janssen et pour le vaccin russe Sputnik V. Dans un entretien à L’Usine Nouvelle, le généticien Axel Kahn soulignait le manque de recul sur leur sécurité, précisant que "la pharmacovigilance et des tests de sécurité seront d’autant plus indispensables pour ces vaccins OGM".

La bataille des laboratoires

Cette folle course aux vaccins a aussi eu des ratés. Comme celui de Sanofi et GSK, dont les premiers résultats cliniques en décembre ont été décevants. Le leader français a reconnu une "formulation d’antigènes sous-optimale". Thomas Triomphe, le vice-président exécutif de Sanofi Pasteur, expliquant même que cela découle d’un mauvais choix de réactifs pour le développement. Une erreur qui repousse à la fin 2021 l’arrivée de ce vaccin, et qui ombrage son avenir au sein de la stratégie vaccinale mondiale alors qu’il était largement plébiscité : près de 800 millions de doses ont déjà été précommandées, dont 300 millions par l’Union européenne.

Le défi du développement reste d’actualité. L’Organisation mondiale de la Santé recensait, à la mi-janvier, 63 vaccins en développement clinique et 173 en pré-clinique. Mais avec les toutes premières commercialisations, l’attention du grand public s’est reportée sur l’accès aux doses, et donc sur la production.

La bataille des laboratoires se décline ainsi sur leurs capacités de fabrication, d’au moins 10 milliards de doses dès 2021 pour les vaccins les plus avancés. Pfizer et BioNTech tablent déjà sur des capacités de 2 milliards de doses en 2022 contre 1,3 milliard cette année. AstraZeneca avance un réseau de 3 milliards. Moderna, qui a développé son vaccin en solo, vise entre 500 millions et 1 milliard de doses en recourant à la sous-traitance, notamment chez Recipharm à Monts (Indre-et-Loire).

Un hub vaccinal pour Sanofi dans le Rhône

Cette course technologique et industrielle ne pourra que prendre de l’ampleur. Avec la saisonnalité du vaccin, la multiplication des variants, les besoins sont immenses et les défis de taille. Si Sanofi accuse un retard dans cette compétition, le laboratoire tricolore a engagé un investissement de 610 millions d’euros dans le Rhône pour y implanter un hub vaccinal doté d’une usine modulaire sans équivalent dans le monde, capable de produire plusieurs vaccins en simultané à partir de 2025. Cet outil jouera peut-être un rôle crucial face aux prochaines pandémies. Car les épidémiologistes, qui n’évoluent pas dans la science-fiction, ne se demandent pas s’il y en aura d’autres... mais quand ! 

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