Le gouvernement a entendu les patrons. S’il ne lâche pas la bride, il la desserre. Depuis des mois, se succèdent dans les médias les récits d’employeurs empêchés d’embaucher les salariés étrangers dont ils ont besoin, qu'ils ont parfois formés. Depuis des mois, les organisations patronales, notamment celles du BTP et de la restauration, font le siège du gouvernement pour qu’il entrouvre les portes de l’immigration économique. Il va le faire.
Début novembre, les ministres du Travail et de l’Intérieur, curieusement réunis pour une interview au journal Le Monde, ont annoncé la création d’un titre de séjour spécial pour les immigrés souhaitant occuper un métier en tension. Cette disposition figurera dans le projet de loi «immigration» discuté au parlement début 2023, seule mesure d’ouverture dans un texte par ailleurs très contraignant pour les immigrés. Ce nouveau titre de séjour sera ouvert aux personnes déjà présentes sur le sol français, avec des conditions d’antériorité dans l'emploi qui restent à définir.
Bataille pour élargir la liste des métiers en tension
Selon le ministre du Travail, «entre quelques milliers, et quelques dizaines de milliers» d’immigrés pourraient bénéficier de cette ouverture, sur les 700 000 sans-papiers recensés par le ministère de l’Intérieur. «Il ne s’agit pas d’une régularisation massive», a pris soin de temporiser Gérald Darmanin. Etrange pas de deux des ministres... Des milliers de travailleurs sans papiers seront bien régularisés, dans le BTP et la restauration par exemple, mais aussi dans l'industrie, ce qui devrait leur assurer une meilleure protection.
La délivrance d'un titre de séjour pour occuper un métier en tension existe déjà, mais les procédures sont longues, complexes, aboutissent différemment selon les préfectures. Le gouvernement semble vouloir simplifier d'autres formalités, pour fluidifier les relations employeurs-salariés. La liste des métiers en tension, une trentaine actuellement avec quelques spécificités régionales, sera par ailleurs revue et élargie, après concertations avec les partenaires sociaux en novembre, afin de coller au plus près des besoins de l’économie. Cela promet une belle bataille de lobbying des organisations professionnelles pour y faire figurer les leurs... Elles se sont montrées satisfaites à l'annonce de ce nouveau titre de séjour. «Mais on demeure attentifs à la manière dont ce sera fait, notamment sur les modalités administratives et l’encadrement de la pratique», a réagi Jérôme Volle, président de la commission emploi de la FNSEA. L’agriculture emploie de nombreux travailleurs immigrés, notamment des saisonniers, dans des territoires ruraux où il y a peu de main-d’œuvre disponible.

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Les employeurs devront aider leurs salariés à s'intégrer
En contrepartie de ce geste envers les employeurs, le gouvernement attend d’eux qu’ils prennent leur part dans l’intégration des travailleurs immigrés. En les laissant par exemple suivre des cours de français sur leurs heures de travail, a avancé Olivier Dussopt. Plus une injonction qu’une obligation, vraisemblablement.
Le gouvernement fait un autre geste pour l’intégration: les demandeurs d’asile en provenance de certains pays pourront travailler dès leur arrivée sur le sol français. Aujourd'hui, ils doivent attendre six mois, ce qui n’a d’autre conséquence que de retarder leur intégration. Les facilités accordées aux réfugiés ukrainiens ont mis en lumière les différences de traitement réservées aux travailleurs immigrés en fonction de leur pays d’origine.
Et l'intérêt pour les employeurs de pouvoir recourir à cette main-d'oeuvre. Une récente enquête de l’Insee en Ile-de-France a rappelé que les travailleurs immigrés occupent des postes essentiels mais souvent pénibles et peu qualifiés, qu’ils sont majoritaires chez les aides à domicile, ouvriers du BTP, cuisiniers… L’économie a besoin d’eux, mais il est parfois difficile au personnel politique de le reconnaître publiquement.



