Les annonces d’Emmanuel Macron sur le climat ne font pas l'unanimité

Que l’on soit membre de la Convention citoyenne pour le climat, ONG, avocat environnemental, climatologue, les interprétations sur les propositions du chef de l’Etat en réponse aux 149 propositions sont souvent très différentes.

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Convention citoyenne à l'Elysée
L'arrivée des membres de la Convention citoyenne pour le climat à l'Elysée.

Quelques minutes après la fin du discours du Président de la République, Emmanuel Macron, dans les jardins de l’Elysée, des membres de la Convention citoyenne s’approchent des journalistes enfermés dans un carré bien délimité et surveillé. "On avait fait nos choix en connaissance de cause. Je trouve ça génial qu’il accepte de modifier la constitution, se réjouit Lambert, l’un des six membres qui s’est exprimé avant le Président de la République. Il nous a responsabilisés, c’est une chance. Et nous allons pouvoir nous assurer que nos propositions sont réellement mises en place. L’alinéa dans le préambule de la Constitution c’était une très bonne mesure mais je comprends sa décision. Par contre, je suis extrêmement déçu sur le trafic aérien domestique. Ce n’est pas à la hauteur de nos ambitions. Maintenir la barre à 4 heures, c’était juste une question d’organisation."

Déception sur le trafic aérien domestique

"Il faut aller progressivement vers la limitation des vols domestiques, tempère Guillaume, membre de la Convention citoyenne de l’île de la Réunion, qui souhaite faire connaître les 146 propositions Outremer et les adapter. On commence à 2h30 et on ira vers les 4 heures, peut-être dans deux ans. Quant aux 15 milliards, il estime que c’est le montant du chiffrage de la convention citoyenne". Il se réjouit que le Président ait retenu l’interdiction de la publicité sur les produits qui émettent du CO2, "c’est une chance pour la société." "On reste très optimiste. Il a éloigné le 110 km/h, tant mieux. Il ne va pas s’attirer les foudres, analyse Angela. Je suis très satisfaite qu’il ait repris nos demandes sur la formation et l’éducation, c’est la base. Sur le tri et le recyclage des déchets, les circuits courts, c’est très important si on y arrive."

Moins satisfaite, Yolande, très présente durant les débats, regrette surtout que "les 28 heures de travail par semaine n’aient pas été retenues à l’issue de la Convention. C’était le plus grand projet de société depuis des années."

Le chef de l'Etat botte en touche sur l’écocide

Au sein du comité de gouvernance, l’optimisme est également de mise malgré quelques déceptions. "Je suis favorable aux 110 km/h sur autoroute, mais comprends le raisonnement, note le climatologue Jean Jouzel, membre du comité de gouvernance de la Convention citoyenne pour le climat. Il a mis trois propositions à la poubelle sur 149. Sur la modification de l’article 1 de la constitution  il a fait part de son accord avec enthousiasme. Je pense qu’il aurait souhaité que les citoyens proposent des mesures en référendum. Après c’est vrai que sur l’écocide, il a botté en touche."

"Les Parlementaires allez-y, mais allez-y vite, si ça s’enlise, on fait un référendum, c’est ce que le Président de la République a dit en substance, analyse Julien Blanchet, rapporteur général de la Convention citoyenne pour le climat. Il reconnait la qualité de l’exercice. Il inscrit la parole citoyenne comme l’élément nouveau d’une démocratie augmentée."

Déception chez les ONG

Le son de cloche est différent chez les ONG. Pour les Amis de la Terre, "la vague verte s’arrête au pied du néolibéralisme. Alors que la Convention citoyenne a réitéré à plusieurs reprises l’importance de sortir d’une économie insoutenable, Emmanuel Macron continue de s’abriter derrière la croissance verte et l'essor de nouvelles technologies pour résoudre le défi climatique. Le monde d’avant a encore de beaux jours devant lui", indiquent-ils dans un communiqué.

"Le refus d’encadrer les dividendes est un très bon exemple des limites de la volonté politique d’Emmanuel Macron : prétendre changer de modèle productif sans transformer notre système économique est une douce illusion, dénonce Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.

L’écologie humaniste

Quant à Arnaud Gossement, avocat très critique vis-à-vis de la légitimité du travail de la Convention citoyenne pour le climat depuis le début, il a trouvé "le discours du chef de l’Etat intéressant, pas dans les réponses apportées aux 150 membres de la Convention mais dans sa conception de l’écologie. C’est la première fois qu’il prenait le temps de définir ce qu’il pensait de l’écologie. Certains disaient qu’il était devenu keynésien avec le Covid-19, en fait pas vraiment. Son projet de l’écologie humaniste est un concept qui a été défendu en son temps par Nicolas Sarkozy, puis repris par Julien Aubert". En résumé, une écologie de droite…

Mais Arnaud Gossement est beaucoup plus négatif quand il s’agit des réponses apportées aux citoyens. "Malheureusement, ils ont remis un rapport pas stabilisé sur le plan juridique, confie-t-il à l’Usine Nouvelle. Il transmet les décisions au niveau international pour l’écocide, des taxes au niveau européen. Pour d’autres ce seront les élus locaux qui devront trancher ou le Parlement. En fait la principale annonce concerne les 15 milliards d’euros qui ne figuraient pas dans le rapport. C’est sa proposition." Enfin, sur le référendum, "je n’y crois pas deux secondes. Il aurait été plus précis." 

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