L’accord sur l’égalité femmes-hommes signé le 9 juin par Ponant et la CFE-CGC permettra à l’entreprise de répondre à une obligation légale : son dernier index égalité femmes-hommes étant en-dessous de 85, elle devait prendre avant le 1er septembre 2022 des mesures de rattrapage. Mais Thierry Le Carpentier, DRH de la compagnie de croisière marseillaise, évoque d’autres motivations : « Nous prenons ces mesures à la fois pour des raisons de responsabilité sociétale, d’attractivité, et de fidélisation de nos salariés. »
Créée en 1990, la compagnie du Ponant a connu une très forte croissance, passant de 50 salariés et trois navires en 2008, à 450 salariés sédentaires au siège à Marseille et 13 bateaux aujourd’hui. 70 créations de poste ont déjà trouvé preneur cette année, et fin juillet, 25postes restaient ouverts. Des salariés sédentaires, surtout tertiaires, auxquels s’ajoutent près de 2000 marins non soumis au droit français. Sur les 450 salariés du siège (des cadres pour la moitié), 60% sont des femmes. En l’absence de classification professionnelle des métiers, très diversifiés, il était difficile d’identifier les postes équivalents pour en comparer les salaires. Ce travail a été confié à un cabinet extérieur. « Parmi les cadres, les salaires des femmes sont globalement inférieurs à ceux des hommes, mais cela s'explique pour partie par le fait que la proportion de femmes se réduit au fur et à mesure qu'on monte dans la hiérarchie », poursuit le DRH, arrivé en juin 2019.
Rattrapages sur quatre ans
En plus des augmentations générales de 2022, de 2% pour les cadres, 3% pour les non-cadres, l’entreprise a entrepris un vaste programme de rattrapage salarial, sur quatre ans, pour 80 femmes, selon Cédric Michel, délégué syndical CFE-CGC, seul syndicat de l'entreprise. En commençant par celles dont les écarts de salaires avec les hommes, à niveau de fonction comparable, dépassaient les 10%. « La direction a dégagé un très gros budget pour ces augmentations, malgré une activité faible », salue Cédric Michel, lui-même technicien, comme une quinzaine d'autres salariés.
« Les femmes ne sont pas les seules concernées, précise Thierry Le Carpentier. En plus de l’égalité hommes-femmes, nous recherchons l’équité interne, maintenant que nous pouvons comparer les compétences demandées à chaque poste, et après un benchmark, nous avons décidé de revaloriser certains postes, dans l’IT par exemple. On avait pris du retard, ce qui rendait difficiles les recrutements. » Au total, plus de la moitié des salariés ont eu, en 2022, des augmentations individuelles, de 3 à 15%. Si tout va bien, elles se poursuivront en 2023. « Mais l’inflation mange mon budget ! » s’inquiète le DRH, alors que l’entreprise ne peut pas répercuter la hausse des prix sur les croisières, vendues très longtemps à l’avance.
La réduction de l’écart entre femmes et hommes passe aussi, dans l’accord signé en juin, par la mise en place d’une batterie de mesures et d’indicateurs sur les évolutions professionnelles, les recrutements, la formation des managers, la part des femmes dans les postes les plus importants de l’entreprise.
Parentalité et bien-être au travail
Avec 60% de femmes et un âge moyen de 37 ans, la Compagnie du Ponant a décidé d’accompagner ses salariées et salariés par une «politique de la parentalité». «Mon taux d’absentéisme pour congés maternité est plus élevé que mon taux d’absentéisme pour maladie !», souligne le DRH. La partie «qualité de vie au travail » de l’accord du 9 juin contient plusieurs mesures pour les femmes enceintes (télétravail à 100% si souhaité à partir du cinquième mois, entretien professionnel pour aménager les missions, 200 euros de prime de naissance). Les futurs pères auront droit à trois demi-journées d’absence pour aller aux rendez-vous médicaux et à un maintien de leur salaire pendant le congé paternité sans condition d’ancienneté.
Suite à un dialogue social très positif, salué autant par la direction que par le délégué syndical, qui a associé deux autres salariés aux négociations, toute une série de mesures facilitant le bien-être au travail ont été mises en place : congés pour les proches aidants, ou de solidarité familiale, dons de congés, dispositif d’alerte éthique, cellule d’écoute psychologique, intégration des travailleurs en situation de handicap. Autre point important pour le bien-être au travail : l’aménagement des locaux. Le service client vient d’emménager dans de nouveaux bureaux, et les anciens locaux vont être réhabilités et réaménagés, notamment pour offrir plus d’espaces collaboratifs, alors que les bureaux sont moins occupés par des salariés en télétravail.
«A notre demande, détaille Cédric Michel, nous allons réfléchir à une charte managériale, parce que beaucoup de managers le sont devenus sans formation, ce qui peut créer des tensions. Le principal risque, dans une société tertiaire, ce sont les risques psycho-sociaux.» Un budget destiné aux moments de convivialité a même été acté, ainsi que l’organisation de «conférences inspirantes». Et le personnel en mer dispose désormais d’un représentant élu.
Et ce n'est pas fini : un nouvel accord sur le télétravail est à venir, ainsi qu'un autre sur les mobilités durables. L’entreprise a entamé une discussion avec la métropole de Marseille et consulte ses salariés pour connaître leurs attentes. «J’ai toujours été convaincu du rôle du dialogue social dans une entreprise. Dans mes postes précédents, c'était surtout pour des restructurations. Chez Ponant, c’est un dialogue social de construction, dans une société en croissance», se réjouit Thierry Le Carpentier. Où tout doit être inventé. «Un vrai bonheur !» pour le DRH...



