Comment aider les patrons de petites et moyennes entreprises à intégrer le climat dans leur stratégie

Si les dirigeants français des petites, moyennes ou entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont conscience des enjeux climatiques, ils sont encore peu nombreux à les intégrer au sein de leur stratégie, relève une étude de Bpifrance Le Lab. Qui souligne les pistes pour les accompagner dans une transition de leurs modèles économiques.

Réservé aux abonnés
Building fumée pollution Shanghai
Les dirigeants de PME et ETI disent ne pas connaître l'objectif de limiter le réchauffement climatique à 2 degrés.

Comment réagissent les dirigeants de PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire) face à l'urgence climatique? C'est la question que s'est posée Bpifrance Le Lab. Les résultats de son étude ont été dévoilés mercredi 8 juillet par Pascal Lagarde, directeur exécutif de Bpifrance en charge de la stratégie, des études et du développement. "C'est une étude originale, carla plupart du temps, lorsque l'on parle du climat, on pense immédiatement au citoyen ou au consommateur".

Cet organisme de la Banque Publique d'Investissement dédié à la connaissance des PME françaises estime être le seul à avoir travaillé directement sur les dirigeants, et ce, sur deux niveaux: l'influence des entreprises sur le climat et l'influence des évolutions climatiques sur les entreprises. Cette étude mélange donc 1006 réponses à un questionnaire en ligne et les résultats d'entretiens avec 19 dirigeants et 10 experts issus de différents secteurs.

Bpifrance Lab centre généralement ses études sur la psychologie des entrepreneurs. Cette présentation, prévue à l'origine pour le 4 avril 2020, devait être accompagnée d'une annonce du gouvernement concernant la mise en oeuvre d'un plan climat. Une annonce repoussée par le Covid-19 et le remaniement...

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Un fossé entre prise de conscience et actions concrètes 

Selon cette étude, les dirigeants de PME et ETI sont conscients de "l'urgence climatique". Difficile en 2020 d'ignorer le réchauffement climatique, même si 14% des répondants ne se sentent pas concernés par les objectifs mondiaux tels que la limitation des gaz à effet de serre. A contrario, 80% des sondés estiment que le changement climatique appelle à une réaction d'urgence. Ces résultats plutôt positifs et encourageants sont néanmoins contrastés par les autres résultats de l'enquête.

Ainsi, seule la moitié des dirigeants (51%) déclarent intégrer l'enjeu climatique dans la stratégie de leur entreprise et moins d'un tiers ont un salarié chargé du suivi climatique. Parmi ceux qui se sentent concernés par les enjeux, 36% ne mettent donc rien en place pour changer l'impact de leur entreprise sur l'environnement. 

Les impacts de l'activité sur le climat, et du climat sur l'entreprise ne viennent qu'en sixième et septième positions - respectivement à hauteur de 28% et 13% - des enjeux cités comme ayant le plus d'impact sur la stratégie d'une entreprise, derrière la transformation digitale et l'instabilité internationale.

La prise de conscience semble donc insuffisante et les actions pas à la hauteur de "l'urgence climatique" actuelle. Si les dirigeants réalisent déjà à 71% le recyclage des déchets ou à 51% le renouvellement d'équipements qui consomment moins - avec un bon retour sur investissement - , certaines mesures spécifiques aux entreprises sont encore jugées onéreuses ou difficiles à mettre en oeuvre, comme la sélection de fournisseurs sur des critères environnementaux, le renouvellement des flottes par des véhicules hydrogènes, hybrides ou électriques (réalisées respectivement par 26% et 23% des dirigeants sondés), l'éco-conception des produits ou encore la rénovation thermique.

Associer enjeux climatique et stratégie économique : une tâche ardue 

Les dirigeants de PME et ETI auraient du mal à concilier enjeux climatiques et équation économique. Lorsqu'on leur demande leur capacité à réduire leurs empreintes carbone et environnementale dans les cinq années à venir, 60% pensent pouvoir réduire leurs émissions de carbone un peu et seulement 13% de manière importante. Ces chiffres sont presque équivalents pour l’empreinte environnementale (66% et 12 %). "La motivation à agir détermine le niveau d’ambition, estime Pascal Lagarde. Nous avons repéré trois types de profils : les “convaincus”, les “opportunistes” et les “contraints”. En résumé : les dirigeants qui agissent par conviction plutôt que par opportunité ou par contrainte en font davantage."

Or pour limiter le réchauffement climatique, il faudrait réduire ses émissions à hauteur de 6%, comme durant la crise du Covid-19.

Les solutions pour les accompagner

Quels sont donc les freins qui bloquent les dirigeants ? Le manque de moyens financiers, pour 49% d'entre eux, et l'absence de solutions technologiques pour 32%. S'ils disposaient ou avaient connaissance de ces dernières, auraient-ils les moyens? Pascal Lagarde est optimiste: ces dirigeants croient en la technologie comme solution pour une croissance verte.

Les dirigeants interrogés estiment que certains leviers leur permettraient d'élargir leurs champs d'action, comme le soutien des consommateurs - en acceptant de payer un surcoût dû à la prise en compte de l'impact carbone - et des pouvoirs publics. Ils préconisent ainsi que les appels d'offres prennent en compte les efforts réalisés, prônent une réglementation protectionniste pour faire face à la concurrence extérieure venant des pays d'Asie par exemple aux coûts de production moindres. Un "level playing field" français qui permettraient aux entreprises nationales et internationales d'être sur le même pied d'égalité.

Par ailleurs, reconnaît Bpifrance Lab, plus les dirigeants sont informés et concernés par "l'urgence climatique", plus ils agissent. Les mesures sont ainsi prises de manière plus importante lorsque les changement environnementaux ont un impact direct sur l'entreprise, Un entrepreneur qui aurait subi une sécheresse sera ainsi plus proactif s'il a conscience que son entreprise peut influer sur les dégâts environnementaux actuels et futurs, que d'autres dirigeants qui ne s'informeraient pas (une différence de 21 points). Un rôle de sensibilisation et d'accompagnement des PME et ETI endossé par 400 consultants free-lance, travaillant pour les équipes de Bpifrance.

Abonnés
Le baromètre des investissements industriels en France
Nouvelles usines, agrandissement de sites industriels existants, projets liés à la décarbonation… Retrouvez dans notre baromètre exclusif toutes les opérations classées par région, par secteur industriel, par date d’annonce et de livraison.
Je découvreOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.