Analyse

Pourquoi le retard de son vaccin anti-Covid est un contretemps certain pour Sanofi, pas forcément un échec

Face à des résultats décevants pour son premier vaccin contre le Covid-19, le leader pharmaceutique français est obligé de retarder son plan de développement. Sanofi va devoir revoir la formulation, jugée aujourd’hui sous-optimale. C’est un contretemps certain, pas forcément un échec.

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Sanofi aggrave son retard dans la course aux vaccins anti-Covid mais n'est pas hors jeu.

Evidemment la nouvelle n’a pas emballé les investisseurs. Sur Euronext Paris, le cours de Sanofi évolue depuis ce matin en retrait de près de 3% par rapport à la veille. Dans un contexte de multiplications d’annonces plus encourageantes les unes que les autres ces dernières semaines de la part des laboratoires en tête dans la course aux vaccins anti-Covid-19, l’annonce de Sanofi, à l’aube du 11 décembre, d’un retard pour le programme du premier de ses deux vaccins en développement, a bien entendu déçu. Mais le titre ne s’est pas non plus effondré. De quoi laisser penser que cette annonce n’est pas, pour le moment, une catastrophe.

Sanofi explique que pour son vaccin développé avec l’adjuvant de GSK, les résultats du premier essai clinique, de phase I/II, sont moins bon qu’espérés. Pour les participants âgés de 18 à 49 ans, la réponse immunitaire est « comparable à celle des patients qui se sont rétablis d’une infection Covid-19 », avec des taux d'apparition d'anticorps neutralisants chez 89,6% des participants. En revanche, les données affichent une réponse plus faible pour les personnes plus âgées, avec 85% pour les participants de plus de 50 ans et seulement 62,5% pour les plus de 60 ans.

Formulation sous-optimale

La cause proviendrait d’une formulation jugée sous-optimale d’antigène. Sanofi va donc revoir sa copie. Ce qui engendre des effets directs sur le calendrier. Un essai de phase IIb/III est ainsi ajouté pour un démarrage en février 2021, et la phase III que Sanofi envisageait de démarrer avant la fin 2021 est repoussée au deuxième trimestre 2021. Du coup, l’arrivée du vaccin pour la mi-2021 est compromise et désormais envisagée pour le quatrième trimestre 2021.

Arrêt au stand plutôt que sortie de piste

Dans cette folle course mondiale qui bat tous les records de développement pour un vaccin, Sanofi et GSK accusent ainsi un nouveau handicap. Ils ont déjà accusé un temps de retard sur l’enclenchement de leur programme de vaccin anti-Covid. Basé sur une technologie grippale éprouvée, ce vaccin à protéine recombinante nécessite plus d’étapes de mise au point, principalement en raison d’un antigène produit sur une base vivante quand le fameux ARNm ne nécessite pas de passer par des étapes de culture cellulaire, par exemple. Ce second retard apporte une justification scientifique et un besoin d’une meilleure performance. Ce qui ne peut pas être vilipendé. Donc, pour le moment, cela ressemble plus à un arrêt au stand imprévu qu’à une sortie de piste. Même si cela n’en demeure pas moins fâcheux pour l’image.

Reste que pour l’heure, très peu de vaccins ont passé le stade de l’autorisation. Celui de Pfizer et de BioNTech est le seul parmi les grands laboratoires internationaux à avoir obtenu des feux verts d’urgence. Et la technologie ARNm, inédite pour un vaccin, n’emballe pas forcément les foules, voire même inquiète certains, même hors des cercles des vaccino-sceptiques. Une technologie plus éprouvée a de quoi se faire une place sur le marché même avec un temps de retard.

Conséquences sur la production

A ce stade justement, Sanofi n’évoque pas d’autre conséquence que calendaire. D’abord sur le développement, mais aussi sur la production. Tandis que GSK produit à plein régime son adjuvant accompagnant ce vaccin, Sanofi limitera ces prochains mois sa production à celle de l’antigène, sur son site de R&D de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). La production du vaccin, prévue sur les sites de Sanofi Pasteur à Swiftwater, en Pennsylvanie (Etats-Unis) et sur un ou plusieurs sites européens comme Marcy-L’Etoile (Rhône), Anagni, en Italie, et Francfort, en Allemagne, ne va plus démarrer avant la fin 2020, comme cela était ambitionné. La production à grande échelle de ce vaccin commencera "dès que la formulation optimisée sera définie", souligne un porte-parole du groupe.

Malgré ce retard, aucun changement n’est à signaler dans les contrats passés pour des réservations de doses de ce vaccin avec différents pays. En premier lieu ceux passés avec les Etats-Unis, qui ont alloué près de 2 milliards de dollars (environ 1,6 milliard d’euros) de financement pour ce programme et la réservation de 100 millions de doses, et avec l’UE qui a sécurisé 300 millions de doses.

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