Dis-moi comment tu gères le Covid-19, je te dirai qui tu es. La façon dont les États les plus touchés se sont organisés – au moins dans un premier temps– face au virus, ont pris les premières décisions ou ont appliqué les mesures de précaution, reflète, jusqu’à la caricature, leur système politique.
En France, État centralisé, on centralise. Le président réunit et préside lui-même des Conseils de défense ad hoc. Le gouvernement réquisitionne les masques de protection. Il encourage les arrêts maladie, payés par le système national de santé. Il décide des mesures de confinement locales. Et bien sûr, comme dans toute société du «care», il prend en charge les tests et l’hospitalisation des malades. Mauvais élève de l’Europe en matière budgétaire, nous profiterons même de ce cruel «effet d’aubaine» pour laisser filer le déficit: notre propension naturelle à jouer les cigales trouve là un prétexte imparable. Pas de surprise, la France plaide pour une relance européenne, affranchie de toute règle des 3%. Puisque c’est la banque centrale qui rachète nos dettes…
Aux États-Unis, pays du laisser-faire, on laisse mourir. Si Donald Trump avait été le seul à décider, son premier réflexe aurait été de laisser faire la nature. Il a d’abord parlé du risque d’épidémie comme d’un canular, puis il a assuré que le virus ne pénétrerait jamais le territoire américain, ou qu’il allait disparaître en avril avec le printemps. Il a remis en cause les statistiques de l’OMS et le taux de létalité annoncé, sur la base de son intuition (sans rire). Il a encouragé les personnes infectées à ne pas s’isoler, et affirmé qu’il maintiendrait tous ses meetings de campagne. Certes, Trump n’est pas l’Amérique. Mais dans la patrie du libéralisme et de l’individualisme, les malades supposés, s’ils n’ont pas une bonne mutuelle, doivent payer le test (à 3000dollars) et la chambre d’hôpital (à 4000dollars par jour): cela ne les pousse guère à se «dénoncer». Faute de décisions fédérales, l’État de New York et la Californie ont décrété d’eux-mêmes l’état d’urgence.
En Italie, État récent, on gère la pagaille. Les spécialistes qualifient souvent notre voisin transalpin d’«État régional», quelque part entre l’État unitaire et l’État fédéral. Son unification tardive n’a pas été synonyme de centralisation et d’uniformisation. Il recouvre mal l’impôt et passe souvent pour un État «pagaille». Faute d’organisation bien rodée en amont, il réagit tard, quand les demi-mesures ne suffisent plus. Puis il réclame des stocks de masques à ses voisins au nom de la solidarité européenne…
En Chine, État ultra-verrouillé, on enferme. Les droits de l’homme et la liberté d’expression ne sont pas la priorité de cet État dirigé par le parti communiste, et qui peut décider en une heure d’enfermer 50millions de citoyens dans leur région. Imparable.
Dans la lutte contre le Covid-19, les États centralisés et, évidemment, les plus autoritaires, partent avec un avantage. Quand un seul homme décide pour 1400millions d’autres, on peut construire 16hôpitaux de campagne en 48heures et franchir plus vite le pic de l’épidémie que toutes les démocraties… que l’on a contaminées. Mais pour inventer des Apple et des Google, c’est une autre histoire !



